En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 10 janvier 2008
Un pas de géant dans la quête des cellules souches (titrait le Figaro du 21 Novembre 2007) La biologie des cellules souches franchit un cap (annonçait un article paru dans l’édition du Monde du 22 Novembre 2007)
Deux équipes indépendantes de chercheurs, l'une au Japon, l'autre aux Etats-Unis, annoncent au même moment qu’elles sont arrivées à transformer des cellules adultes humaines en cellules souches embryonnaires. Elles sont parvenues à «rajeunir» des cellules adultes de la peau, pour les transformer en cellules souches embryonnaires. L'Eglise catholique s’étant toujours opposée à la recherche à partir de la destruction de cellules souches embryonnaires ; le Vatican a donc salué une avancée qui «« ne semble pas poser de problèmes éthiques » et est « licite », contrairement à la recherche sur l'embryon. (A déclaré, Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pour la vie, au Vatican.)
Il est peut-être bon de rappeler ce que sont ces cellules souches.
Qu’est ce qu’une cellule souche ?
Les cellules souches ont deux qualités que ne possèdent pas les autres cellules :
- elles sont capables de se multiplier indéfiniment et à l’identique en culture in vitro (dans une boîte de culture).
- elles sont capables (sous l’influence de certains facteurs : hormones, vitamines…) de donner naissance à toutes les cellules de l’organisme. (Soit près de 200 types de cellules : cellules nerveuses, musculaires, sanguines…) On peut donc utiliser ces cellules pour réparer un tissu endommagé, les cellules saines remplaçant les cellules anormales ou disparues.
Où trouver des cellules souches ?
Les cellules souches existent chez l’embryon, chez le fœtus dans le sang du cordon, chez l’adulte.
- Les cellules souches embryonnaires sont obtenues à partir de la destruction, au cinquième jour de son développement, d'un embryon obtenu par fécondation in vitro (FIV). Ces cellules proviennent donc de l’utilisation des embryons surnuméraires issus de la FIV. Le prélèvement de ces cellules entraîne la destruction de l’embryon, ces cellules sont ensuite mises en culture pour la production d’un très grand nombre de cellules. Ces cellules sont dites « totipotentes » car elles sont en mesure de se différencier dans tous les types cellulaires de notre organisme.
- Les cellules souches adultes sont notamment présentes au sein de la moelle osseuse, de la peau ou dans le sang du cordon ombilical. Prélevées sur un adulte, ces cellules ne posent aucun problème éthique. Ces cellules ont d'ores et déjà permis d'obtenir d'importants succès thérapeutiques dans le traitement des affections cancéreuses sanguines ou des grands brûlés. Mais les cellules souches d’un organisme adulte sont en petit nombre et ne sont que « pluripotentes », c'est-à-dire qu’elles ne peuvent donner que certaines cellules différenciées de l’organisme. Par exemple, les cellules de la moelle osseuse peuvent donner tous les types de cellules sanguines : globules rouges, globules blancs, plaquettes…Ces cellules peuvent également former certaines cellules musculaires. Mais le cœur et le pancréas sont dépourvus de ces cellules souches.
Qu’apportent les découvertes annoncées sur les cellules souches ?
Les méthodes utilisées par les équipes américaines et japonaises sont, à peu de choses près, les mêmes. Grâce à un rétrovirus, les chercheurs ont pu introduire des gènes dans les cellules de peau ; ces gènes ont provoqué un « rajeunissement spectaculaire » de la cellule adulte qui a ainsi été « reprogrammée » en cellule embryonnaire (dont elle a toutes les caractéristiques).
La technique présente un risque majeur : l’utilisation du rétrovirus pour introduire les gènes provoque parfois des tumeurs (20% de probabilité chez les souris), ce qui limite pour l’instant l’application de cette méthode. Cet obstacle pourrait être surmonté grâce à d’autres techniques : utilisation d’autres virus ou de protéines. Les cellules ainsi produites, sont nommées « cellules pluripotentes induites » (IPC), elles ressemblent et agissent comme les cellules souches d’un embryon, mais leur structure génétique reste différente.
Quels espoirs ?
Les implications de ces deux études sont énormes, en utilisant la peau, la méthode fait tomber les barrières éthiques qui pèsent sur l’utilisation de fœtus. La technique permet d’imaginer un traitement produit sur-mesure pour un patient à partir de sa propre peau donc sans rejet, à la manière des cultures cellulaires utilisées pour soigner les grands brûlés. Ces cellules pourraient être utiles pour étudier le développement embryonnaire, et les fonctions des tissus humains, pour la découverte et les tests de nouveaux médicaments, les transplantations, et en médecine régénératrice dans le cas de leucémies, dans différentes formes de tumeurs, dans l’infarctus du myocarde… ; mais les recherches sont encore sur le terrain de l’expérimentation animale. Les avantages thérapeutiques ne doivent pas être exagérés. L’utilisation de ces cellules, dans des essais cliniques sur l’homme, impliquera un impératif de sécurité et de protection de la santé des patients.
Quels risques ? Quels problèmes ?
Il existe un risque non négligeable que les cellules souches transplantées provoquent des anomalies et des tumeurs. Ces cellules souches pluripotentes induites sont assez voisines des cellules cancéreuses qui ont, elles aussi, une capacité indéfinie de prolifération. Des tests chez la souris ont montré que ces cellules souches pouvaient se transformer en tumeur bénigne ou maligne. L’intérêt particulier de ce travail est la production de cellules souches embryonnaires, sans avoir recours ni à l’embryon ni au clonage thérapeutique qui soulèvent de nombreuses questions éthiques.
La recherche progresse-t-elle vers un abandon possible du clonage thérapeutique ?
Ian Wilmut, le père de Dolly, la brebis clonée en 1997, a annoncé qu’il renonçait à exploiter la licence obtenue il y a deux ans pour cloner des embryons humains, afin de suivre les pas des équipes qui ont créé des cellules pluripotentes induites. « Ces résultats nous entraînent dans une ère entièrement nouvelle de la biologie des cellules souches ». La recherche sur ce type de cellules souches est une technique « plus facile à accepter socialement » tout en étant « extrêmement passionnante et étonnante ».
Ainsi que l’explique Jean-Claude Ameisen, (professeur d’immunologie et président du comité d’éthique de l’Inserm) : « Ce travail, …, véritable révolution scientifique, prouve qu’il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu’on ne le pensait. Il montre que si la science pose des problèmes éthiques, elle peut aussi permettre d’en résoudre. La science peut transformer des impossibilités en possibilités concrètes ; elle peut élargir le champ des possibles. Avec cette technique, on ne peut plus dire : “Il n’y a pas moyen de faire autrement.” Nous avons la possibilité de choisir, c’est-à-dire d’enrichir notre réflexion éthique »
Si les questions d’éthique, de morale ou de bioéthique vous intéressent, vous avez la possibilité de suivre au CETAD l’enseignement de théologie morale fondamentale et pratique.