En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 28 juin 2007
La communication de Benoît XVI, évêque de Rome est diversifiée. Après une grande attente, il publie une encyclique, « lettre circulaire » : « Dieu est charité » (Deus caritas est) qui engageait la foi des chrétiens (25. 12. 2005). D’un avis assez unanime, Benoît XVI avait trouvé le ton juste et l’encyclique reçut un accueil très favorable, une « réception » positive. Ce fut ensuite « le Sacrement de la charité » (Sacramentum caritates) (22. 02. 2007). Ce n’est pas une encyclique mais une « exhortation apostolique » sur l’eucharistie qui reprend les travaux de la Xème assemblée Synodale d’un synode des évêques (2 au 23 Octobre 2005). Le statut est différent de celui d’une encyclique. C’est un texte à la fois officiel et personnel où s’implique librement l’évêque de Rome. Ce sont là des remarques nécessaires pour situer la dernière publication de Benoît XVI, Jésus de Nazareth (30. 09. 2006). La double nomination de l’auteur, Joseph Ratzinger-Benoît XVI, ne doit pas tromper. Benoît XVI s’en explique très nettement lui-même. « Il est clair que je n’ai pas besoin de dire expressément que ce livre n’est en aucune manière un acte du magistère, mais uniquement l’expression de ma quête personnelle de « la face du Seigneur » (Ps 26(27)8). Aussi chacun est libre de me contredire » (p. 19).
Avant de nous risquer à le faire, il faut bien comprendre quelle est le propos de Benoît XVI. Il a le choix entre une exégèse « historico-critique » que l’auteur connaît mais conteste dans sa radicalité et une exégèse « canonique ». Celle-ci vise à « lire les différents textes en les rapportant à la totalité de l’Ecriture unique » (p. 13). Benoît XVI précise : « l’exégèse canonique » - la lecture des différents textes de la Bible dans leur ensemble est une dimension essentielle de l’interprétation qui n’est pas en contradiction avec la méthode historico-critique mais la prolonge organiquement et la transforme en théologie proprement dite » (p. 15). A partir de cette exégèse « canonique », l’auteur veut donc proposer une interprétation théologique de la Bible. Tel est le choix et le pari de Benoît XVI : lecture « canonique » et interprétation théologique. En faisant confiance aux Evangiles l’auteur précise pouvoir rejoindre le Jésus des Ecritures comme un Jésus réel, un « Jésus historique », au sens propre du terme. Le choix du titre du livre est significatif, Jésus de Nazareth. Le cardinal Martini dans la présentation du livre à l’UNESCO, le 23. 05. 2007, souligne « l’imbrication des connaissances historiques et de connaissances de foi, où chacune de ces approches maintient sa dignité et sa liberté, sans mélange, ni confusion. (Documentation Catholique, n° 2382, p. 567).
Dans l’impossibilité de détailler tous les chapitres de ce livre foisonnant, nous pouvons prendre un exemple très significatif, celui du premier chapitre, « le baptême de Jésus (p. 29-44). Il est très intéressant que Benoît XVI réserve pour un second tome les « récits d’enfance » dont le statut littéraire et théologique est différent. Il veut s’intéresser au Jésus « réel et historique ». Il ouvre le chapitre en affirmant : « la vie publique de Jésus commence avec son baptême par Jean le baptiste dans les eaux du Jourdain » (p. 29). Pourquoi l’auteur ne cite-t-il pas le texte de Luc (Luc 4, 16-36). N’est-ce pas là le début de la vie publique de Jésus à la synagogue de Nazareth où il annonce « Aujourd’hui s’accomplit aux oreilles ce passage de l’Ecriture » (Lc4, 21) ? Peut-on avec le baptême du Jourdain parler d’un « Jésus historique » ? Benoît XVI insiste sur la datation historique qu’aurait soulignée Luc selon lui. Mais celle-ci concerne le sort de Jean Baptiste enfermé en prison. L’enjeu de la mise en valeur du baptême de Jésus est d’arbitrer une querelle de ceux qui se réclamaient du seul baptême de Jean Baptiste et de celui de Jésus qui a baptisé semble-t-il au début. Puis de maintenir le baptême d’eau quand fut vécu le baptême par l’Esprit (Ac 10, 44) pour arriver à la synthèse du baptême d’eau et d’Esprit. Il y a donc une mise en scène du baptême de Jésus que l’on retrouvera avec la scène de la Transfiguration (Lc 9, 28-36 / Mt 17, 1-9 / Mc 9, 2-10). Deux mises en scène théologiques que Benoît XVI place en ouverture et en finale de ce premier tome de Jésus de Nazareth. On ne peut réduire le baptême du Christ à un événement historique de la vie de Jésus. C’est l’interprétation théologique, jusqu’à celle des Pères de l‘Eglise que cite bien l’auteur, qui donne la véritable importance du baptême du Christ.
L’exemple choisi pour proposer nos remarques critiques sur Jésus de Nazareth, ne doit pas empêcher de « recevoir » ce livre positivement comme une « méditation » biblique et théologique très riche. Ainsi parle encore le cardinal Martini. « Ce livre est un grand et ardent témoignage sur Jésus de Nazareth et sur sa signification pour l’histoire de l’humanité et la perception de la vraie figure de Dieu (Documentation Catholique, n° 2382, p. 569). Benoît XVI présentait lui-même son livre comme le « résultat d’une approche intérieure » (p. 19). Sa lecture sera donc celle d’une méditation personnelle qui se prolonge, mais cela n’a été possible qu’à travers le témoignage des premières communautés. Benoît XVI oublierait-il la Tradition ? Chacun pourra faire de véritables découvertes dans ce livre selon ses intérêts propres : « le Sermon sur la montagne », « les grandes images de l’évangile de Jean » etc…Joseph Doré, évêque émérite de Strasbourg a pu conclure sa présentation lors de la soirée de l’UNESCO : « Le Jésus de Nazareth de Joseph Ratzinger ne se propose pas seulement d’aider ses lecteurs à « connaître et comprendre Jésus », il les appelle aussi bel et bien à l’aimer et à le suivre (Documentation Catholique, n° 2382, p. 579).
CETAD Actualités, P. J.