En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Dimanche 15 juin 2008
La construction européenne
Actuellement se tient au musée de l’œuvre Notre Dame de Strasbourg une superbe exposition intitulée « Strasbourg 1400, un foyer d’art dans l’Europe gothique ».
A cette époque, d’un bout à l’autre de l’Occident, la création artistique est marquée par un langage commun, raffiné, linéaire et fluide (appelé « style velouté »). Ce courant reflète les nombreux échanges entre les grands centres artistiques que sont alors les principaux lieux du pouvoir en Europe, Paris, Avignon, Prague en ce début du 15e.
Il est proposé, à travers la présentation de plus d’une centaine d’œuvres un bilan de l’activité artistique de cette grande ville d’Occident au tournant du 15e siècle. Il s’agit aussi de faire reconnaître un foyer artistique de premier plan dans l’Europe du gothique « international ».
En Occident , les années autour de 1400 voit le développement d’un langage artistique affirmé, linéaire et précieux, dont le caractère en quelque sorte international n’a cessé d’être mis en évidence depuis Louis Courajod (1887) et a même servi la cause de la construction européenne dans la seconde moitié du 20e siècle.
Un foyer d’art
A Strasbourg, en dehors du chantier de la cathédrale, la vie artistique a pour cadre une corporation qui regroupe les corps de métiers artistiques. Elle est désignée dans les actes officiels comme « le métier commun des orfèvres et des peintres ». Dès 1263, les peintres et les selliers sont mentionnés parmi les métiers qui dépendent du burgrave, l’administrateur épiscopal contrôlant les corporations. Elle se voit augmentée en 1362 des orfèvres, qui vont y jouer un rôle prépondérant. Au 14e siècle les sculpteurs font également partie du « métier commun des orfèvres et des peintres ».
Le milieu des artistes qui travaillent à Strasbourg est loin d’être figé. Les déplacements de ces hommes témoignent d’un dynamisme et d’une ouverture propres à un grand centre de création. Certains Strasbourgeois choisissent de s’expatrier. D’autres, venus d’ailleurs, sont attirés par la cité.
La Crucifixion au Dominicain
L’œuvre clé de cette exposition est la précieuse « Crucifixion au Dominicain », conservée au musée d’Unterlinden à Colmar (1400-1415). Il vous est proposé de la regarder sous forme de méditation dans la rubrique « méditations de la semaine » du site CETADNET.
Il est la trace la plus éloquente de tout un pan de la création artistique à Strasbourg au tournant du 15e siècle. Ce tableau est considéré comme le plus ancien témoignage de la peinture de chevalet dans le Rhin supérieur. Il compte parmi les œuvres particulièrement représentatives du raffinement de l’art à cette époque. L’auteur Hermann Schadeberg, se révèle être une personnalité ambiguë , usant sans retenue de la fluidité linéaire, quintessence du style velouté qui domine autour de 1400, tout en pratiquant un langage expressionniste.
Les Belles Madones
Pour ce qui est de la sculpture, l’exposition présente quelques très « belles madones » strasbourgeoises. Aux alentours de 1400, la sculpture monumentale en grès connaît à Strasbourg un réel dynamisme et parallèlement la sculpture sur bois connaît une grande vitalité. L’un des thèmes les plus représentatifs du style international , est celui des « Belles Madones ». Ce sont des Vierges à l’Enfant sculptées largement diffusées dans toute l’Europe Centrale, en particulier en Bohême. Ce sont des figures particulièrement gracieuses qui mettent l’accent sur la tendresse de la relation entre la jeune mère et l’Enfant. La Vierge a la beauté délicate, symbole de sa perfection spirituelle, est enveloppée d’amples drapés aux plis coulants qui accentuent un déhanchement souvent prononcé. L’Enfant nu, qui joue parfois avec une pomme, symbole de sa Passion future, gigote et se contorsionne avec un naturel jamais figuré auparavant.
Des Tapisseries
De magnifiques tapisseries sont également présentées, telle celle intitulée « visitation, Vierge au croissant de lune et saints » » (1410 Elle était destinée à orner un devant d’autel un cadre architectural avec des colonnes ornées de guirlandes de fleurs, structure la composition. Des mottes gazonnées et fleuries s’étalent sur le bord inférieur, d’où sortent des lapins et des renards, tout cela est caractéristique de la production strasbourgeoise. La scène de la visitation présente Marie et Elizabeth enceintes et sur leurs ventres arrondis sont présentés en homoncules ( petites silhouettes humaines) l’Enfant Jésus et Jean Baptiste. Cette représentation est un thème récurent de la mystique rhénane et le symbole de l’immaculée conception. Le thème central de la tapisserie est consacré à la vision de saint Jean, à Patmos, de la Vierge sur un croissant de lune avec des inscriptions du livre de Baruch « elle est le livre des préceptes de Dieu, la Loi qui subsiste éternellement » Ba 4,1).
La cathédrale
Sont également évoqués dans cette exposition, les décors des maisons patriciennes et la construction et le décor sculpté de la cathédrale. Une possibilité de voir des détails de sculptures qu’il est parfois difficile d’admirer.
Ainsi au tournant du 15e siècle, Strasbourg occupe une place éminente dans l'art européen, qui connaît alors une floraison particulièrement brillante. C'est l'époque de la construction de la flèche de la cathédrale, qui restera longtemps l'édifice le plus haut de la chrétienté.
En complément de cet article, venez voir la rubrique "méditation de la semaine" du site CETADNET!