En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Etats généraux de la bioéthique et paroles d’Eglise

Publié le Lundi 30 mars 2009

  

 

Sur le site des états généraux de la bioéthique, on peut lire : « Les états généraux de la bioéthique,

conçus dans un esprit républicain, ont d’abord vocation à promouvoir la réflexion instruite et éclairée

du plus grand nombre sur des questions qui engagent notre avenir commun. Cette manifestation

inédite est d’abord l’occasion privilégiée de rendre publique et de diffuser largement, sous une forme

accessible, l’information nécessaire et utile au débat. Il s’agit avant tout, en effet, non seulement de

permettre à chacun de s’instruire des progrès effectifs de la science, mais aussi d’en déterminer

collectivement le sens. Il convient, dans cet esprit, par la diffusion d’une information lisible et

éclairante, et par l’effet d’un débat ouvert, serein et réfléchi, de dissiper les fausses craintes mais aussi

les faux espoirs que peuvent susciter auprès d’un public non averti, le développement des sciences du

vivant et ses conséquences. Cependant, il s’agit surtout de susciter un questionnement partagé sur

les valeurs qui fondent et doivent structurer la législation qui encadre en la matière les pratiques

médicales et les activités de recherche. Au nom de quoi autoriser ou interdire ? Sur quels principes

doit-on collectivement s’accorder ? Comment faire prévaloir une conception du progrès au service

de l’humain, au service des malades, des plus vulnérables, guidée et confortée par des impératifs

éthiques ? Faut-il admettre que seule une conception commune de la dignité humaine, transcendant tel

ou tel intérêt particulier, puisse structurer les pratiques ? En quel sens la nécessité de garantir le respect

de la personne humaine implique-t-elle de légiférer ? Quel contenu devons-nous accorder à cette

notion ? Tels sont quelques uns des grands enjeux anthropologiques de la réflexion collective

qu’inaugurent les états généraux de la bioéthique. Ces questions ne sont pas des questions techniques

dont seuls quelques spécialistes maîtriseraient les termes. Leur résolution détermine de surcroît la

forme de lien social et les modalités du « vivre ensemble » que nous choisirons et qui engagent

l’avenir des générations futures. Leur contenu éthique suppose donc un large débat public. »

« L’Eglise ne cherche aucunement à se substituer à ceux qui sont chargés de conduire les affaires

publiques, mais elle souhaite avoir sa place dans les débats, pour éclairer les consciences à la lumière

du sens de l’homme, inscrit dans sa nature même. » Benoît XVI, 8 mars 2008

 

Dans le large débat qui s’instaure, l’Eglise, « experte en humanité » (Paul VI), entend proposer « la

doctrine morale qui correspond à la dignité de la personne et à sa vocation intégrale » Donum Vitae –

Instruction sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation (22.07.87). Dans

ce document qui reprenait les déclarations précédentes de Pie XII, Jean XXIII, Paul VI et Jean Paul II ;

l’Eglise catholique s’était prononcée très fermement. Mais, 20 ans après, il a paru nécessaire de

prendre en compte les découvertes les plus récentes, comme le clonage ou l’utilisation de cellules

souches. C’est l’instruction Dignitas personae – « sur certaines questions de bioéthique »

(12.12.2008) de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Dignitas personae – qui s’adresse « aux fidèles et à tous ceux qui cherchent la vérité » – rappelle « la

reconnaissance inconditionnelle de la dignité de la personne à tout être humain depuis sa conception

jusqu'à sa mort naturelle » et « la dignité inviolable du mariage et de la famille qui constituent le

contexte authentique où la vie humaine trouve son origine ». De là découle le jugement moral de

l’Église catholique à propos de la procréation (seconde partie de l’instruction) et des manipulations

autour de l’embryon (troisième partie).

« L’être humain doit être respecté –comme une personne – dès le premier instant de son existence”

(Donum vitae, I, 1). L’affirmation est sans appel mais avec une prudente réserve sur la question de la

personne (“comme une personne”). Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la

vie a précisé : « En reconnaissant cette dignité, on dit implicitement que l’être humain est une

personne, dès sa conception. » Mais la « dignité » reste un concept éthique et non philosophique :

« Dans un document doctrinal, on ne peut aller jusqu’à reconnaître explicitement à l’embryon le statut

même de personne, car cela ferait entrer dans un champ de conséquences juridiques trop importantes.»

L'Instruction Dignitas personae précise que « les nouvelles technologies doivent respecter trois

valeurs fondamentales : 1- le droit à la vie et à l'intégrité physique de tout être humain depuis la

conception jusqu'à la mort naturelle ; 2- l'unité du mariage qui implique le respect mutuel du droit des

conjoints à devenir père et mère seulement l'un à travers l'autre ; 3- les valeurs spécifiquement

humaines de la sexualité qui exigent que la procréation d'une personne humaine doit être poursuivie

comme le fruit d'un acte conjugal spécifique de l'amour des époux ».

 

Dignitas personae s’oppose à la fécondation in vitro, même homologue (faite à partir des gamètes des

époux). L’interdiction résulte non seulement du fait qu’une telle fécondation provoque la destruction

d’embryons surnuméraires ou présentant des défauts mais, plus fondamentalement, de ce qu’« elle

réalise une totale dissociation entre la procréation et l’acte conjugal ». Elle réduit l'acte conjugal à sa

dimension purement biologique en lui ôtant la communion interpersonnelle conjugale et son

expression corporelle.

 

Une même réprobation concerne la congélation d'embryons dits "surnuméraires", le diagnostic

préimplantatoire, qui « vise en réalité une sélection qualitative avec pour conséquence la destruction

d’embryon, l'élimination d'embryons porteurs d'un handicap, les recherches sur les cellules souches

embryonnaires... Ou encore les nouvelles formes d’interception et de contragestion, qui agissent après

la fécondation (pilule du lendemain et RU 486). En revanche, Dignitas personae encourage la thérapie

génique lorsqu’elle ne modifie pas le patrimoine génétique à transmettre.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi souhaite que tous comprennent « l’incompatibilité qui

subsiste entre la reconnaissance de la dignité de la personne humaine et le mépris de la vie et de

l’amour, entre la foi au Dieu Vivant et la prétention de vouloir décider arbitrairement de l’origine et du

sort d’un être humain ». Donum vitae.

 

La conférence des évêques de France s’est dotée d’un groupe de travail sur la bioéthique, ce groupe

composé de six évêques –dont Mgr Pierre d’Ornellas, vient de publier Bioéthique, propos pour un

dialogue » Ce texte veut être une contribution de l’Eglise catholique à la réflexion en vue de la

révision de la loi relative à la bioéthique. (DDB, février 2009)

Ce texte fait le point sur les sept sujets retenus dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique : 1-

La recherche sur l’embryon, 2- Le prélèvement et la greffe d’organes, de tissus et de cellules, 3- Les

modalités d’expression du consentement dans les protocoles de recherche, 4- Le principe

d’indisponibilité du corps humain, 5- L’assistance médicale à la procréation, qui pose elle-même la

question de l’anonymat du don et de la gestation pour autrui, 6- Le développement de la médecine

prédictive, 7- L’extension du recours au diagnostic prénatal (DPN) et au diagnostic préimplantatoire

(DPI).

 

Ces écrits des évêques sont, comme l’indique clairement le sous-titre, des « propos pour un

dialogue » car l’Eglise souhaite entrer en dialogue ayant « le souci de promouvoir la dignité humaine

chez tous, indistinctement, et d’encourager tout ce qui peut, dans le respect de cette inviolable dignité,

contribuer à apaiser, voire à supprimer la souffrance ». (Bioéthique, propos pour un dialogue, p.10)

Mais, « l’aventure de la technologie, avec ses risques extrêmes, exige ce risque de la réflexion

extrême. » (Hans Jonas, Le principe de responsabilité, Champs essai, p.16).

 

Si la théologie morale pose la question du « que faire pour bien faire » il faut que le dialogue soit ouvert. Qu’est-ce que la naissance à la vie, dès le premier instant de la conception ou de la naissance ? Qu’est-ce que le projet parental dans le don de la vie ? Pourquoi refuser une aide à ce projet parental avec des limites bien définies ? Qu’est-ce qui fait la dignité de la vie ? Que signifie la maîtrise de la vie ?

 

Si les questions d’éthique, de morale ou de bioéthique vous intéressent, vous avez la possibilité de suivre au CETAD un enseignement de théologie morale fondamentale e pratique

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