En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 23 mai 2007
Dans le cadre de l’année de l’Arménie en France, plusieurs expositions ont été organisées tant à Paris qu’en province, à Lyon et à Marseille notamment.
A Paris, la Bibliothèque Nationale de France, site Richelieu, a dévoilé ses collections arméniennes, qui sont parmi les plus importantes d’Europe : évangéliaires et recueils liturgiques parés de miniatures aux couleurs vives. L’écriture inventée au 5e siècle pour traduire la Bible, y déploie ses différents styles tandis que dans les marges, lettrines et lettres ornementées prennent la forme de végétaux ou d’animaux fantastiques.
Au Louvre, dans la galerie Melpomène, une centaine d’œuvres emblématiques du christianisme arménien sont exposées, sortant pour la première fois de leur pays.
Les khatchkars
Avant d’arriver sur le site même de l’exposition, on doit parcourir les fossés du Louvre médiéval et là sont exposées des khatchkars, grandes dalles verticales de pierre ornées de croix.
Elles sont apparues au 10e siècle à l’époque où s’est développé en Arménie un art chrétien ou princier relevant de sa situation entre Byzance et l’Islam : Les portes du monastère de Mus/Mouch présentent des vantaux ornés de motifs géométriques d’inspiration islamique, encadrés de combats d’animaux fantastiques.
L’art arménien est aussi proche de l’art byzantin ou même chrétien d’Orient, mais au-delà il présente une singularité stylistique et matérielle indiscutable. La situation géographique du pays en est une des premières raisons : pays de hautes montagnes, la pierre sera le premier matériau utilisé de toute expression artistique.
De plus l’Arménie est le passage obligé d’un monde à l’autre, elle est traversée d’influences diverses, byzantines, mais aussi perses, syriennes et même européennes et enfin extrême orientale.
L’art arménien ne brise jamais son lien avec le sacré.
Les chapiteaux, les manuscrits médiévaux , objets d’orfèvrerie et broderies précieuses témoignent de la foi profonde des Arméniens.
L’exposition permet de comprendre trois éléments essentiels qui ont fondé la nation arménienne : sa langue, son écriture et sa foi chrétienne.
Saint Grégoire l’Illuminateur
C’est sous l’influence de saint Grégoire l’Illuminateur que le christianisme s’est installé, dans cette région aux confins de Rome et du royaume perse, au pied du mont Ararat où, d’après la légende, l’arche de Noé se serait échouée.
En effet le roi d’Arménie Tiridate IV, allié de Rome contre les Perses aurait été changé en sanglier à cause de ses méfaits et il a retrouvé sa forme humaine grâce à sa conversion à la suite d’une prédication de saint Grégoire. Cela est peint de manière savoureuse dans un manuscrit du XVIe que l’on voit à l’exposition.
Un nouvel alphabet
En 405 le moine Mestrop Machtots reçoit la révélation d’un nouvel alphabet, c’est l’époque où l’Arménie s’émancipe de jougs successifs, notamment romain, par une indépendance spirituelle. Ce moine, selon la légende, eut un songe et inspiré par Dieu, a dessiné les 36 lettres de l’alphabet arménien dans le but de traduire la Bible. Il enracinait ainsi la religion chrétienne au cœur du royaume et lui donnait son autonomie. En arménien, un seul mot signifie à la fois « manuscrit » et « trésor », tant est fort le lien entre ce peuple, son écriture et son héritage religieux.
Les croyandes religieuses
L’Arménie privilégie dans le domaine religieux « l’unique nature divine du Christ incarné » en affirmant dans deux synodes réunis à Dvin en 553 et 555. Indépendante des églises grecque et latine et largement dominée par les Perses, l’église arménienne devient au VIe « autocéphale » se dotant de son propre chef : le catholicos.
echanges artistiques fructueux.
Cette autonomie de foi s’est développée sur la base d’échanges artistiques fructueux. De fait l’art sacré arménien s’épanouit aux frontières de Byzance, à la porte de l’Islam, et plus tard, au contact des croisades. De manière surprenante, cet art s’ouvre même, au XIIIe siècle, sur l’Extrême Orient lorsque les rois de Cilicie s’allient aux khans mongols. Avant de se renouveler à l’ombre des empires perses et ottomans.
Les manuscrits
On est émerveillé devant la somptuosité des reliures et l’exubérance des enluminures : frontispices floraux, lettrines en forme d’animaux, saints aux joues rouges et aux grands yeux de l’école du Vaspurakan. La fraîcheur du trait cache une extrême sophistication théologique : les « tables des canons », qui comparent les Evangiles, comportent une symbolique ésotérique dont l’exégèse n’a nulle part été aussi poussée qu’en Arménie.
La directrice du musée national d’Erevan, Anelka Grigorian confie cette exposition aux regards des Français : « qu’ils regardent ces objets comme le meilleur de l’âme arménienne ! des siècles durant, notre pays n’a pas eu de royaume. La culture l’a toujours aidé à s’unir et à survivre : elle n’a cessé d’être dans notre sang, dans nos têtes, dans nos cœurs. Elle nous a donné notre liberté ».
En dépit des aléas de l’histoire, la foi chrétienne des Arméniens reste donc inébranlable. On a même dit que « la religion chrétienne est la couleur de peau du peuple arménien » ! Aujourd’hui la religion s’y exerce sans ostentation, dans un mélange de ferveur et de dépouillement .
Aujourd’hui L’église arménienne apostolique (dite aussi grégorienne ») comprend deux catholicossats :
- Le catholicossat d’Etchmiadzine : même si l’évangélisation de l’Arménie a dû commencer très tôt, à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, c’est saint Grégoire qui a converti le roi Tiridate vers 301-313, et qui est devenu le premier catholicos des Arméniens, installant son siège à Etchmiadzine. Le catholicos actuel est S.S. Karekine II, élu en 1999. Dépendent de lui les patriarcats arméniens de Jérusalem (érigé en 1311) et de Constantinople (1461).
- Le catholicossat de Cilicie (sud de la Turquie actuelle) : le catholicos actuel, établi à Antélias (Liban) est S.S. Aram 1er, élu en 1995.
En Arménie il y a aussi l’Eglise arménienne catholique, fondée en 1742 par union à Rome.
Et l’église arménienne évangélique est née au milieu du 19e siècle de missions protestantes.