En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Populorum progressio

Publié le Dimanche 3 juin 2007

La découverte du sous-développement, la sensibilisation au développement, l’engagement dans le combat du développement ont été sans aucun doute une des caractéristiques des dernières décennies dans le monde et jusque dans les Eglises. Mais dés le départ des analyses et des pratiques, le vocabulaire du sous développement et du développement a été mis en question. Le sous développement est moins un retard technique et humain (même si le retard technique du moins est réel) qu’un processus en cours , caractérisé par la désintégration d’un groupe humain au contact d’un autre groupe humain en expansion ou en migration, d’une civilisation au contact d’une autre civilisation. Plus profondément que la domination politique ou économique , que l’impérialisme, c’est cette mort lente des traditions et civilisations qui fait du sous développement un phénomène radicalement angoissant, un processus de déshumanisation qui atteint toute l’humanité, les pays dits développés plus radicalement peut-être que les pays dits sous développés.

1.
Le développement ne peut commencer qu’avec renversement du processus qui produit le sous développement , avec le sursaut ou le re-saisissement des groupes humains en voie de sous développement , avec la redécouverte et la prise en charge de leur identité , non dans la reconquête ou la répétition du passé, mais dans l’affrontement du présent, « le développement ne peut-être que l ‘évolution globale d’une société se mobilisant elle-même sous l’impact de la civilisation scientifique et technique , et mettant en œuvre tout son capital de civilisation et de culture pour faire face à la situation novelle dans laquelle elle se trouve du fait de l’évolution historique « (V. Cosmao, Développement et foi, Cerf, 1972).

2.
Les chrétiens ont été présents à cette réflexion concernant le développement, du fait notamment de leurs responsabilités en Afrique et en Amérique latine. En France le plus gros travail a été réalisé par l’équipe d’Economie et Humanisme, avec M.J Lebret. Ce dominicain , venu de la Marine , en avait gardé le goût audacieux d’entreprise et il l’allia à une réflexion théologique très compétente en science politique et économique. Très vite il se fit connaître par sa vision du développement des peuples . Paul VI le consulta très souvent et le fruit de ce travail commun fut l’encyclique Populorum progressio (1967).
Aujourd’hui encore des économistes engagés disent ce que leur a apporté cette encyclique qui invitait à l’ouverture et la collaboration. « ouvrez les voies qui conduisent , par l’entraide , l’approfondissement du savoir , l’élargissement du cœur, à une vie plus fraternelle, dans une communauté humaine vraiment universelle» (n° 85). Au delà d’initiatives ponctuelles et partielles , Paul VI invitait à « une action d’ensemble » (n° 13). La réalité même de l’Incarnation obligeait à un humanisme intégral : « Le développement intégral de l’homme ne peut aller sans le développement solidaire de l’humanité « (n° 43). « La croissance d’un homme n’est pas facultative, car tout homme est appelé à se développer et toute sa vie est vocation ». (n° 15). Il ne saurait donc suffire d’une éthique individuelle « Le devoir de solidarité des personnes est aussi celui des peuples « (n° 48).
On peut mesurer encore aujourd’hui quelle fut l’audience de cette encyclique, jusque dans les instances internationales comme l’ONU.

3.
Le quarantième anniversaire de Populorum progressio ne doit cependant pas nous fixer sur le passé de l’histoire du développement. La réflexion et les vocabulaires ont « progressé ». Ainsi les pays du Tiers Monde et du sous développement revendiquent maintenant le titre de « pays émergents » , sans dépréciation de leur situation mais avec insistance sur leur promesse d’avenir. Les analyses politiques , économiques, sociales ont amené à parler de « développement durable » (en anglais « sustainable « , soutenable ) . Cette notion veut souligner un développement économique et social qui vise à «satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présente et futures » (Conférence de Roi, 1992). Ce développement durable conjugue l’exigence économique d’efficacité, l’impératif de justice sociale (à l’intérieur d’une même génération et entre les générations présentes et futures) et les nécessités de la protection de la nature (qualité des milieux et pérennités des ressources). Un courant particulier, « l’éco-développement » insiste sur la conviction que le développement et l’environnement, bien loin d’être exclusifs , ont des liens réciproques et indissociables , dès lors qu’on abandonne le mode de développement occidental pour rechercher des modes alternatifs et diversifiés de développement (Ignacy Sachs, L’eco développement, Syros, 1993).

4.
Une autre ouverture paraît être originale et féconde , la notion de Co-développement.
On entend par co-développement toute action d’aide au développement, quelle qu’en soit la nature et quel que soit le secteur dans lequel elle intervient , à laquelle participent des migrants en France. Ce co-développement concerne aussi bien des immigrés qui désirent retourner dans leur pays d’origine pour y créer une activité que
ceux qui durablement installés en, France, investissent pour promouvoir des activités productives ou des projets sociaux ou souhaitent faire profiter leur pays de leur compétence, savoir faire et réseaux. La participation des migrants et de leurs associations , par le biais du co-développement, à l’action d’aideau développement, contribue à leur meilleur intégration dans la société française (co-développement,
migrations : un autre regard. Actes du 10ème forum de « Chrétiens en forum »).(« Chrétiens en forum », 166 rue Jeanne d’Arc , 75013 Paris, Tel 01 43 31 7-74 ; e.mail : forum@cef.fr)


Il faut donc aujourd’hui se réjouir de la fécondité entre autres de Populorum progressio pour l’essor de la pensée et de la pratique concernant le développement. Mais quel sera l’avenir ? L’aide au développement paraît en panne. Le bilan international 2006 est décevant, même si l’Europe augmente sa contribution. En 2006, en effet, la contribution des 22 pays riches, membres de l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques) a baissé de plus de 5% par rapport à l’année précédente . En somme absolue, la France n’est pas mal placée, mais proportionnellement moins vertueuse que ses voisins du Nord, Suède, Norvège, Luxembourg, Pays-bas et Danemark. Les Etats-Unis et le Japon sont à la traîne.
Faudrait-il une nouvelle encyclique Quadragesimo anno pour célébrer l’anniversaire de Populorum progressio comme ce fut le cas pour l’anniversaire de l’encyclique Rerum novarum (1891et 1931) ? (Publiée en 1891 par Léon XIII, Rerum novarum fut la première encyclique « sociale » et elle eût un grand retentissement. Quarante ans plus tard, le pape PieXI publie pour l’anniversaire de Rerum novarum la deuxième grande encyclique sociale : Quadregesimo anno. Depuis cette date un grand nombre de documents ont été publiés tant par les papes que par des évêques : leur ensemble, qui évolue compte tenu des changements du monde, constitue la doctrine ou pensée sociale de l’Eglise catholique.)


P.J /CETAD

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