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Isaïe, l’unité retrouvée

Publié le Samedi 6 septembre 2008

ISAÏE, l’unité retrouvée

Joëlle FERRY, Isaïe, « Comme les mots d’un livre scellé… » (Is 29,11)
Paris, Cerf, « Lectio Divina » 221, 2008, 259 p., 30 euros.

Isaïe, un « livre scellé » ?

La belle citation choisie par Joëlle FERRY comme sous-titre de son ouvrage ne cache pas la difficulté du livre d’Isaïe, imposant par son ampleur et la portée de son message. Il peut être tentant, devant l’obscurité de certains passages, de se contenter de lire des extraits, des morceaux choisis. Le but que se propose JF est justement de lutter contre cette tendance et d’amener le lecteur à prendre le livre comme un tout.
« Comme un livre », un tournant exégétique
Le livre d’Isaïe est donc à lire comme une œuvre littéraire « avec son commencement et sa fin, ses thèmes, ses images et sa structure propre. » p.8.
Ce type de lecture rompt avec des habitudes acquises depuis le 19ème siècle et est le fruit d’une recherche exégétique récente qui veut rendre compte de l’unité d’Isaïe sans méconnaître les trois grandes parties écrites dans des contextes historiques différents.
De nouveaux travaux privilégient une lecture synchronique qui redonne au livre une unité et permet de le lire « comme un livre »1.
Parmi ces travaux, l’ouvrage de Joëlle FERRY, professeur d’Ancien Testament à l’Institut Catholique de Paris, se distingue par son approche universitaire.

Histoire de l’exégèse :
Un premier chapitre d’introduction, très complet, passe en revue l’histoire de l’exégèse du livre d’Isaïe et distingue trois étapes :
-Focalisation sur le prophète.
-Découpage en 3 livres, attribués à 3 auteurs, (1-39 ; 40-55 ; 56-66). Cette division, qui met l’accent sur les périodes historiques, est toujours proposée par les éditions courantes de la Bible.
-Vers une lecture canonique : le texte est interprété dans sa forme finale et dans son contexte canonique.

Architecture du livre :

Joëlle Ferry la met en valeur en étudiant successivement l’encadrement du livre (Is 1 ; 65-66), puis les chapitre 36-39 et enfin les chapitres 1-12 en s’attachant particulièrement à l’unité 6,1-8,20.
La comparaison rigoureuse d’Is 1 et 65-66, permet de montrer l’apport des rédacteurs qui ne reprennent pas seulement à la fin du livre le vocabulaire ou la thématique du début, mais introduisent une symbolique nouvelle, celle de l’enfantement, et des thèmes eschatologiques. Le livre n’est pas bouclé sur lui-même mais est ouvert sur l’avenir. Puis l’étude des chapitres 36-39, considérés comme le pivot du livre, aboutit à une intéressante proposition d’une structure du livre d’Isaïe en deux parties de 33 chapitres chacune (1-33 et 33-66.) Chacune de ces parties s’ouvre ainsi sur un diptyque inaugural (1,2-2,4 et 34-35) et comporte un récit historiographique des rois de Juda : Akhaz et Ezékias (7-9 et 36-39).
Au terme de ces études sur l’architecture du livre, il apparaît que les chapitres dus à la rédaction finale (Is 1, 6 ; 12 ; 36-39 ; 65-66) donnent à l’ensemble une orientation théologique et non plus seulement historique.

Approches thématiques :

La seconde partie est consacrée à quelques grands thèmes qui traversent le livre. Pas plus que dans la première partie, JF ne prétend à l’exhaustivité mais entend ouvrir de fécondes pistes de lecture. Chacun des thèmes s’ouvre sur l’étude exégétique d’un texte précis avant d’offrir des parcours littéraires et théologiques dans l’ensemble du livre.
Les quatre thèmes retenus sont :

-Endurcissement et Foi. L’endurcissement du cœur est un ordre particulièrement énigmatique de Dieu au prophète, qui s’éclaire cependant lorsqu’on le lit dans une perspective narrative.

-Justice et salut. Ou mieux, droit, justice et salut. En effet, un premier binôme droit/justice renvoie à la première partie du livre (1-33) et au rôle de la dynastie davidique, alors qu’un second binôme salut/justice relie le salut à l’intervention divine qui permet le retour d’exil (40-55) puis, après l’échec de l’établissement du droit, le salut divin implique le rétablissement de la justice entre les hommes. Un itinéraire qui souligne le passage incessant de la justice à observer au salut, don de Dieu à accueillir.

-Le(s) serviteur(s) dans le livre d’Isaïe. L’exégèse actuelle remet en cause l’existence de « chants du serviteur » qui seraient homogènes entre eux car les liens de ces poèmes avec leur contexte sont trop forts pour les en extraire. L’étude narrative, qui met en évidence le passage du singulier au pluriel et l’apparition d’un groupe qui dit « nous », fait comprendre l’identité du serviteur comme évolutive. C’est le « groupe du nous » qui, au terme du livre, est institué légataire des promesses faites à David. Et le lecteur, à sa suite, est invité à prendre part à cet héritage.

-La figure de Sion. Un des thèmes unificateurs de la composition du livre et qui répond à une question existentielle et théologique : quelle place pour Jérusalem après la chute de la dynastie davidique et la ruine du temple ? Alors qu’au début du livre Sion est la cité infidèle de Jérusalem, à la fin elle symbolise une communauté de salut ouverte à tous les peuples, sans distinction ethnique.

Ouverture herméneutique :

La conclusion s’attache à définir la critique, ou approche, canonique et ses principes de lecture puis opère un rapprochement éclairant avec l’herméneutique de P. RICOEUR : la lecture transforme le lecteur.

La collection dont cet ouvrage fait partie n’est pas destinée au grand public. Mais, si la bibliographie est très riche et si le vocabulaire sur lequel s’appuie le travail exégétique est donné en caractères hébreux, cet ouvrage, clair et très bien écrit, peut être lu par des non-spécialistes. Les études exégétiques sont des modèles du genre et les méthodes utilisées sont précisées chemin faisant. Joëlle FERRY nous donne vraiment envie de lire, et relire, le livre d’Isaïe.


1 Parmi les ouvrages récents en français, citons :
Dominique JANTHIAL, Le livre d’Isaïe ou la fidélité de Dieu à la maison de David,
Paris, Cerf, « Cahiers Evangile 142 », décembre 2007. Une reprise simplifiée de la thèse de l’auteur.
Anne-Marie PELLETIER, Le livre d’Isaïe ou l’histoire au prisme de la prophétie, Paris, Cerf, « Lire la Bible » 151, janvier 2008.

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