En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 15 décembre 2008
La venue du Pape lors de sa
visite en France, au collège des Bernardins a mis en grande lumière les
magnifiques travaux de restauration
Le collège des
Bernardins à Paris a été fondé en 1245,
ce qui a marqué un tournant dans l’histoire de l’ordre cistercien :
l’acceptation par le chapitre général d’envoyer de jeunes moines étudier dans
la capitale, cela risquait de porter atteinte à la règle.. le Pape Innocent IV
s’y est montré favorable et, d’ailleurs, d’autres fondations seront créées à
Metz, Montpellier et Toulouse.
L’ordre avait été fondé par
Robert de Molesme en 1098 et réformé par Bernard de Clairvaux (1090-1153). On
avait privilégié l’installation de monastères dans des lieux isolés et souvent
ingrats, environnement jugé plus favorable à l’application rigoureuse de la
règle. Mais il a été constaté que cet isolement limitait l’action de l’ordre et
tarissait le recrutement des novices. Déjà dès avant 1228 certains abbés
avaient autorisé quelques recrues à aller se former en ville.
Cet isolement desservait
surtout les disciples de saint Bernard dans leur rivalité avec les ordres
mendiants qui avaient investi les villes ( les franciscains ont créé en 1230 le
collège des Cordeliers à Paris.)
L’abbaye de Clairvaux
possédait une maison dans l’île de la Cité, qui permettait d 'héberger les
moines. Au collège des Bernardins,
l’abbaye entendait créer un véritable studium, destiné à la formation
des clercs de tous les monastères de l’ordre.
Un terrain de
5 hectares est acquis au clos du
Chardonnet, entre la Seine et la rue Saint Victor, et la
construction n’est véritablement achevée qu’en 1260. L’ensemble est plutôt
conçu comme un monastère. Le bâtiment des moines est terminé le premier, il est sur trois niveaux, donc
bien différent des bâtiments monastiques habituels, mais plus conforme à une
construction urbaine, le tout avec une
grande simplicité architecturale, austère et raffinée.
Un sous sol voûté d’ogives servait de cellier et de scriptorium, une
grande salle au rez de chaussée comprenait trois nefs séparées par 32 colonnes
élégantes ; cet espace unique pouvait être aménagé selon les besoins grâce
à des cloisons modulables ( cuisine, réfectoire, salles de classe et
chapitre). Les dortoirs étaient situés
à l’étage.
Le collège est
implanté non loin de l’université, placée alors sous l’autorité de l’Eglise, et dont la
théologie était la discipline maîtresse ; (la Sorbonne est créée en 1257).
L’emploi du temps des
novices ne leur laissait peu de temps pour les distractions (les principaux
vices des « collégiens » recensés concernaient les femmes, le jeu et
la boisson !)
Le collège fonctionnait à la fois comme un monastère et comme une
école, cumulant ainsi les obligations des deux institutions.
Depuis 4 heures du matin,
offices et leçons, (philosophie et théologie principalement) se succédaient
jusqu’à 21 heures, avec des interruptions pour les repas et de brèves
récréations. Les études duraient longtemps, pour la théologie on est passé
progressivement de 8 à 15 ans avant d’obtenir le doctorat.
La lecture commentée
des Ecritures (Lectio Divina), et la dispute autour des questions théologiques (Disputatio)
sont les deux piliers de l’enseignement qui était fondé sur l’oralité et la
mémoire. Au fur et à mesure des exercices furent mis en place pour vérifier
l’assimilation des connaissances
A l’époque médiévale le collège comptait entre 40 et 50 étudiants. Mais les
abbés étaient souvent réticents à envoyer des novices en raison du coût élevé
des études.
En 1320, en
raison de difficultés financières l’abbaye de Clairvaux cède le collège au
chapitre général de l’ordre. Ces
problèmes ont retardé la construction de l’église qui avait pourtant été
décidée en 1286 en vue de remplacer la chapelle primitive.
Le pape Benoit
XII est élu en 1334, c’est un ancien du Collège. Il réforme l’ordre en 1335 par
la Bulle Fulgens sicut stella matutina, et contribue à la construction de l’église. Les travaux ne furent jamais
terminés
A l’époque moderne,
le collège, malgré d’inévitables
fluctuations, reste une institution de
premier plan. En 1670, elle compte 82 élèves, mais la durée des études fut
réduite.
Au 18e siècle le
site subit des transformations importantes. Le jardin est vendu en 1722 pour y
installer une halle aux veaux.
Et la
Révolution vint clore de façon brutale 5 siècles d’histoire, le collège est saisi comme bien national. Il est transformé en prison où ont eu lieu les terribles massacres
de septembre 1792.
L’église vendue en 1797 est
en grande partie détruite avant que le percement du boulevard Saint Germain ne
démolisse définitivement le bâtiment.
En 1804 la Ville de Paris acquiert le Collège. Un dépôt d’archives y est
installé et le rez de chaussée est transformé en magasin de stockage. En 1845
il est transformé en caserne de pompiers.
Abandonné
en 1990, le Collège est racheté par l’évêché en 2001 pour en faire un lieu de
recherche et de débats et y installer l’Ecole Cathédrale.