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Traces du sacré

Publié le Lundi 21 juillet 2008




L’exposition qui est présentée actuellement au Centre Pompidou à Paris, s’interroge sur la dimension spirituelle des œuvres d’art moderne du 20e siècle, sur la manière dont l’art continue de témoigner, dans des formes souvent inattendues, d’un au-delà dans une société tout à fait sécularisée. L’exposition se situe à la croisée de l’histoire de l’art, de la philosophie, de la théologie, de l’ethnologie, de l’anthropologie, de la psychanalyse et de la politique.

« le désenchantement du monde ».

L’art moderne est né dans un paysage de croyance bouleversée, qu’on a appelé « le désenchantement du monde ». Mais cette crise religieuse ne signifie pas la fin de l’interrogation métaphysique.

L’exposition propose une lecture de l’art du 20e, parmi d’autres lectures possibles (on pourrait faire le même genre d’exercice à partir du nihilisme par exemple). Sur le plan formel d’habitude on dit que l’impressionnisme et Cézanne sont les grandes sources de l’art moderne ; l’exposition propose l’idée que ce sont plutôt les poètes du Romantisme allemand , avec Friedrich , Ruines au crépuscule (Ruine d’église dans la forêt) vers 1831, notamment, qui ont généré le nouvel art du début du siècle. En posant de façon radicale l’éloignement de Dieu, ils ont complètement redéfini les objectifs de l’artiste, poétiques, politiques et spirituels. Ce thème va se déployer tout au long de l’exposition qui en fait devait s’intituler « traces des dieux enfouis » ; le mot « sacré » est plus populaire mais est source de nombreuses confusions. Le terme important est celui de « trace », il révèle la dimension fragile et fugitive du sacré chez les artistes du 20e, explique A. Pacquement, directeur du musée National d’Art Moderne, commissaire de l’exposition. Il souligne lui-même qu’ il ne s’agit pas d’une exposition sur Dieu ou l’art sacré, sans toutefois éluder le sujet.

Plus de 300 artistes sont présents

Plus de 300 artistes sont présents , leurs œuvres ayant un rapport parfois très lâche, au sacré.
22 thèmes sont mis en évidence, depuis le retrait de Dieu exprimé par les artistes romantiques à l’intention de « l’homme nouveau » calqué sur le modèle de Zarathoustra, l’homme des nouvelles valeurs (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885) chez les artistes d’avant-garde, depuis l’écroulement des utopies après la guerre de 1914 jusqu’à cette quête de béatitude et de transformation intérieure.
Tableaux montrant la destruction du monde, la figure mythique du nouvel homme (Chagall, Hommage à Apollinaire), l’absurdité horrible de la guerre de 14 qui fait que l’homme s’écroule à terre (Apocalypse I), et donc recherche ailleurs, loin de chez nous, de la liberté, de l’ivresse, de la fusion avec les forces cosmiques (Derain, Figures dans le paysage, Ernst Ludwig Kirchner, La Danseuse nègre 1909), pour atteindre un nouvel homme (Picasso, Masques).

Le sacré ?

L’angle d’approche est vaste et les supports multiples. On pourrait presque dire que tout peut être qualifié de sacré! Le sacré devient une catégorie floue et subjective ; le sacré présenté ici est plutôt ésotérique, syncrétiste, pluri-religieux. En effet, avec la théosophie, l’anthropologie, l’ordre Rose+Croix ( par exemple Jean Delville, Portrait du grand maître de la Rose+Croix en habit de chœur, Jospeh Péladan, 1895), un important courant ésotérique renaît en Europe à la fin du 19e, dans la continuité du Romantisme. Les théories esthétiques de cette contre-culture spirituelle, séduisent de nombreux artistes qui y puisent leur inspiration. Le sacré est très peu chrétien, encore moins biblique. On ne trouve pour ainsi dire pas ou peu de tableaux représentant de sujets bibliques qui pourtant ne sont pas absents dans l’art du 20e, pas de tableaux de Nolde (1867-1956) par exemple qui en a fait d’importants, et les tableaux évoquant un sujet religieux ont des légendes bien fragmentaires et parfois hors contexte.

Un nouvel homme

Le grand projet du début du siècle, c’est l’invention d’un nouvel homme. La guerre et le fascisme ont détruit cet espoir. Des auteurs tels que Bacon, Head I [Tête I], 1948, ont tenté de faire table rase de la culture ancienne. Après les années 50, nouvelle utopie : il ne s’agit plus de transformer l’autre, mais le soi. L’art devient le medium de l’exploration et de la transformation intérieure.

Une spiritualité serait toujours présente ?

Au sortir de cette exposition, fort complète et bien déroutante, le visiteur ne peut rester indifférent. Cette vision proposée de l’art moderne du 20e ne voudrait-elle pas montrer que la sécularisation n’est en définitive qu’apparente et qu’une spiritualité serait toujours présente ? N’y aurait-il pas des traces d’une pensée philosophico-esoterico-religieuse impliquant que dans la nature humaine il y a un « sacré » naturel ? Cela avait été évacué par les grandes idéologies totalitaires du 20e. Insistons sur le fait que ce « sacré » est compris comme beaucoup plus vaste que le religieux chrétien. Ainsi le sacré habiterait encore notre monde, de manière diffuse et non explicite, notamment par la méditation et la création artistique.

Mais le raisonnement inverse peut être exprimé. Ce sacré ne serait-il pas l’expression d’un paganisme qui retourne en deçà de la découverte du Dieu de l’Alliance, le Dieu de la Bible ?
Le sacré n’existerait plus qu’à l’état de trace, c’est à dire comme marque d’un état antérieur, dont les œuvres d’art garderaient le souvenir nostalgique, interrogatif ou énigmatique.

Ainsi une relecture philosophique et théologique de notre siècle nous est proposée. Elle peut nous obliger à nous interroger et à tenter d’évaluer où chacun de nous se situe ! Mais ce que l’exposition ne prend pas en compte, c’est la différence entre le sacré-sacrilège et la sainteté : Dieu faisant participer à sa propre vie.

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