En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Euthanasie : bonne mort, mort digne

Publié le Mercredi 25 avril 2007


La question revient lancinante au sein des familles un jour ou l’autre, mais aussi au cœur de l’hôpital de plus en plus concerné, à la conscience encore des médecins, infirmier(e)s, aides soignant(e)s depuis longtemps. Que signifie une « bonne mort » ? Une « mort sans souffrance » soulignent les tenants des soins palliatifs, mieux reconnus aujourd’hui. Une « mort digne » affirme l’ADMD, « Association pour le droit de mourir dans la dignité ». Mais qu’est-ce que la dignité pour les uns et les autres qui la défendent ?

Une question d’actualité

Cette question devient une question d’actualité à l’occasion de tel ou tel évènement très médiatisé.
En juillet 1998, Christine Malèvre est dénoncée pour plusieurs euthanasies à l’hôpital de Mantes-la-Jolie. Il y aura jugement, appel et condamnation à la prison ferme.

Avec Vincent Humbert , le cas est différent. C’est un jeune adolescent très gravement paralysé, qui demande une fin de vie d’autant plus urgente qu’il va quitter l’établissement où il commençait à mieux de retrouver. Adresse au Président de la République qui répond qu’il n’est pas dans son pouvoir d’accorder le droit de mourir, à sa mère Marie Humbert qui finit par accepter, mais ne réussit pas à bien doser les barbituriques dans la sonde qui alimente son fils. Celui-ci sera alors confié au service de réanimation du Centre héliomarin de Berck-sur-mer, où le Docteur Frédéric Chaussoy va l’aider à mourir. Poursuivis pour crime d’empoisonnement, Marie Humbert et Frédéric Chaussoy bénéficieront d’un non lieu le 27/02/06.

Aujourd’hui, le tribunal de Périgueux voit comparaître un médecin généraliste, Laurence Tramois et une infirmière, Chantal Chanel , qui exercent dans un hôpital rural de Saint-Astier. Elles sont poursuivies pour avoir le 25/08/03, l’une prescrit, l’autre injecté un « cocktail » mortel à une femme amie et aimée en phase terminale de cancer aigu du pancréas. Elle demandait à l’aider « à partir ». Verdict qualifié de clément : acquittement pour l’infirmière, un an de prison avec sursis sans inscription au casier judicaire pour le médecin.

Les médias et le dossier le'authanasie

Aussitôt, l’opinion va être sondée, les médias vont opposer deux présentations de ce dossier, le dossier de l’euthanasie. Il faudrait toujours refuser d’aborder cette question toujours douloureuse et d’autant plus délicate, de manière passionnelle et idéologique : meurtre ou miséricorde.

Il s’agirait plutôt d’analyser les expériences humaines qui sont vécues quand on se pose la question de la « bonne mort », la « mort la meilleure possible », ou encore du « mourir le moins mal possible », Comme vient de l’exprimer le Docteur Edouard Ferrard, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Henri Mondor de Créteil (Le Monde, 11.12/03/07). Il n’y a pas d’euthanasie en général, mais des patients, des soignants, des familles face à une mort imminente. Il n’y aurait pas non plus une plus grande possibilité d’euthanasie ouverte aujourd’hui.

la « bonne mort »
Depuis toujours la question de la « bonne mort » a été abordée par des philosophes et des théologiens, avec des euthanasies pratiquées par des soignants pour aider à mourir des patients qui le demandaient, cela avant que soit publié un Appel des 2000 médecins et soignants déclarant qu’ils ont bien pratiqué des euthanasies (le Nouvel Observateur, n°2007, 14/03/07).

la question de la souffrance
En même temps, il y a la question de la souffrance, de la douleur que le corps médical a trop longtemps ignorée. Une réponse pratique à la souffrance des malades en fin de vie ne date que du XXème siècle. Mise en place à St-Chritopher à Londres par Cicerly Saunders, puis à l’hôpital de la cité universitaire avec le Docteur Maurice Abiven.

Les unités de soins palliatifs
Vont se développer alors des unités de soins palliatifs, prises en charge par des équipes pluridisciplinaires, avec des bénévoles et des témoins religieux. La référence reconnue est celle de la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, mais commencent à se développer des soins palliatifs à domicile et de multiples associations JAMALV (accompagnement jusqu’à la fin de la vie).

Il est sûr que certains patients trouvant moins de souffrance et plus de paix, n’ont plus demandé, au moins provisoirement, qu’on les aide à mourir. A l’hôpital de Saint-Astier, il n’y avait que cinq lits « dits » palliatifs sans préciser ce que peut offrir une Unité de soins palliatifs. Le médecin généraliste, très proche de la patiente qui demandait qu’on l’aide à mourir, peut-elle être accusée de meurtre comme l’on vite fait les médias, puis le Conseil de l’Ordre ?

La loi Leonettti

Au moment de l’affaire de Saint-Astier, comme de celles de Berck et Mantes-la-Jolie, la question de l’euthanasie n’avait pas pu bénéficier du travail de l’Assemblée Nationale aboutissant à la loi Leonettti, du nom de son rapporteur, député UMP. Cette loi a été adoptée à l’unanimité en avril 2005, amis elle n’est pas encore assez connue et, plus encore, pas assez appliquée.

C’est un « bon cadre » (Docteur Edouard Ferrand, art. cit.), car la loi permet de lutter contre l’acharnement thérapeutique, ce qui reste encore nécessaire. Elle demande de soulager la douleur physique et morale d’un malade par l’administration de doses de calmants pouvant écourter sa vie. Elle autorise à arrêter des traitements, même si cet arrêt peut provoquer un décès. Elle prend en compte la demande du malade représenté le cas échéant par une personne de confiance qu’il a désignée. Elle insiste sur la décision du médecin selon une procédure collégiale, avec la traçabilité dans le dossier médical de toutes les décisions. Au total, cette loi ne demande pas un droit à l’euthanasie, mais une prise en charge de la fin de vie.


Tout cependant n’est pas encore précisé pour notre débat. L’appel des 2000 dans le Nouvel Observateur (8.14/03/07) Nous, soignants, avons aidé des patients à mourir conclut : « il s’agit d’accorder, à chaque personne, une singularité, une valeur absolue qui se nomme selon le préambule et l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme de 1948 : la dignité ». Quel est mieux que sa définition, le visage de la dignité humaine, et ce jusqu’à la fin de vie ?

Le Catéchisme de l’Eglise catholique

Pour le Catéchisme de l’Eglise catholique, l’affirmation est catégorique : « Une action ou une omission qui de soi ou dans l’intention vise à donner la mort afin de supprimer la douleur constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect de Dieu » (n°2277). Il y a donc un lien entre la dignité humaine et la dignité de Dieu. La dignité de Dieu est une dignité partagée avec l’humanité. C’est le don du Dieu vivant qui fait la dignité de la vie humaine. Ce don de la dignité de la vie, c’est la dignité d’une vie reçue et d’une vie donnée. Dieu ne revient pas sur ses dons. Ce qui est donné est donné. Mieux encore, l’homme est constitué maître de la vie qui lui est donnée : « Soyez féconds, multipliez vous, emplissez la terre et soumettez là. » (Gn 1,28). Faut-il distinguer une maîtrise du monde et une maîtrise de la vie ? Peut-on manipuler la vie en son commencement, comme en sa fin ? Le don de Dieu, s’il fait la dignité de l’homme, le fait dans l’homme qui nait et dans l’homme qui meurt. C’est ce qui a donné dignité à la vie qui la donne à la mort.

Pour une foi chrétienne, l’heure de la mort est l’heure de la vie. Heure de la vie d’hier et de demain. Pour les chrétiens, le visage de la vie se superpose au visage de la mort, comme réussit à l’exprimer le dévot christ de Perpignan. Ce qui fait la dignité de l’enfant qui va naître est ce qui fait la dignité de celui qui va mourir. La vie humaine est plus que celle du fœtus et que celle du cadavre. Mourir dans la dignité, pour une foi chrétienne, c’est mourir avec cette espérance. Quand la souffrance est celle du Crucifié qui meure, c’est le gémissement de la naissance de Pâques.

Cette vision chrétienne, il ne saurait être question de l’imposer à l’heure de la mort. Mais le chrétien demande qu’elle soit respectée. Il n’y a pas place alors pour un acharnement à la vie, mais pour un abandon à la mort qui est vie. Alors laissez moi le droit de dire « laissez les mourir », car ils sont vivants.



Posez-nous votre question

Articles récents

Opposons à la haine l’exigence de concorde
Opposons à la haine l’exigence de concorde
Publié le Mercredi 18 octobre 2023
Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, 18 – 25 janvier 2023
Bonne Année
Bonne Année
Publié le Dimanche 1er janvier 2023
L'Ukraine
L'Ukraine
Publié le Mardi 8 mars 2022
Tous les articles
cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2026 - Tous droits réservés