En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 5 avril 2007
Samedi soir, nous allons vivre la belle cérémonie de la vigile pascale, " la solennité des solennités". L'Église, en veillant, attend la Résurrection du Christ et la célèbre dans les sacrements. Sa célébration se fait entièrement de nuit, c'est-à-dire qu’elle commence après la tombée de la nuit et se finit avant l'aube du dimanche.
La veillée pascale comporte quatre parties :
- L'office de la lumière (feu et cierge) et l'annonce de la Pâque ;
- La liturgie de la Parole ;
- La liturgie de l’eau, profession de foi (baptême et confirmation) ;
- La liturgie eucharistique.
Quelle est l’origine de cette importante célébration ?
Pendant les premières années du christianisme, toutes proches de l’événement de la Résurrection, la communauté chrétienne célébrait le Christ ressuscité chaque lendemain de sabbat, appelé dies dominica (dimanche), jour du Seigneur ressuscité. La communauté se rassemblait de nuit et veillait jusqu’à l’aube. Paul dans sa première lettre aux Corinthiens explique la christianisation de la Pâque juive (Pessah en hébreu) qui a elle-même pour origine une fête des bergers nomades (la Pâque sacrifice de printemps) et une fête agricole (la fête des Azymes ou des pains sans levain).
« Ne savez-vous pas qu'un peu de levain fait lever toute la pâte? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain. Car le Christ, notre Pâque, a été immolé ». (1 Co 5,7)
Saint Augustin qualifie la veillée pascale de « la mère de toutes les veillées » :
" Cette nuit où le Seigneur est ressuscité, nous la passons à veiller ; et la vie où il n'y a plus ni sommeil ni mort, il l'a inaugurée pour nous en son corps, ressuscité des morts pour ne plus mourir et à jamais soustrait au pouvoir de la mort (...). Si nous avons chanté le Ressuscité en le veillant un peu longuement, il nous donnera de régner avec lui en vivant sans fin. " (St Augustin , Sermon 219 )
Pie XII
Au fur et à mesure des siècles la célébration a perdu de son ampleur, jusqu’à ce que Pie XII publie un décret le 9 février 1951, pour restaurer la liturgie antique de la veillée nocturne. Le Concile Vatican II a renouvelé la liturgie dans son entier. Le rite ne se déroule plus en petit comité, à l’aube du samedi saint, mais avec tout le peuple rassemblé, dans une veillée à riche contenu liturgique. C’est une première prise en compte des recherches sur l’histoire de la liturgie qui se poursuit, en 1955, par la restitution du déroulement de la Semaine sainte, deux initiatives qui remettent en cause l’intangibilité du rite de saint Pie V en renouant, par-delà la réforme tridentine, avec la tradition ancienne.
Les évêques de France, voulant renouveler la pratique de la catéchèse ont proposé une démarche s’appuyant sur la vigile pascale renouvelée. Elle représente à leurs yeux le sommet de l’initiation chrétienne, Baptême, Confirmation et Eucharistie.
Arrêtons-nous sur la cérémonie baptismale.
Pourquoi célébrer le baptême à ce moment : la nuit de la Résurrection est par excellence la nuit de la naissance à la vie nouvelle dans le Christ. Dès le 2e siècle la célébration des baptêmes a été réservée au dimanche qui est la Pâque hebdomadaire, puis progressivement à la fête annuelle de Pâques.
Le baptisé participe à la Résurrection du Christ, à la même vie que celle du Ressuscité. C’est un signe de l’amour de Dieu dans le monde. Plonger dans l’eau du baptême, c’est plonger dans la Pâques de Jésus Christ qui, aujourd’hui, nous fait vivre de sa Résurrection :
« Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa Résurrection. » (Rm 6,3-5).
Généralement des baptêmes d’adultes et de jeunes, en lien avec le message pascal, sont célébrés, tout le déroulement de la cérémonie rappelle ce symbole de renaissance. « En nous faisant traverser la nuit pascale, cette célébration replonge en effet nos existences dans ce qui fait notre commune vocation : former ensemble un peuple de disciples qui marche derrière leur Seigneur. Chaque fois que nous célébrons la veillée pascale, c’est dans une dynamique baptismale que nos existences sont plongées. » (Message des évêques de France, Lourdes, 8 novembre 2002).
Saint Basile de Césarée (329-379)
commente cette mort et résurrection dans le baptême qui est célébrée en cette vigile pascale :
« Il est donc nécessaire, pour une vie parfaite, d’imiter le Christ non seulement dans les exemples de douceur, d’humilité, de patience, que l’on trouve dans sa vie, mais aussi dans la mort elle-même.
Comment donc lui ressembler dans sa mort ? En nous ensevelissant avec lui par le baptême. Mais de quelle manière s’ensevelir ? D’abord il est nécessaire de briser le cours de la vie passée. Cela est impossible à moins de renaître, selon la Parole du Seigneur. La seconde naissance, comme le mot l’indique, est le commencement d’une autre vie, il faut mettre fin à la précédente ….. comment donc réussir à descendre au séjour des morts ? En mimant l’ensevelissement du Christ par le baptême. En effet le corps du baptisé est en quelque sorte enseveli dans l’eau. Par conséquent , c’est l’abandon d’une vie selon la chair que le baptême suggère symboliquement… Le baptême purifie l’âme, pour ainsi dire, de la souillure venue des pensées charnelles… c’est pourquoi nous ne connaissons qu’un seul baptême qui donne le salut puisqu’il n’y a qu’ une seule mort pour le rachat du monde et une seule résurrection des morts, et que l’une et l’autre sont préfigurées par le baptême » (Traité sur le Saint Esprit 15,35).