En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 10 avril 2008
Une nouvelle traduction
Que peut-on attendre d’une traduction ? ou plus précisément d’une nouvelle traduction, quand il s’agit de l’œuvre de St.Augustin connue sous le titre de Confessions ? Demandons-le au traducteur de cet ouvrage intitulé sous sa plume : « Les Aveux ».
Il répond à cette question dans la Préface qui mérite une lecture attentive.
Traduire, pour Frédéric Boyer, ce n’est pas trahir, comme on dit souvent, mais permettre à une œuvre ancienne de s’insérer dans la culture contemporaine pour y devenir à nouveau vivante, comme une œuvre écrite par l'un de nous et même, si on l’en croit, par l’un de nos petits-enfants.
Concevoir ainsi la traduction ne va pas de soi. Quand on traduit un texte ancien, on peut viser au contraire à se faire le plus possible contemporain d’une œuvre d’autrefois, à s’insérer pour cela dans son milieu d’origine en s’interrogeant sur la langue qui est la sienne, sur le sens qu’elle pouvait avoir à l’époque où elle a été écrite, sur ceux qui ont pu l’inspirer, sur les raisons qui ont poussé l’auteur à la produire. Et sans doute ce retour vers le passé ne vaut-il pas seulement pour lui-même, à titre de curiosité archéologique, mais vaut-il aussi pour enrichir la réflexion de celui qui l’opère et lui donner de vivre aujourd’hui de façon plus humaine, avec ce recul que permet la connaissance du passé. Mais ce n’est là qu’une conséquence, la traduction une fois faite et l’œuvre assimilée.
Confessions ou aveux ?
S’agissant d’Augustin, renoncer aux Confessions pour en venir aux Aveux, est-ce permettre un meilleure « appropriation » de l’ouvrage d’Augustin ?
F.Boyer pense que le mot de « confessions » fait écran et risque de détourner de l’œuvre d’Augustin. Confession a un relent de « confessionnal », il ne dit plus ni la foi de celui qui en fait profession, s’y engageant devant les autres et d’abord devant soi, ni, encore moins, la louange de celui qui fait passer le croyant des ténèbres à son admirable lumière.
Le terme « aveux » réussit-il là où échoue le terme de « confessions » ?
Le mot aveu, utilisé au tribunal, ne risque-t-il pas au contraire d’aggraver les déformations que la pratique catholique a fait subir au mot confession ? Il a l’avantage, dit F.Boyer,de « faire violence aux traditions de sa réception »(p.27) « J’ai voulu, écrit-il, en traduisant confessio par aveu, faire entendre en français la force paradoxale, l’oxymore chrétien de la confession ». Aveu du soi manquant à lui-même. Je suis celui qui a fait cela et pourtant je ne le suis pas ! L’aveu ne renvoie pas seulement au sujet qui parle, mais à l’autre à qui il s’adresse. Pour avouer en vérité il faut être deux et l’autre, par sa seule présence, me fait moi-même autre. Pour qui sait écrire, pour Augustin, cette différence devient témoignage, naissance, renaissance, invention de soi. Reste que pour Augustin la confession est aussi foi, foi en celui qui est source de pardon et de vie, louange du libérateur. L’aveu peut-il suggérer cette confession de foi et de louange ?
F.Boyer a-t-il réussi à faire parler Augustin ?
Mais laissons ce terme d’aveu pour revenir au projet de se débarrasser « des traditions de la réception », c’est-à-dire des lectures successives qui ont fini par recouvrir le texte original. F.Boyer a-t-il réussi à faire parler Augustin ? Incontestablement cette traduction se lit, rajeunie et vivante. La mise en page contribue à donner ce sentiment de vie un peu haletante, cette tension vers l’expression toujours inaccomplie qui sont bien augustiniens. Alors même que l’on redoutait que le traducteur n’oriente le texte dans une perspective morale risquant d’obscurcir au lieu d’éclairer la présence active de Dieu dans le parcours d’Augustin, on doit convenir qu’au long des pages, c’est bien cette présence qui se manifeste et donne ce qu’il faut pour aller plus loin : engendrer un être nouveau dans un monde renouvelé.
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