En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 9 août 2007
Le Cardinal Jean Pierre Ricard, président de la Conférence des Evêques de France, rappelle, dans son hommage à Mgr Lustiger comment ce dernier a invité les catholiques à redécouvrir leurs racines spirituelles dans la première Alliance et a poursuivi jusqu’au bout le dialogue avec le judaïsme, aidant à la relecture historique, favorisant les liens, invitant à dépasser les préjugés.
Relisons ses propres propos à l’occasion d’entretiens relatés dans son livre Le choix de Dieu (Ed de Fallois,1987) :
- Pouvons-nous revenir sur votre découverte du christianisme?
C’était comme si je savais déjà ce que j'étais en train de découvrir. Je ne parle pas des coutumes, des rites, des pratiques, mais du contenu du christianisme. Il m'était comme d'avance connu. J'étais même surpris que les autres ne comprennent pas ce que je comprenais. Je demeure d'ailleurs toujours dans cette disposition d'esprit. Telles affirmations touchant le mystère de Dieu, le sens de la révélation du Christ, l'appel de Dieu à l'humanité, à son peuple, me paraissent avec évidence faire partie de la logique de la foi, et je suis stupéfait de découvrir que des croyants, bercés dans le christianisme dès leur enfance, ne le comprennent pas.
Vous avez un exemple?
Oh, des quantités! L'eucharistie, la messe. Pour moi, bien que n'ayant pas eu l'éducation juive, j'en savais' suffisamment pour y reconnaître avec évidence le rituel de la Pâque. C'est le sacrifice de l'Agneau, du Messie souffrant; c'est la délivrance et le salut, c'est la grâce de Dieu. Quand je découvre des chrétiens qui ont perdu cette référence et ne comprennent plus
l'eucharistie, je me dis : ils sont païens, ils ne savent pas ce qu'ils sont en train de dire ou de faire, ni combien ils sont en contradiction avec ce qu'ils sont censés croire.
Un autre exemple: je garde le souvenir de la première semaine sainte à laquelle j'ai pris part en 1941. J'étais allé avec un groupe de lycéens à la Maison de formation des Oratoriens, à Montsoult. Nous avons chanté trois après-midi de suite avec la communauté, tout l'office des Ténèbres, un office fait de psaumes et de lectures bibliques. Chantant ces psaumes, écoutant les Lamentations de Jérémie, il m'était évident que les catholiques recueillaient l'héritage que Dieu avait d'abord destiné à Israël, son fils aîné, premier- né.
Il y avait pour vous une continuité évidente entre les deux?
Non seulement une continuité, mais en même temps une compréhension enfin de problèmes insolubles. Je veux dire par là que la clé de l'énigme était donnée, dans un nouveau mystère. Ce nouveau mystère, c'est celui du Christ, le Messie crucifié.
La continuité est marquée dans les textes mêmes de la révélation ! et dans l'usage de la Bible. Dans la chapelle de Montsoult, il y avait des vitraux qui illustraient la relation entre les deux Testaments. De même, à la cathédrale de Chartres j'ai salué le saint roi David. Tout comme à Germigny-des-Prés, église carolingienne, je me suis joint aux anges qui sur la mosaïque de l'abside, adorent l'Arche d'Alliance.
Je n'étais pas dans une terre étrangère. Je faisais partie des fils aînés. Et je ne faisais qu'entrer dans la jouissance de l'héritage auquel j'étais promis. Beaucoup plus tard seulement, j'ai pu formuler de façon plus rigoureuse ce dont j'avais eu d'emblée la compréhension intuitive: le problème du rapport à Dieu des païens et des juifs est au centre de toute l'Ecriture, Ancien et Nouveau Testament.
Entre païens et juifs, oui, mais entre juifs et chrétiens?
Mais c'est la même histoire. Le problème que pose saint Paul, et pratiquement tous les auteurs du Nouveau Testament, est celui des « chrétiens », des « messianiques », juifs et
païens, entrés dans l'Alliance selon l'Esprit. L'une des preuves que le Messie est arrivé, c'est précisément que les païens aussi ont accès à l'Alliance, puisque l'Esprit leur a été donné et qu'ils peuvent, eux aussi, s'unir par la foi au Roi d'Israël. « Dans le Christ» (c'est-à- dire dans le Messie), selon une expression de saint Paul, tous . accomplissent les préceptes de la Loi et ont part à la Nouvelle! Alliance, où ils obéissent à Dieu, grâce au don de l'Esprit Saint. Autrement dit, les promesses de l'universalité du Règne de Dieu sont, de fait, en voie de réalisation.