En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Benoît XVI et l'Eucharistie

Publié le Vendredi 15 juin 2007

La communication
Dans la vie des communautés chrétiennes, la communication est essentielle pour assurer la communion. Ce qui a été vrai avec les lettres de Paul aux chrétiens de Rome, de Corinthe, de Galatie, d’Ephèse, de Philippes, de Colosses, de Thessalonique, puis la correspondance avec Timothée, Tite, se revit encore aujourd’hui avec les « lettres circulaires » encycliques, de l’évêque de Rome et les autres déclarations d’un patriarche orthodoxe ou du Conseil œcuménique des Eglises. Mais l’envoi ou l’adresse ne suffisent pas. Tout aussi importante va être la manière dont la lettre circulaire ou encyclique sera reçue par les diverses communautés chrétiennes, ce que les théologiens appellent la « réception » , sans laquelle l’envoi serait vain, ce qui a pu se vérifier avec Humanae Vitae en 1968.
Cela va donc devoir se vérifier avec l’évêque de Rome, Benoît XVI. Sa première lettre circulaire (encyclique) était très attendue, devant révéler plus que le style , l’orientation donnée à la communication. Ce fut l’encyclique sur l’amour (« Deus caritas est», « Dieu est amour » (25 12 05). Benoît XVI avait choisi une communication en profondeur avec ce qui fait le choix fondamental du chrétien. D’un avis assez unanime, Benoît XVI avait trouvé le ton juste et « Deus caritas est » reçut un accueil très favorable, c’est-à-dire une « réception » très positive. Les communautés chrétiennes pouvaient donc espérer un prolongement de ce premier document marquant. Voici après « Deus caritas est » = « Dieu est amour », « Sacramentum caritatis » = « Le sacrement de l’amour». Comment ce nouveau texte peut-il être reçu ?

Il faut bien noter, tout d’abord, que « Le sacrement de l’amour » (« Sacramentum caritatis ») n’a pas le même statut littéraire et canonique que « Dieu est amour » (« Deus caritas est »). Ce n’est pas une encyclique, mais une Exhortation apostolique sur l’eucharistie qui reprend les travaux de la onzième assemblée générale ordinaire d’un Synode des évêques. Celle-ci s’est déroulée du 2 au 23 octobre 2005 au Vatican sur le thème « L’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise ». Dire que le statut est différent de celui d’une encyclique ne veut pas dire que l’on en diminue l’importance. Mais c’est un texte à la fois officiel et personnel où s’implique librement l’évêque de Rome. Avec « Le sacrement de l’amour » (« Sacramentum caritatis ») il y a eu tout un travail préparatoire (Lineamenta, Instrumentum laboris ). Ces mots latins désignent les documents de travail du synode des évêques avant les séances du synode, auxquelles Benoît XVI a participé intégralement, avec les interventions des Pères synodaux et les 50 propositions remises par le synode à l’évêque de Rome. C’est avec tous ce matériau, l’acquis des texte de Jean-Paul II ( «L’Eglise qui vit de l’Eucharistie ») … et les contributions antérieures de Benoît XVI lui-même, qu’est rédigées l’exhortation apostolique. Ceux des Pères synodaux français qui se sont exprimés (Mgr Le Gall, alors évêque de Mende, Mgr Guneley, évêque de Langres) ont tenu à préciser que l’Exhortation apostolique reprenait quasiment toutes les propositions des Pères synodaux , « les faisant siennes à sa façon » (Mgr Le Gall dans la présentation de l’Exhortation apostolique sur l’eucharistie , Bayard éditions, Cerf, Mame , 2007. On se référera à cette édition.)

Le mystère

Benoît XVI a choisi de structurer l’exhortation à partir de la réalité centrale du « mystère », en référence à Ep 3,26. Comme l’ont signalé les Pères de l’Eglise on est initié au Mystère du Christ et à sa z plénitude par les « mystères » que sont les sacrements (Ambroise de Milan, De sacramentis,De mysteris). Elément central de la présentation de l’eucharistie, le rôle de l’Esprit Saint : « C’est en vertu de l’action de l’Esprit que le Christ lui-même demeure présent agissant, à partir du centre vital qu’est l’Eucharistie » (n° 12). « L’Esprit-Saint, invoqué sur les offrandes du pain et du vin déposés sur l’autel est le même qui réunit les fidèles « en un seul corps », faisant d’eux une offrande spirituelle agréable au Père » n° 13). Pour illustrer la double invocation (épiclèse en grec) de l’Esprit, Benoît XVI cite Cyrille de Jérusalem, Jean Chrysostome et les Prières eucharistiques (seule la Prière Eucharistique 1 héritée de Pie V n’inclut pas d’épiclèse explicite).

L'Esprit Saint

A partir du rôle central de l’Esprit Saint, Benoît XVI marque le lien de l’eucharistie avec les autres sacrement. Pour le baptême, la question est posée sur l’ordre des sacrements de l’initiation (n°18). La Réconciliation est mise en lien avec l’Eucharistie. Mais il n’est pas suggéré que l’Eucharistie est en elle-même force de réconciliation, alors qu’il est rappelé la nécessité de la confession fréquente et « une pratique sage et équilibrée de l’indulgence » (n°21). La théologie de l’Ordre est celle du prêtre qui préside l’Eucharistie « in persona Christi capitis », au nom du Christ–tête (n°23), mais il est concédé que le ministre ordonné « agit aussi au nom de l’Eglise lorsqu’il offre le sacrifice eucharistique ». « Il est donc nécessaire que les prêtres aient conscience que dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus Christ » (n°23). Fallait-il souligner le lien entre Eucharistie et célibat sacerdotal avec une argumentation inhabituelle ? «Le fait que le Christ lui-même, prêtre pour l’éternité, ait vécu sa mission jusqu’au Sacrifice de la Croix dans l’état de virginité constitue le point de référence sûr pour recueillir le sens de la tradition de l’Eglise latine sur cette question. Le choix du débat sacerdotal est avant tout sponsal. Il est identification au cœur du Christ Epoux qui donne sa vie pour son Epouse » (n° 24). Est-ce l’importance du vocabulaire de la sponsalité qui fait ensuite présenter « l’Eucharistie comme sacrement sponsal » n°27 ? L’insistance sur l’amour sponsal signe sacramentel de l’amour du Christ pour son Eglise, va entraîner le lien entre Eucharistie et indivisibilité du mariage avec le refus de la participation eucharistique pour les divorcés-remariés, sauf à vivre comme frère et sœur (n°29). La conclusion de cette première partie de l’Exhortation est centrée sur l’Eucharistie et la Vierge Marie. Peut-on dire que « Marie inaugure la participation de l’Eglise au sacrifice du Rédempteur (n° 33) ? Mais faut-il par cette conclusion et par diverses critiques en cours d’analyse (ce à quoi se sont limités trop de détracteurs de l’Exhortation, tels Henri Tinq) négliger l’esprit essentiel : l’Eucharistie mystère scellé par l’Esprit saint pour la communion.
Après « l’Eucharistie, mystère à croire » voici en deuxième partie de l’Exhortation « l’eucharistie mystère à célébrer ». Le synode des Evêques, repris par Benoît XVI, avait mis en évidence la relation intrinsèque entre foi eucharistique et célébration et le primat de l’action liturgique. (Lex orandi, lex credendi, loi du prier, loi du croire) (n° 34) « la beauté intrinsèque de la liturgie a pour sujet propre le Christ ressuscité et glorifié dans l’Esprit Saint, qui inclut l’Eglise dans son action » (n°36), reprenant la proposition 33 des Pères synodaux. C’est l’art de célébrer qui est condition d’une participation active. Mais après cette présentation d’une célébration belle et fructueuse, ce qui est rappelé c’est « l’obéissance aux normes liturgiques dans leur totalité » (n°38). A l’évêque de donner l’exemple pour les célébrations liturgiques de son diocèse « afin qu’elles puisent être considérées comme le modèle pour toutes les églises présentes sur le territoire ». Suit l’énumération des différents aspects de l’art de célébrer :
-l’architecture et une connaissance approfondie des formes que l’art sacré a pu produire (n° 41).
-le chant liturgique avec une valorisation du chant grégorien, « chant propre de la liturgie romaine »(n°42).
-l’homélie
-la distribution et la réception de l’Eucharistie.

Il ne saurait être question de banaliser l’Eucharistie. « La où se rencontrent des situations dans lesquelles il n’est pas possible de garantir la clarté qui s’impose sur le sens de l’Eucharistie, on doit évaluer l’opportunité de remplacer la célébration eucharistique par une célébration de la Parole de Dieu » (n° 50). Mais cela implique de refuser la Communion eucharistique aux chrétiens non catholiques (n° 56). Prudence également pour les grandes célébrations, en veillant à la distribution de la Communion. Pour conclure cette deuxième partie, l’Exhortation propose une réflexion sur Adoration et piété eucharistique. Sans doute « la célébration eucharistique est elle en elle-même le plus grand acte d’adoration de l’Eglise » (n° 68). Mais c’est différemment qu’il est pratique une adoration eucharistique disjointe de la célébration eucharistique, quand bien même elle y renvoie.

"L’Eucharistie, mystère à vivre »

L’Exhortation propose pour finir : « L’Eucharistie, mystère à vivre ». « Le mystère auquel on croit » et « qui est célébré possède en lui-même une dynamisme qui en fait le présage de la vie nouvelle en nous et la forme de l’existence chrétienne » (n°70). C’est le culte spirituel de Rm 12,1. Il y a une efficacité intégrale du culte eucharistique. Mais la suite du texte semble trop réduire le culte spirituel à celui du dimanche : « Vivre selon le dimanche » (n° 72). « Vivre le précepte dominical » (n°73). On pourra lire une Actualité précédente sur le Dimanche, récréation – re-création. Dans le prolongement, les « assemblées dominicales en l’absence de prêtre » (ADAP) sont plus présentées comme assemblées dominicales en attente de prêtre que comme assemblées dominicales animées par des laïcs (ADAL). Mais il faut retenir surtout ce qui, à la demande des Pères synodaux, est présentée comme « la célébration eucharistique (n° 82). Il ne s’agit pas seulement de ce que « les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement fermée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine : respect et défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d’éducation des enfants.. » (n° 83). L’Eucharistie est « mystère à offrir au monde » (n°88) . Il y a des implications sociales du Mystère eucharistique. « La mystique du sacrement a un caractère social ». Il y aura un lien à établir avec la doctrine sociale de l’Eglise, la participation du monde et la sauvegarde de la création (n°92).
Pour conclure l’Exhortation annonce la publication d’un Compendium (résumé) sur tout ce qui a été dit depuis Vatican II sur l’Eucharistie. Mais dès aujourd’hui l’attention des chrétiens est recentrée sur l’Eucharistie.





Posez-nous votre question

Articles récents

Opposons à la haine l’exigence de concorde
Opposons à la haine l’exigence de concorde
Publié le Mercredi 18 octobre 2023
Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, 18 – 25 janvier 2023
Bonne Année
Bonne Année
Publié le Dimanche 1er janvier 2023
L'Ukraine
L'Ukraine
Publié le Mardi 8 mars 2022
Tous les articles
cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2026 - Tous droits réservés