En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Les chrétiens d’Irak menacés

Publié le Vendredi 6 juin 2008


L’Irak et les Irakiens

L’Irak moderne est l’héritier de la Mésopotamie d’Hérodote, l’historien grec du Vème siècle avant J.C. et des grandes civilisations sumériennes (Ur). Sous mandat britannique en 1919, il devient indépendant en 1921, encerclé par le Koweït, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie, la Turquie et l’Iran. De régime royal, il devient République en 1958 avec le parti baas (baath). En 1979 Saddam Hussein prend le pouvoir. Outre une oppression tyrannique, l’Irak va connaître la guerre avec l’Iran (1980-1988), l’invasion du Koweït (1990) et la présence imposée américaine depuis avril 2003 avec la chute de Saddam Hussein, arrêté en Décembre 2003 et pendu en 2006.
La population est estimée à 27 000 000 habitants dont 67% d’urbains mais avec une mentalité restée généralement rurale et tribale. La capitale est Bagdad. Les autres grandes villes sont : au Nord Mossoul ; sur le golfe arabo-persique Bassora ; au Nord et avec le pétrole, Kirkuk. Le Kurdistan au Nord-Est est autonome depuis 1981 avec le soutien des USA.

On peut compter 95% de musulmans, dont 65% de chiites au centre et au Sud et 30% de sunnites (arabes et kurdes). La grande masse de l’Islam est sunnite, se réclamant de la Tradition. La famille dissidente est le chiisme avec les « partisans d’Ali ». La scission a été initialement provoquée par des motifs politiques (la question du califat) mais elle a entraîné progressivement des divergences de spiritualité. Elle a été particulièrement exacerbée par le pouvoir de Saddam Hussein.


Les chrétiens irakiens

La chrétienté irakienne plonge ses racines il y a 2000 ans. Entre les fleuves du Tigre et de l’Euphrate se situerait le berceau de l’humanité. A Babylone on peut toujours voir tout près des ruines du palais de Nabuchodonosor la base de la fameuse tour de Babel. Abraham, le « père des croyants » quitta Ur dans le Sud avec toute sa tribu et rejoignit Harran dans le Nord de la Mésopotamie selon le récit légendaire de la Genèse. L’Exil à Babylone a marqué le peuple juif. Vient alors le Nouveau Testament. Le livre des Actes des Apôtres (2, 9) rapporte qu’au jour de la Pentecôte, il y avait à Jérusalem « des Parthes, Mèdes et Elamites et des habitants de la Mésopotamie ».
La Mésopotamie d’où naquit l’Irak, connut très tôt des communautés chrétiennes. Selon la tradition, elle fut évangélisée par l’apôtre Thomas et par deux de ses disciples Addaï et Mari. Les apôtres venant d’Antioche vinrent à Ninive après avoir évangélisé au passage la ville d’Edesse qui devint par la suite le centre du christianisme d’expression syriaque. La liturgie assyro-chaldéenne qui se constitua alors dans ces régions est célébrée partout où se trouvent aujourd’hui des fidèles araméens venus d’Irak.

Les premiers chrétiens de Mésopotamie vécurent dans le cadre de l’empire perse avec sa capitale au bord du Tigre, à 35 km de l’actuelle Bagdad. Mais après 313 qui mettait fin aux persécutions contre les chrétiens en Occident, le sort des chrétiens d’Orient se trouve compromis. Aux yeux du pouvoir de la Perse, les chrétiens deviennent suspects, soupçonnés d’être des byzantins de cœur, donc des ennemis de l’intérieur. Aujourd’hui, on va retrouver le même amalgame, non plus chrétiens–byzantins, mais chrétiens–américains. Les débats vont se cristalliser ensuite par le refus de recevoir le concile d’Ephèse (431) qui condamna Nestorius et le concile de Chalcédoine (451). Est « nestorien » qui néglige la divinité du Christ, est « orthodoxe » qui néglige son humanité (Eutychès). Le débat marque encore aujourd’hui les chrétiens d’Irak.


[color=red]Les chrétiens et les musulmans
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Arrive alors en terre « irakienne » l’Islam. Bagdad est le siège de l’Eglise d’Orient. La période des califes abbassides, centrée sur Bagdad, va durer de 750 à 1258. Ce fut un bel exemple de cohabitation interreligieuse, âge d’or de la culture arabo-musulmane. Chrétiens, juifs et musulmans firent passer dans la belle langue arabe les trésors de la pensée grecque, traduits à partir de manuscrits grecs venus de Constantinople ou de manuscrits syriaques venus d’Edesse.
Tout fut bouleversé par les invasions tartares avec Houlagu qui en 1228 détruit Bagdad : massacre de la population, fin du califat abbasside. A nouveau en 1401 l’invasion des armées de Tamerlan anéantit Bagdad. C’est à cette époque que la nombreuse population chrétienne de la ville se réfugia dans le Nord du pays et s’installa à Mossoul, jusque dans la montagne kurde. C’est le même « déplacement » qui sera vécu aujourd’hui par les chrétiens. Les chrétiens irakiens seraient-ils voués à l’Exil ?



[color=red]Les chrétiens irakiens à l’aube du XXIème siècle
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Au XXème siècle, avant les guerres (avec l’Iran, lors du Koweït, avec les USA) l’Eglise d’Orient catholique et orthodoxe est vivante. Tous les patriarches (au nombre de 7) sont situés dans un pays arabe dont ils ont la nationalité, citons les cardinaux Sfeir (Beyrouth), Delly (Bagdad), Michel Sabbah (Jérusalem) arrivé à la limite d’âge après une vigoureuse défense des palestiniens. L’Eglise d’Irak donne un bel exemple de l’inculturation dans la langue arabe et sa culture. La langue arabe est la langue commune des liturgies, du travail théologique. En 2007, la revue Al Fikrad massily (la pensée chrétienne) animée par le frère Youssif Thomas, prieur des Dominicains de Bagdad, a reçu la médaille d’or de la presse catholique internationale. Les religieuses irakiennes ont un rôle essentiel dans la vie du pays, dirigeant des grandes écoles, des hôpitaux, l’hôpital S. Raphaël à Bagdad. Des moines chaldéens, des Petites Sœurs de Jésus à Bagdad comme à Mossoul sont une présence permanente de prière et d’amitié au cœur de situations souvent étouffantes.

Mais en ce début du XXIème siècle la vitalité de l’Eglise catholique irakienne est gravement menacée. Il s’agit véritablement d’une persécution des chrétiens irakiens par un Islam terroriste. Il ne s’agit pas seulement d’une recherche de rançon comme cela a pu être le cas pour l’archevêque chaldéen de Mossoul, Paulos Farj Rahho. Après avoir été enlevé le 29/02, il est retrouvé mort le 13/03. On peut parler d’une volonté profonde d’éradiquer la présence chrétienne en Irak. Il est possible que les arabes chrétiens soient assimilés aux américains chrétiens puisque le président Bush fait référence à son christianisme pour fonder la présence américaine en Irak.

En cinq ans, la population chrétienne en Irak est passée de 800 000 à 400 000. C’est la fuite, l’exil. Mais où aller, spécialement pour les plus pauvres ? Les capacités d’accueil des voisins (Kurdistan, Syrie…) sont saturées. Faut-il encourager les rassemblements des chrétiens dans telle région et prendre acte de cette purification religieuse éliminant les chrétiens des territoires sunnites ou chiites où ils avaient vécu en bonne intelligence avec les musulmans : « Nous ne voulons ni d’une région chrétienne à part, ni de visas pour partir un par un. Nous voulons que soient rétablies les conditions de paix pour rester » (Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkuk).

Une mobilisation de l’opinion en France était nécessaire. Jean d’Ormesson a signé et soutenu un « Appel aux chrétiens de France » » (12/01/08). Cela, à l’instigation de Pax Christi qui a voulu faire plus. Une délégation présidée par le président de Pax Christi-France, Marc Stenger, évêque de Troyes, est allée en Irak à la rencontre des chrétiens irakiens qui ont apprécié d’être reconnus et soutenus. Une mesure annoncée par Bernard Kouchner, la France offrant l’asile à 500 chrétiens irakiens, a été controversée au nom de la laïcité de l’accueil en France. Mais ce geste d’ouverture invite à d’autres plus larges. Le sort des chrétiens orientaux ne dépend pas uniquement d’une capacité d’accueil par les chrétiens occidentaux. Car il concerne le monde musulman lui-même, pour qui serait une catastrophe la perte d’une minorité chrétienne. Avec un retentissement universel : « les chrétiens d’Orient sont l’angle mort de notre vision du monde » (Régis Debray).

CETAD - Pentecôte 2008 - P.J.

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