En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 6 août 2007
C’est au cœur de l’Ecole Catéchétique de Lyon ( J. Collomb, Charles Paliard) que Henri Bourgeois, décédé en octobre 2001, avait déployé une œuvre de théologien, centrée sur la théologie pastorale, notamment avec le groupe Pascal Thomas (Découvrir le christianisme) 4 vol. Fayard-Mame 1981-1983). En 1991 il publiait Théologie catéchuménale. C’est ce volume qui vient d’être réédité aux Editions du cerf (2007) augmenté de deux chapitres qui n’avaient pas été publiés Tradition catéchuménale et L’agir catéchuménal. Ce beau travail d’homme de la tradition et de catéchète de terrain, permet de faire le point sur le dossier de la catéchèse, encore débattu récemment par la Conférence des Evêques de France. Catéchèse, catéchisme, catéchuménat.
Catéchèse
La catéchèse c’est « l’écho » que trouve dans le cœur humain la Parole de Dieu. Le kérygme désigne la première annonce du mystère chrétien. « Christ vivant » (Discours de Pierre après la Pentecôte , Ac 2,14-36). La catéchèse propose ensuite aux baptisés une intelligence globale et méthodique de leur foi. Durant les premiers siècles « la catéchèse s’adresse à des adultes ou des jeunes capables de prendre eux-mêmes la parole en réponse à la résonance qu’a en eux l’Evangile » (p. 237). « la pratique catéchuménale conjoint un élément mystérieux (la Parole de Dieu), un élément personnel (la conversion), un élément culturel (l’âge adulte). Et des moyens évangéliques et ecclésiaux » (p. 238). Pour H. Bourgeois « c’est la dimension liturgique qui fait l’objet de la transmission… La liturgie c’est la forme publique du mystère comme don de Dieu et comme action de grâce évangélique » (p. 261). Sans négliger pour autant la transmission de la « règle de foi », le Credo et l’autorité des livres bibliques délimités par le Canon biblique. On trouve donc là des éléments fondamentaux pour structurer une catéchèse qui ont pu être remis en valeur grâce aux théologiens de la catéchèse comme Henri Bourgeois. Que l’on relise la Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome (vers 220).
Catéchisme
Le déclin de la catéchèse catéchuménale commença vers le VIe siècle, lorsque la baptême des petits enfants devient peu à peu la règle. Il y eut aussi, pour les adultes, le retard pour la demande du baptême du fait de la rigueur de la période de probation imposée par l’Eglise. Il va se développer une sorte de « no man’s land » catéchétique sans aucune institution catéchétique spécifique, mais avec une imprégnation globale de la famille, de la paroisse, du clergé, des moines. Le livre d’H. Bourgeois n’aborde pas cette période capitale de l’évolution de la catéchèse. Mais on peut se référer à une excellente présentation de Charles Wackenheim, La catéchèse, (que sais-je, 2049, PUF, 1983). Après l’invention catéchétique du catéchuménat, une longue période va se développer pour que s’intensifie l’action pastorale de l’Eglise auprès des masses. Ce sera le renouveau du ministère de la Parole avec Dominique, François d’Assise, Antoine de Padoue ; puis le rôle de l’enseignement théologique d’Abélard à Hugues de saint Victor et Thomas d’Aquin qui commentent le Pater et le Credo. Mais il s’agit d’une pastorale de clercs. Jean Gerson († 1429), chancelier de l’Université de Paris, se mit à enseigner les rudiments de la foi aux enfants du peuple, Du devoir de conduire les enfants à Jésus Christ.
Mais l’ère du catéchisme explosa avec la diffusion du livre imprimé et l’impulsion luthérienne. Début avril 1529, Martin Luther († 1546) fait paraître le Catéchisme allemand connu sous le nom du Grand Catéchisme, suivi de la publication la même année du Petit catéchisme à l’usage des simples pasteurs et prédicateurs avec « questions et réponses ». la méthode était lancée . Jean Calvin († 1564) publie en 1557 L’introduction et confession de foi dont on use en l’Eglise de Genève . Dès 1563 c’est le Catéchisme d’Heidelberg qui s’impose. La Contre Réforme ne pouvait qu’opposer une riposte de catéchismes. Pierre Canisius, jésuite, rédige trois catéchismes à Vienne dont le Petit catéchisme des catholiques (1558) en 122 questions. La rédaction d’un ouvrage officiel fut décidée par le Concile de Trente (1545-1563) ; c’est Pie V qui promulguera en italien et en latin le Catéchisme pour les curés d’après les décrets du Concile de Trente appelé aussi Catéchisme romain.
Aux XVII/XVIIIes siècles la catéchèse de controverse donne sa place à une catéchèse d’intuition pastorale avec un renouveau du catéchisme paroissial (Ecole Française de Spiritualité : François de Sales, Pierre de Bérulle, J.J. Ollier) la fonction des catéchistes (J.B. de La salle) et la redécouverte de la pédagogie historique (Catéchisme historique de Claude Fleury). Au XIX e siècle la catéchisme va être le reflet et le soutien de l’ordre social.
Catéchuménat
Retour au dossier d’Henri Bourgeois, Théologie catéchuménale. La renaissance du catéchuménat s’inscrit dans une recherche catéchétique audacieuse avec les publications lyonnaises de Joseph Coulomb Aux sources du catéchisme (1946-1947), Catéchisme progressif (1950). Un congrès (1957) résume bien le débat Foi d’enfant, foi d’adulte. Mais il est suivi aussitôt de la condamnation par le saint Office de J. Coulomb (CNER) et F. Coudreau (ISPC). Au Catéchisme national succèdent le Fonds obligatoire, le Document de base pour diverses adaptations. Mais il y a aussi l’apparition des programmes de formation chrétienne pour adultes dans le très discuté Catéchisme hollandais (1966 et en langue française 1968.)
La restauration du catéchuménat dans l’Eglise n’est pas seulement une réponse pastorale à la présence d’adultes voulant être accueillis dans une communauté chrétienne. C’est une réflexion sur cet accueil « qui prend le recul pour mieux évaluer la pratique » (p .8) Plus largement le catéchuménat, expérience de commencement, a amené à se poser la question des recommencements dans la vie de foi. Tous les chrétiens vont dans leur foi de « commencements en commencements » (Grégoire de Nysse, Vie de Moïse). Le souci pastoral porte aujourd’hui sur les recommençant, déjà baptisés mais distants de l’Eglise et qui manifestent un nouvel intérêt. Pour H. Bourgeois les recommençant ont leur place dans le catéchuménat. Cependant tout n’est pas catéchuménal (p. 58). Mais comme l’a déclaré le Synode des Evêques de 1977, « le modèle de toute catéchèse est le catéchuménat » (p. 8). Nous sommes donc tous concernés par la réflexion de théologie pastorale d’Henri Bourgeois.
PJ