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« Sandrine regarde Sabine »

Publié le Jeudi 4 octobre 2007

« Sandrine regarde Sabine »

Sandrine Bonnaire est aujourd’hui une comédienne que ses succès à l’écran ont largement fait connaître et apprécier. Dès son premier film « A nos amours » (1983) avec Maurice Pialat, elle obtient le « César du meilleur jeune espoir ». En 1984 c’est la Palme d’or « Sous le soleil de Satan » (Maurice Pialat). De nombreux films vont suivre dont « Jeanne la Pucelle » avec Jacques Rivette (1993), « Au cœur du mensonge » (1999) avec Claude Chabrol, « Confidences trop intimes » (Patrice Leconte, « Je crois que je l’aime (2006), Un cœur simple (2007). Le titre de ce dernier filme aujourd’hui évoque bien la personnalité de Sandrine Bonnaire qui fête ses 40 ans. Elle est la septième d’une famille de onze enfants et elle a passé l’essentiel de son adolescence à Grigny en région parisienne. William Hurt est le père de sa fille Jeanne, et elle a épousé Guillaume Laurent, un scénariste, qui est le père de sa fille Adèle. Mais il s’agit pour l’heure de Sabine, la sœur de Sandrine, d’un an plus jeune. Pourquoi un film sur Sabine par sa sœur ? « Sandrine regarde Sabine ».

Sandrine est partie des archives familiales qui permettent de retrouver une Sabine vive et joyeuse, jouant Bach et Beethoven au piano, plongeant dans la mer et dansant avec sa sœur : sourire espiègle, abondante chevelure. Sans doute apparaît déjà une fixité traversant de beaux yeux grands ouverts. Elle va durant la journée dans une école pour enfants handicapés mentaux. Mais elle trouve son équilibre et son bonheur au sein d’une grande famille. Quand elle est scolarisée dans un collège normal, elle devient « Sabine la folle » comme la surnomment les élèves. Expulsée, elle se réfugie dans la chaleur d’une famille qui la protège. Elle pourra y rester jusqu’à 27 ans. Tout s’effondre avec la mort du frère aîné ; un déménagement. Sabine est placée dans un hôpital psychiatrique et, en cinq ans, la jeune femme devient une personne diminuée, « folle ». Le diagnostic tombe : « psycho infantile avec des comportements autistiques ». Il faudrait un centre d’accueil mais ils sont très rares. Grâce à la notoriété de Sandrine Bonnaire et à la ténacité d’un éducateur Joseph Debrosse, un foyer d’accueil médicalisé pour adultes autistes est créé en Charente où Sabine est accueillie avec quatre autres résidents. Voici alors de nouvelles images de Sabine excellemment accompagnée. Après la déconstruction d’une personne sa reconstruction. C’est la dignité humaine retrouvée.

Ce documentaire est remarquable et révélateur. Sandrine Bonnaire, d’abord, a voulu faire ce film « quand elle s’est aperçue que l’état de santé de sa sœur déclinait fortement. Entre les nombreux discours des médecins sur la maladie qui évolue et une prise en charge non appropriée j’étais en colère et surtout très nostalgique de la beauté et de la vivacité de Sabine. Les archives m’ont donné l’idée de faire un parallèle entre le passé et le présent, ce que Sabine était et ce qu’elle est devenue ». Il s’agit de mener un combat pour que soient mises sur pied des maisons d’accueil du type de celle qui accueille Sabine – combat jusqu’à la Présidence de la République et le Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité. La diffusion de ce documentaire sur Arte, à une bonne heure d’audience, le 14/ 09 / 07, a dû contribuer à cet objectif, en attendant la programmation en salle en 2008.

Mais le documentaire est plus qu’un documentaire. Car il y a une profonde complicité entre Sandrine et Sabine, faite de tendresse et de tact. Quand Sandrine tient la caméra, elle capte le regard de Sabine. Qui nous révèle celui de sa sœur. Sandrine est capable d’aimer Sabine non pour ce qu’elle a été mais pour ce qu’elle est. Une personne qui crie, crache, bave et blesse est ici regardée dans son infinie dignité, « l’éminente dignité de la personne ». Un regard fait de pudeur et de patience. Tel est l’éloge moral du regard.


N.B.
« Elle s’appelle Sabine », documentaire Arte 14/09/07
Le film doit sortir en salle en 2008
Par ailleurs Sandrine Bonnaire jouera le rôle d’une autiste dans une fiction réalisée par son mari Guillaume Laurent.

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