En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Dimanche 23 novembre 2008
Au Vatican vient de se tenir le forum catholico-musulman, réunissant 24 religieux et chercheurs catholiques et autant de musulmans.
Benoît XVI a fait, comme l'avait fait Jean Paul II du dialogue inter religieux l'une des priorités de son pontificat, tenant compte que la situation a changé depuis le 11 septembre 2001. Le discours de Ratisbonne du 12 septembre 2006 se situait en partie dans ce contexte. Benoît XVI traitait des relations entre la foi et la raison, et avait cité une phrase de Manuel Paléologue datée de 1391, qui soulignait que Mohammed prescrivait de répandre la foi par le glaive. Les rapports entre religion et violence étaient ainsi évoqués. Les réactions furent alors très vives et même catastrophiques.
Une lettre ouverte avait été envoyée en octobre 2007 à Benoît XVI et à tous les responsables des Eglises chrétiennes par 138 dignitaires de 43 nationalités, musulmans, représentant diverses sensibilités de l'Islam . Dans ce document, ils avaient souligné que «sans la paix et la justice entre ces deux communautés religieuses il ne peut pas y avoir de paix significative dans le monde». Des rencontres ont alors eu lieu mais ce forum marque une nouvelle étape dans le dialogue musulman-catholique.
Le forum réuni à Rome a pour thème principal « amour de Dieu, amour du prochain » avec deux chapitres « fondations théologiques et spirituelles » , y compris de la liberté et de la protection des minorités chrétiennes dans les pays musulmans et « dignité humaine et respect mutuel ».
Ce dialogue inter religieux ne peut se réaliser qu'en dehors de toute ambiguïté, souligne le cardinal Jean Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue inter religieux. Ce dialogue est toujours un appel à affirmer son identité et n'a pas pour but la conversion, mais plutôt la connaissance mutuelle.
Le principe de « réciprocité » est souvent rappelé par les autorités catholiques dans leur dialogue avec l'Islam « si un musulman a la possibilité d'avoir un lieu de culte en Europe, il est normal que l'inverse soit vrai dans les sociétés à majorité musulmane ». il est cependant précisé que le respect du principe de réciprocité n'est pas un préalable au dialogue.
Ce dialogue est «bien plus vital et impératif que nos rivalités sur le nombre de croyants, nos prétentions contradictoires sur le prosélytisme ou notre compétition stérile sur la possession exclusive de la vérité», a estimé le Genevois Tariq Ramadan, qui fait partie de la délégation musulmane.
En fait ce dialogue des hauts représentants de l'Islam et du catholicisme reflète-t-il la situation quotidienne ? On connaît des exemples de violence anti-chrétienne dans plusieurs pays mais aussi des lieux où le dialogue et actions communes sont menés dans un climat de compréhension. Le cardinal Tauran pose la question « comment faire passer ces ouvertures - réelles- que nous avons avec les élites, dans la masse ? ». Il faudrait que les chrétiens aient une idée du contenu de leur foi de manière à ce que le dialogue puisse se réaliser de manière cohérente.
A la clôture de ce forum, Benoît XVI a reçu en audience tous les participants. Il a évoqué cette lettre ouverte qui "a suscité de nombreuses réactions, favorisé le dialogue, donné lieu à des initiatives destinées à une meilleure connaissance et à apprécier les valeurs partagées. Le grand intérêt de ce forum a confirmé l'existence d'éléments positifs provenant du dialogue entre chrétiens et musulmans.. »
Benoît XVI a rappelé que nous sommes donc appelés à partager l'amour que Dieu répand sur nous sans conditions. « Je me réjouis du fait que ce séminaire ait trouvé une position commune sur la nécessité d'adorer Dieu, d'aimer notre prochain, hommes et femmes, de manière gratuite et les personnes en difficulté avant tout. Dieu veut que nous aidions les victimes de la maladie, de la faim, de la misère, de l'injustice et de la violence. Pour les chrétiens, l'amour de Dieu ne peut être séparé de celui pour tout être humain, quelque soit son origine ou sa culture. Mais la tradition musulmane est elle aussi très claire quant à l'engagement au service des nécessiteux. Il faut donc travailler ensemble à développer le respect de l'homme, de sa dignité et de ses droits fondamentaux, même si nos visions anthropologiques et nos théologies l'expriment différemment….. Seuls la reconnaissance du caractère central de la personne et de la dignité de chacun, le respect et la défense de la vie comme don sacré tant pour les musulmans que pour les chrétiens, permettront de trouver des points communs en vue de bâtir ensemble un monde plus fraternel, où les différents se règlent pacifiquement en évitant le pouvoir dévastant des idéologies…. Les responsables politiques et religieux doivent garantir le libre exercice de ces droits, dans le respect absolu de la liberté pour chacun de conscience et de religion. La violence et la discrimination qui frappent des croyants de par le monde, des persécutions souvent violentes, sont inacceptables, d'autant plus lorsqu'elles en appellent à Dieu. Seul le nom de Dieu est un nom de paix et de fraternité, de justice et d'amour. Nous devons montrer, en paroles mais surtout dans les faits, que le message de nos religions et un message d'harmonie et de concorde. »
Après ces trois jours de discussions "chaleureuses", "à la franchise inédite", les deux délégations se sont mises d'accord sur une déclaration commune qui appelle au "respect de la personne et de ses choix en matière de conscience et de religion" et défend le "droit pour les individus et les communautés de pratiquer leur religion en privé et en public" ; ce dernier point a été l'un des plus discutés. Le texte final condamne aussi "l'oppression, la violence et le terrorisme, particulièrement celui commis au nom de la religion". "Nous n'étions pas là pour défendre chacun nos minorités, mais pour être au service de la paix et de l'humanité", a estimé Mgr Michel Santier, membre de la délégation catholique.
Il est important de souligner que ce forum se transforme en une instance permanente, avec une prochaine réunion dans deux ans.