En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Dimanche : récréation ou recréation.

Publié le Jeudi 8 mars 2007



Dimanche : récréation ou recréation

Voici un anniversaire qui est une actualité. Travail le dimanche, oui ou non, la question est complexe.

La législation : historique
Il y a cent ans le 13 juillet 1906 la loi sur le repos hebdomadaire était promulguée. Elle accorde aux salariés de l’industrie et du commerce un repos de 24 heures après 6 jours de travail. L’article 2 de la loi fixe ce repos le dimanche. Mais après la loi de séparation de 1905, ce congé du dimanche » n’a plus rien de religieux comme l’explique Robert Beck (Histoire du dimanche de 1700 à nos jours, éditions de l’Atelier). Une loi pour la sanctification, du dimanche avait bien été promulguée en 1814 mais elle était tombée en désuétude et définitivement abolie par une loi de 1880. En 1892 dans le contexte de la législation sociale de la République une nouvelle loi avait fait bénéficier de ce repos hebdomadaire les femmes et les enfants de moins de 18 ans en même temps que la limitation à 10 heures de leur journée de travail. Il est intéressant de voir ce qui fonde la loi de 1906 : le repos et la famille. La préoccupation de la famille est celle des élites : comment le peuple vit-il son temps libre ? Mais ce ne sont pas les ouvriers qui ont porté la loi de 1906. C’est le mouvement des employés de commerce et.. les coiffeurs. La loi ne concernera pas les employés de maison et le monde agricole ou ouvrira la possibilité de nombreuses dérogations. Le repos du dimanche est donc bien au 20e siècle une question politique et sociale.

En 2006
C’est exactement ce qui se passe aussi en 2006. Deux camps s’opposent, l’un et l’autre au nom de l’emploi. Les grandes chaînes de magasin veulent répondre aux nouvelles attentes de la clientèle qui doit composer avec un emploi du temps de plus en plus serré durant la semaine, samedi y compris avec les activités des enfants, l’entretien de la maison du ménage, du bricolage. Mais en face les syndicats et les PME dénoncent une concurrence déloyale. Impossibilité de payer double les salires du dimanche, perte de clientèle en semaine.

Le Centre commercial Usines Center de Velizy Villacoublay ouvrait le dimanche « hors la loi », après la décision de la Cour d’Appel de Versailles ordonnant en juin la fermeture des commerces du Centre. Mais la préfecture des Yvelines vient d’accorder une nouvelle dérogation de six mois. De même pour le Plan de Campagne, immense zone commerciale située entre Marseille et Aix en Provence. Le conflit avec les syndicats met bien en valeur le profit des centres de commerce qui ont beau jeu de souligner que le dimanche 29,1 % du chiffre d’affaires est réalisé, que 61 % des salariés veulent travailler le dimanche à double salaire et que, en cas de fermeture dominicale, 66 % des établissements licencieraient du personnel. Cepe,ndant la préfecture des Yvelines avance comme arguments pour justifier la dérogation le chiffre d’affaires réalisé le dimanche, et … les risques pour la circulation routière les vendredi et samedi soir !

L’Eglise catholique
Comment les instances catholiques interviennent-elles dans le débat ? Il est significatif que le P. Jean Charles Descubes président du Conseil pour les questions familiales et sociales de la Conférence des Evêques de France, insiste sur la question de société : « Il ne faut pas casser un peu plus la cohésion sociale ». Mais c’est pour souligner ensuite que « la tradition chrétienne du repos dominical prend encore plus de sens dans une époque marquée par le souci de la performance et la recherche du profit ».

Une question d’argent
C’est bien une dénonciation du pouvoir de l’argent qu’il faut d’abord avancer au nom de l’Evangile dans ce débat, avec la course au profit des directions commerciales. Peut-être aussi la nécessité à laquelle sont réduits les personnels, surtout des femmes, avec des contrats partiels, payés sur la base du SMIC. Ils, elles sont bien obligé(e)s d’accepter de travailler le dimanche même si cela « pourrit » leur vie de famille. Parmi ce personnel, nombre d’étudiants disposent le plus souvent de contrats dominicaux de « 9 heures payées 8 heures indispensables au financement de leurs études. Face à ce chantage à l’emploi, faut-il opposer les clients qui peuvent dire quelquefois « leur plaisir de passer le dimanche dans ces centres ». « J’adore venir ici, on fait les courses en famille, on va manger à une terrasse et on voit les nouveautés ».

La vie familiale

Quel est ce tableau de la vie familiale proposé ainsi ? avant même de parler de la tradition chrétienne du repos dominical avec la célébration du dimanche, c’est sur le repos nécessaire dans une vie de stress, de dispersion, qu’il faut insister au nom de la tradition bibliques du sabbat de la vie familiale.

La vie de foi

C’est alors qu’il ne suffit pas de parler d’un jour de repos, si légitime, nécessaire qu’il soit mais d’un temps de renouveau pour la vie de foi elle-même. Ne faut-il pas aborder de manière nouvelle la question du dimanche vécu par les chrétiens ? le dimanche est le Jour du Seigneur, non pas le septième jour pour conclure le travail de la création durant six jours, mais le huitième jour, le premier jour de la semaine qui ouvre la nouvelle création. Non pas jour de récréation mais de re-création.

Se pose alors la question de savoir quelles sont les heures de recréation – repos et le rythme de la re-création de la foi. Il est significatif que les sociologue comptabilisent aujourd’hui comme pratiquants ceux qui vont à la messe une fois par mois. En même temps se multiplient les temps de réveil de la prière, de renouveau de la foi. Ils ne sont pas liés nécessairement au dimanche pour des raisons sociales, ou pratiques, qui ne sont pas des raisons de facilité mais de seule possibilité. Il y a eu de sérieux débats dans l’Eglise catholique lors de la proposition pastorale e’anticiper le dimanche dès le samedi soir.

Aujourd’hui certains jeunes privilégient le dimanche soir au retour du week end. L’Eucharistie peut être proposée en semaine en lien avec les jours de catéchèse des plus jeunes ou de réunions d’adultes. Sans doute on peut objecter à juste titre qu’il y a là dissémination des, déjà trop rares, pratiquant réunis par l’assemblée dominicale. Mais n’es-ce pas l’occasion de souligner que la prière eucharistique est toujours célébrée en lien avec les autres chrétiens qui la célèbrent aussi ailleurs. Cela est déjà par les Prières eucharistiques « avec l’Eglise qui est à Rome et son évêque Benoît, l’Eglise du diocèse avec son évêque… » Il faudrait ajouter toutes les communautés rassemblées ailleurs, à un autre moment en communion les unes avec les autres.

A l’heure d’Internet n’y a-t-il pas d’autres communications à utiliser, surtout si elles pouvaient être interactives ? Cela pourrait se réaliser avec la messe télévisée du « Jour du Seigneur » qui rassemble le dimanche matin un très grand nombre de fidèles, de tous âges, de tout lieux. Le titre de l’émission indique bien ce que pourrait devenir le Jour du Seigneur, un dimanche à horaires décalés, à localisation différente, mais toujours dans la même communion.

Tous les jours ne sont sans doute pas des dimanches, jours de repos, de récréation, mais le jour du Seigneur ne peut-il pas se re-créer tous les jours ?

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