La Vie du Christ (cycle complet) 1911 , Stiftung Seebüll Ada und Emil Nolde, Neukirchen, Allemagne, © Nolde Stiftung-Seebüll
L’exposition
Le peintre expressionniste allemand Emil Nolde (1867-1956) fait l’objet d’une rétrospective aux Galeries du Grand Palais à Paris, réunissant quatre-vingt dix peintures (dont la présence exceptionnelle du polyptique La vie du Christ de la fondation Nolde à Seebüll, en Allemagne) et soixante-dix aquarelles, gravures et dessins.
Un peintre expressionniste
L’œuvre de Nolde est remarquable par d’extraordinaires accords colorés, un trait sans concessions, et une verve narrative inégalée. Il est considéré comme le père du mouvement expressionniste allemand. Dans l'expressionnisme l’artiste projette sa propre vision intérieure de la nature qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle.
Un rappel rapide de la carrière de Nolde : Il commence à exposer dès 1906 et notamment à Dresde où sa peinture à thématique campagnarde, avec un traitement des couleurs vives en pâte épaisse, enthousiasme les artistes du groupe Die Brücke . A partir de 1905, il s'installe à Berlin, d'abord quelques mois par an, en hiver. La vie urbaine et nocturne lui inspire de nombreux tableaux. Les thèmes de ses tableaux évoluent, il aborde des sujets religieux, employant la même technique de couleurs pures en aplats. Il se retire au début de la première guerre mondiale dans un village près de son lieu de naissance, puis à Seebüll où il finira ses jours en 1956. Il retourne alors vers la peinture florale de sa jeunesse. En 1935, il adhère au parti nazi dans l'espoir d'être accepté par le régime. Mais au cours de la campagne contre l' "art dégénéré",un grand nombre de ses œuvres (1052 exactement) exposées dans les musées allemands sont confisquées et certaines sont détruites sur ordre des nazis. Il se retire alors à Seebüll et peint de très nombreuses aquarelles qu'il appelle ses « tableaux non-peints », en référence avec son interdiction d'exercer son art. Après la guerre, il reprend les grands formats et la peinture à huile, puisant comme modèles nombres de ses aquarelles des périodes troubles.
Préoccupation humaine et spirituelle
L’être humain est au centre de ses préoccupations, magistralement restitué dans les portraits, les maternités, les couples. Les paysages et les natures mortes sont autant de songes colorés, où la contemplation de la vie ordinaire, de la nature, est transfigurée par l’audace de la palette.
Ses préoccupations spirituelles remontent à son enfance, très tôt il se passionne pour les récits bibliques.
Ses sujets religieux témoignent d’une spiritualité profonde et un souci de s’éloigner des conventions de représentation ; ils bouleversent toutes les tentatives faites dans ce domaine à l’époque moderne, et s’efforcent de retrouver les racines d’une religion primitive, proche de l’homme.
Il dit lui-même : « j’ai la certitude que si j’avais suivi à la lettre la Bible et le dogme, je n’aurais pas pu peindre avec une telle force ces tableaux si mélancoliques.. je devais être artistiquement libre, ne pas me retrouver face à Dieu comme face à un impitoyable souverain assyrien, mais avec Dieu en moi, brûlant et sacré comme l’amour du Christ ».
Nolde, passionné de l’humain, ne cherche pas à représenter des personnages bibliques dans le respect des canons établis, mais il manifeste une réelle volonté de sonder les profondeurs mystiques de ce qui reste un « être à la fois humain et divin ».
Nolde ressentait le besoin de traduire sur la toile le sentiment religieux qui l’envahissait.
La Vie du Christ
C’est en 1912 que Nolde décide de réaliser la Vie du Christ, représentant neuf épisodes : Nuit sacrée, Les Rois mages, Jésus parmi les docteurs et Le Christ et Judas, et de l’autre coté de la Crucifixion, la Résurrection, les femmes au tombeau, l’Ascension et l’incrédulité de Thomas. Les personnages bibliques sont représentés comme de simples paysans ou pécheurs. Le panneau central de la Crucifixion est certainement inspiré du tableau si expressif d’Issenheim de Grünewald. Ce tableau fut réalisé sous l’emprise d’une profonde crise mystique « j’étais poussé par un désir irrésistible de représenter la profonde spiritualité, rligion et intériorité, mais sans trop de volonté, de savoir ou de réflexion ».
L’incrédulité de Thomas est une construction hiératique et rigide, mais cette rigidité est rompue par les deux figures du Christ et de Thomas. Dans L’entrée de Jésus à Jérusalem le rouge est violent, agressif, il traduit à la fois l’émotion du peintre et celle que devait avoir Jésus en entrant dans la Ville Sainte ; les grands yeux noirs, les cheveux et les lèvres rouges sont là pour que l’on sente cette violente émotion. Peu importe que les représentations ne soient pas traditionnelles, ce qui importe c’est l’émotion très personnelle que le peintre ressent face à l’histoire de Jésus, courageux et persécuté.
Ainsi les tableaux religieux de Nolde ne doivent rien à l’iconographie traditionnelle. Ils reposent essentiellement sur l’intensité émotionnelle des couleurs.
Ce polyptyque fut refusé par tous, les autorités civiles et politiques puis par les Eglises luthérienne et catholique allemandes. Son esthétique était trop novatrice, avec ses couleurs trop vives, son expression trop radicale. Il fut enfin rejeté par les Nazis qui le dénoncèrent comme œuvre dégénérée.
Les thèmes bibliques continuent jusqu’à la fin de sa vie, d’alimenter son imaginaire. C’est toujours sa virtuosité expressive des couleurs qui prédomine dans ses œuvres.
Il souhaitait que ses tableaux « élèvent et émeuvent, qu’ils produisent chez le spectateur un son plein de vie et d’humanité ».
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