En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 9 octobre 2008
Benoît XVI en France, à Paris et à Lourdes, c’est un coffret de prises de parole diversifiées avec des gestes significatifs différents. Pour faciliter la tâche du chroniqueur, Benoît XVI lui-même a présenté le résumé de son voyage au cours de l’audience générale au Vatican du mercredi 17-09-08 (La Croix du 18-09-08). Faire un choix n’est donc pas une trahison qui tronquerait mais une mise en relief de ce qui risquerait d’être mis de côté avant de se trouver au premier plan. Ainsi le thème du XIIème Synode des évêques ouvert à Rome en Octobre est celui de la Parole. Retrouvons donc ce thème comme déjà annoncé lors de l’homélie pour les Vêpres à Notre Dame de Paris le 12-09-08.
« Témoin de l’échange incessant que Dieu a voulu établir entre les hommes et Lui, la Parole vient de retentir sous les voûtes historiques de cette cathédrale pour être la matière de notre sacrifice du soir, souligné par l’offrande de l’encens qui rend visible notre louange à Dieu ». Tout de suite Benoît XVI fait le lien avec le lieu et le temps de la célébration : « Votre cathédrale est une hymne de prière et de lumière à la louange de cet acte unique de l’histoire de l’humanité : la Parole éternelle de Dieu entrant dans l’histoire des hommes à la plénitude des temps ». Le théologien se fait catéchète alliant l’art et la théologie. « La célébration de cet acte unique de l’histoire avec nos liturgies de la terre ne sera jamais assez recherchée, assez soignée, assez travaillée, puisque rien n’est trop beau pour Dieu qui est la beauté infinie ». Le cadre même de cet office du soir à Notre Dame souligne les expressions de Benoît XVI. Faut-il y voir aussi une critique de certains débordements liturgiques après Vatican II ? Les choix liturgiques de l’évêque de Rome préfèrent se référer à une Tradition antérieure. Il reste cependant indispensable d’avoir réaffirmé le lien entre Parole et beauté.
Mais Benoît XVI n’oublie pas les invités particuliers à ces vêpres à Notre Dame, les prêtres et les séminaristes d’abord. Voici donc une autre orchestration de la Parole : « La Parole nous est donnée pour être l’âme de notre apostolat - chaque matin la Parole nous réveille, chaque matin le Seigneur lui-même nous ouvre l’oreille (Es 50, 5) par les psaumes de l’office des lectures et des laudes ». Il n’est pas question d’abord de piété sacerdotale du bréviaire mais de la structuration de la vie de tout chrétien, avec cette citation de saint Jérôme : « Ignorer les écritures c’est ignorer le Christ » (Prologue du commentaire d’Esaïe). « Presque à votre insu la Parole lue et méditée en Eglise agit sur vous et vous transforme » est-il ajouté pour les prêtres par Benoît XVI. Ainsi il n’hésitera pas à parler de la Parole comme d’une « compagne de vie », reprenant le livre de la Sagesse (8, 9). L’adresse aux séminaristes est centrée sur la Parole également : « Entretenez en vous toujours le goût de la Parole de Dieu ». On peut songer au prophète Jérémie : « quand tes paroles se présentaient le les dévorais. Ta Parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr15, 10). La Parole convoque tous les sens dans le cadre de Notre Dame pour la célébration des vêpres.
Aux diacres auxquels Benoît XVI veut s’adresser aussi, il est rappelé « qu’il leur revient de proclamer l’Evangile au cœur de la célébration eucharistique » et de « la commenter dans la catéchèse ».
Pour les religieux et religieuses, ce sera le rappel pertinent et précis du sens de l’obéissance qui est une écoute puisque le mot « obéir » vient du latin « obaudire » qui signifie « tendre l’oreille vers ». Obéissance à la Parole écoutée.
Viennent les derniers invités dont on aurait pu souhaiter qu’ils fussent les premiers. C’est un appel à l’unité. « C’est le sens de cette unité de la Parole de Dieu, signe, gage et garantie de l’Eglise. Pas d’amour dans l’Eglise sans amour de la Parole ».
Comment conclure dans des vêpres qui chantent le Magnificat, sans retourner vers Notre Dame « le plus bel exemple de la fidélité à la Parole de vie ? ». Et Benoît XVI de se citer lui-même : « dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y entre avec un grand naturel. Elle parle et elle pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole et sa parole naît de la Parole de Dieu » (Deus caritas est, n°41)
On comprendra pourquoi j’ai voulu donner pour titre à cette contribution sur la venue de Benoît XVI en France : « Sonate : la Parole ». Il s’agit bien d’une pièce centrée sur la parole de Dieu à la fois légère et lumineuse. Au collège des Bernardins ce fut la « Symphonie : la Parole », plus développée, plus difficile, avec une place centrale donnée à la culture occidentale de la Parole forgée à travers l’expérience monastique et la question posée à la culture moderne. Mais après la Sonate et la Symphonie, il y aura une Suite, celle que va donner le Synode des évêques réuni à Rome à partir du 06-10-08. Ce synode veut œuvrer à une meilleure lecture et compréhension de la Parole de Dieu. Selon le secrétaire général du Synode, Mgr Nikoia Eterovic, le thème de la Parole de Dieu soulève toutes sortes de questions actuelles, celle du fondamentalisme, de l’inculturation, du rapport entre le Magistère et les théologiens, entre la science et la Bible (les créationnismes). Suite à suivre.
Patrick Jacquemont, CETAD