En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Exposition Rome et les barbares au palais Grassi de Venise

Publié le Mardi 8 avril 2008


Une importante exposition se tient actuellement au magnifique Palazzo Grassi sur le Grand Canal de Venise, sur une période particulière de l’Europe, celle où l’Empire romain, omniprésent dans presque toute l’Europe et le pourtour méditerranéen, craint et admiré à la fois, commence à vaciller face à ceux qu’on appelle les « barbares » et qui réussiront petit à petit à l’anéantir (5/8e siècles)

LES « BARBARES »

Ces « barbares » sont des peuplades venues du Nord et de l’Est de l’Europe, les Francs, les Ostrogoths, les Huns, les Wisigoths, les Goths, les Germains, les Vandales, etc.. L’expression « Barbares » avait un sens différent de celui qu’on lui donne aujourd’hui, elle représentait les populations extérieures au monde culturel, religieux et civique du monde romain, ce concept venant du monde grec.
Ce sont des populations nomades (époque des grandes migrations) qui se sont heurtées au monde romain. Elles avaient leur propre culture, dont la richesse se dévoile de plus en plus au gré des découvertes archéologiques. Au contact du monde romain elles ont évolué et ont entretenu avec lui des échanges commerciaux tout en assimilant savoirs et techniques. Les échanges sont allés encore plus loin : elles fournissaient les légions romaines en hommes, les « fédérés ». Une monnaie récemment étudiée, datant de l’arrivée au pouvoir de l’empereur Claude, montre un cavalier de la garde prétorienne : il porte une natte qui désigne sans ambiguïté un barbare. Et finalement Rome fut en retour influencée par ces différents peuples.
Cette période est à la base de la civilisation européenne, c’est ce que veut montrer cette exposition.
Les barbares n’ont pas laissé, comme les Romains, des statues, des voies empierrées ou des arènes, qui ont fait la gloire de l’immense empire romain dans toute l’Europe. Mais les civilisations des barbares ont laissé des bijoux, orfèvrerie cloisonnée, des casques, des armes, les tombes d’Apahida en Roumanie en sont une superbe démonstration. Les épées des forgerons gaulois étaient extrêmement réputées et les Romains les ont adaptées ayant constaté leur efficacité dans les mains de leurs adversaires ! (même constatation pour d’autres armes, glaives courts ou casques).
Les barbares ne restent pas aux frontières de l’Empire, le « limes » n’est pas étanche. Certains deviennent citoyens et mêmes certains peuvent accéder aux plus hautes fonctions, preuve en est le diptyque consulaire de Stilicon, fils d’un vandale et d’une romaine Quand on étudie la christianisation de l’Empire Romain, on note la présence de bon nombre de personnages d’origine barbare.


LE CHRISTIANISME

Les Barbares étaient souvent christianisés. La christianisation a été progressive. Ce sont souvent les évêques comme Césaire d’Arles (470-543, Archevêque d’Arles (décembre 502-† 26 août 543) qui maintiennent dans les anciennes cités romaines des règles cohérentes d’administration du territoire et des hommes. D’abord issus des élites romanisées, comme Rémi à Reims, Martin à Tours, etc, ils sont ensuite choisis dans l’aristocratie barbare, comme Arnoul à Metz.
Les grandes migrations ne furent en aucun cas des guerres de religion. Les Barbares étaient majoritairement ariens, (l’arianisme est un courant de pensée des débuts du christianisme, dû au théologien Arius (256 - 336) concernant notamment la nature du Christ et la Trinité), une manière de marquer leur différence avec l’Empire catholique romain. L’arianisme fut condamné au Concile de Nicée. En Afrique du Nord les Vandales ariens, partis des fins fonds de la Germanie et vite libérés de la tutelle romaine, avaient persécuté les populations majoritairement catholiques au nom de l’arianisme. Clovis en Gaule ne s’y trompera pas et passera directement du paganisme au catholicisme.
L’exposition fait découvrir la multiplicité des cultes et la rapide progression du christianisme.


L’INTEGRATION

Aujourd’hui la recherche a avancé et les archéologues et historiens modulent la vision de cette période. Il y eut certes des batailles et des invasions, le sac de Rome en 410 par les Wisigoths d’Alaric en est un exemple, mais il y a eu aussi « intégration » pour reprendre un vocabulaire moderne. Attirés par la civilisation romaine les barbares l’ont dans une large mesure respectée et perpétuée. Le père de Clovis, Childéric dont la tombe est à Tournai, fut enterré avec les signes distinctifs et les armes d’un chef franc mais aussi avec les insignes de l’autorité romaine dont il se voulait dépositaire. De nombreux objets de l’exposition soulignent cette interpénétration et cette continuité.
L’exposition s’ouvre avec la représentation de soldats barbares, les bras attachés dans le dos et corde autour du cou, vaincus par l’armée de l’Empire, ceux représentés sur les arc de triomphe (arc de Titus), ou les colonnes commémoratives, comme la colonne de Trajan.
Puis l’itinéraire de l’exposition mène sur les frontières entre monde barbare et empire romain, lieu de passage, d’échanges et de commerce.

1700 pièces, spectaculaires ou modestes, sont présentées , prêtées par 200 musées ou collectionneurs.. des armes, peintures, bijoux, manuscrits, mosaïques et parures, bustes d’empereurs , plaques d’ivoire, vestiges de plusieurs religions, matériels trouvés dans les tombes racontent cette histoire complexe de la naissance de l’Europe, période de transition de principat de l’empereur Marc Aurèle (160-180) jusqu’au couronnement d’Etienne 1er, premier roi chrétien de Hongrie en l’an 1000.




Brève chronologie

58-51 av. J.-C. : conquête des Gaules par Jules César.
27 av. J.-C : fin de la République romaine.
9 : massacre des légions romaines par des tribus germaniques à Teutobourg, sur l'actuel territoire de l'Allemagne.
122 : mur d'Hadrien, une des multiples défenses érigées pour consolider les frontières de l'Empire.
224 : les Sassanides prennent le pouvoir en Perse et menacent l'Empire à l'est.
271 : Rome s'entoure de remparts.
313 : liberté de culte accordée aux chrétiens.
325 : concile de Nicée, condamnation de l'arianisme pratiqué par beaucoup de Barbares.
376 : poussés par les Huns, les Goths traversent le Danube et s'imposent dans l'empire.
406 : Vandales, Alains et Suèves franchissent le Rhin gelé pour s'installer en Gaule. Suivent bientôt les Burgondes et les Francs. Rome sera bientôt pillée par les Goths.
476 : le dernier empereur d'Occident, Romulus Augustule, est déposé par Odoacre.
486 : Clovis, un Franc, prend Soissons et se convertira au catholicisme plus tard pour assurer son pouvoir sur la Gaule.







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