En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mardi 6 janvier 2009
Le musée du Louvre à Paris présente une exposition sur le peintre Mantegna, figure prépondérante de la peinture occidentale de la 2e moitié du 15e siècle. Il incarna l’idéal de la Renaissance dans le nord de l’Italie. Son art sévère, rigoureux, cohérent montre son admiration enthousiaste pour l’Antiquité classique.
Plusieurs thèmes sont traités, les connivences du peintre avec son beau-frère Giovanni Bellini, son activité de fournisseur de modèles pour la gravures et les arts décoratifs, la diffusion de ses inventions et d’une manière plus large la transmission de son art aux générations suivantes.
Le grand triptyque de San Zeno de Vérone, dont les différents éléments sont aujourd’hui dispersés entre Vérone, le Louvre, Tours sont rassemblés à l’exposition. Réalisé entre 1456 et 1459, il est l’une des plus hautes expressions de son génie. C’est le premier retable de goût Renaissance par sa structure et son vocabulaire architectural inspiré de l’Antiquité et son application magistrale de la perspective, notamment.
L’histoire de la passion du Christ se développe sur les trois panneaux de la prédelle. La Crucifixion, la Prière au jardin des oliviers, la Résurrection. Le panneau central étant réservé à la Vierge entourée de saints. Ces composition se distinguent par l’omniprésence de la nature.
Dans la Prière au jardin des oliviers (Tours) le silence de l’aube, la solitude du Christ sont soulignées en contraste avec les représentations en arrière plan des soldats en marche, les éclaboussures d’une cascade, le bourdonnement des abeilles.
Dans La Crucifixion (Louvre), trois gardes assis nonchalamment jouent aux dés sur leur bouclier renversé. Aucun des soldats présents ne prête attention à Jésus. En bas, deux personnages sont coupés, comme si on avait là une photo instantanée. La lueur du crépuscule embrase le premier larron, le groupe de femmes soutenant Marie, le Christ, le soldat debout et le dos du cavalier. Malgré l'importance du moment, les occupations de chacun n'ont pas cessé. Des personnages s'éloignent vers le fond, et sur la route, l'agitation est continue. Ce contraste entre la douleur des chrétiens et l'insouciance des romains relève bien sûr de la symbolique religieuse. Mais Mantegna semble vouloir aussi saisir l'instant, lumière.
Saint Sebastien
Mantegna devint par la suite l’artiste officiel de la dynastie des Gonzague à Mantoue, avec notamment la fameuse Chambre des époux, fresques représentant les différents personnages de la famille Gonzague dans leurs activités quotidiennes. C’est à cette époque que Mantegna a du réaliser le Saint Sébastien conservé à Vienne. Beaucoup de détails symboliques sont combinés à la dignité morbide qui imprègne le visage du saint agonisant.
C’est quelques années plus tard que Mantegna réalisa le fameux tableau du Louvre également sur saint Sébastien. (Un 3e tableau représentant saint Sébastien est à Venise)
L’image illustre vraisemblablement le thème de l’athlète de Dieu inspiré par un sermon apocryphe de saint Augustin. Le saint, attaché à un arc antique est observé d’un point de vue bas, choisi pour renforcer l’impression de solidité et de domination. La tête et les yeux tournés vers le Ciel confirment la fermeté de saint Sébastien dans la souffrance du martyre. À ses pieds, les deux archers créent un contraste entre l’homme de foi transcendante et ceux qui ne sont attirés que par des plaisirs profanes.
En arrière plan apparaît la cité située à pic en flanc de montagne ; la route passe d'abord par un forum romain, puis, en se rapprochant du ciel, à un ensemble de maisons médiévales ou même Renaissance. Le peintre semble ainsi placer la ville humaniste de son époque plus proche de Dieu que le forum antique, saint Sébastien ayant d'ailleurs péri pour avoir brisé des idoles romaines. Des morceaux de statues gisent autour de lui, en particulier un pied, dont le parallèle avec le pied du martyre est frappant, soulignant le goût de Mantegna pour la sculpture. Le chemin escarpé, les graviers et les grottes font référence à la difficulté d’atteindre la Jérusalem céleste, la ville fortifiée au somment de la montagne décrite au chapitre 21 de l’Apocalypse de saint Jean.
La Vierge de la Victoire a été commandée par Francesco II Gonzaga comme ex-voto pour commémorer la victoire douteuse sur les troupes françaises de Charles VIII à Fornoue aux environs de Parme le 6 juillet 1495. Les allusions militaires ne manquent pas : agenouillé et revêtu de son armure, le marquis exprime sa reconnaissance à la Vierge. Parmi les personnages qui encadrent le trône de marbre, figurent trois guerriers dans de somptueuses tenues de parade : à gauche, saint Michel, muni de son grand glaive parsemé de pierres précieuses, à droite saint Georges avec sa lance brisée, tel un héros « wagnérien ». À l’arrière, les deux saints patrons de Mantoue, André, reconnaissable à son attribut, la croix, et Longin, coiffé d’un heaume à panache. Avec sainte Élisabeth et le petit saint Jean, ils prennent place sous une tonnelle à claire-voie, composée de citronniers et d’orangers, sur laquelle se perchent des oiseaux.
Peu de temps avant sa mort Mantegna réalise l’impressionnant tableau de l’ecce homo conservé au musée Jacquemart André à Paris. Le buste du Christ occupe la totalité du tableau et seules les têtes des plaignants juifs sont visibles à gauche et à droite. Des inscriptions sur des papiers simulés en rompe l’œil expliquent la scène : crucifige eum/tolle eum à gauche et crucifige eum/ crucifige tolle ev crucifige. Un texte apparaît également sur un papier posé en coiffe sur la tête du dignitaire juif de gauche dans un simulacre d'hébreu.. Deux des figures sont de trois-quart tournées vers Jésus, chacun a une de ses mains posée sur les épaules du Christ pour le maintenir captif. Trois autres figures sont très partiellement visibles, apparaissant en pénombre dans le fond. Le Christ porte les traces de flagellation sur le torse, les bras, les mains. Une couronne d'épines lui ceint la tête et fait perler des gouttes de sang. Une corde lui noue les mains, et une autre lui est passée autour du cou, dont le nœud coulant est visible. Une auréole dorée entoure la tête du Christ. Si la condamnation est unanime (par les Juifs et les Romains), seuls les tortionnaires juifs sont visibles et, à eux seuls, ils expriment leur culpabilité dans la condamnation du Christ, par des visage dignes de l'iconographie antisémite médiévale.
A partir de 1504 Mantegna travaille à sa propre chapelle funéraire dans l’église Sant’Andrea de Mantoue, témoignage le plus éclatant du rang social acquis par l’artiste.
Ainsi Mantegna ouvrit la voie à la peinture moderne, évoluant vers un « style un peu cassant » comme le caractérisait l’historien de l’art Vasari. Jamais totalement oublié, l’univers hautement symbolique n’est pas toujours aisé à interpréter. Avec toute sa subtilité Mantegna donne toujours à voir le monde comme, selon l’expression de Baudelaire, de troublantes « forêts de symboles ».