En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Samedi 2 mai 2009
Chacun chez soi. La formule, comme un slogan, pourrait résumer la laïcité à la française. Est-ce si simple ? La dépression du politique ne va-t-il pas de pair avec la sortie du religieux de l’espace public ? Le religieux en particulier le christianisme possède une capacité à mobiliser du symbolique, nécessaire pour donner sens à la gestion de la cité. Ceci veut dire que le christianisme valorise le politique. En ces temps incertains, la question demande une remise à plat du rapport entre politique et religion. Deux essais récents ont ce mérite de repenser ce rapport à nouveaux frais, même s’ils ont des objectifs différents.
Paul Valadier dans, Détresse du politique et force du religieux (Seuil, Paris, 2007) reprend le thème du choc des civilisations non par le biais du politique mais par la responsabilité du religieux, considéré comme source de toute civilisation. Contrairement à Huntington, P.Valadier montre qu’une civilisation n’existe qu’en dialogue avec une autre en imaginant de universaux et des transversaux pour résoudre les mêmes problèmes. Les particularités séparatrices fondent un universel. Les « politiques » sont souvent déconcertés par ces échanges qui leur échappent et pourtant cette « Pentecôte des peuples » s’exprime dans une unité essentielle du genre humain, issue du lien religieux fondamental. Le message chrétien propose une catholicité des peuples en rappelant que toute culture à évangéliser peut se greffer sur le récit biblique, l’Église évite l’enfermement des cultures sur elles-mêmes. En ce sens, l’alliance à Israël reste contemporaine à toute l’histoire. Mais le mal est toujours vif, surtout celui qui trouve sa source dans la violence religieuse. La tentation du politique est alors avec un toujours plus d’état, de protéger les petits bonheurs du citoyen, en devenant les nouveaux esclaves du monstre froid. Avec la disparition du religieux, l’état devient une idole.
Nous sommes dans l’âge de la laïcité avec les malaises persistants dus à ce principe qui ne résolvent pas les graves questions. Le principe d’exclusion des religions dans l’espace éducatif a abouti à une ignorance entretenue par un laïcisme sectaire. La présence musulmane forte dans notre pays montre que l’Islam ne se coule pas facilement sous les lois de la république, d’où la nécessité de repenser la laïcité en passant de l’incompétence à l’intelligence. Le chemin semble long nous dit P.Valadier. La laïcité dogmatique soumise à la raison empêche toute évolution et pousse à l’intolérance.
L’anormalité chrétienne vient du fait que son monothéisme est du type relationnel, non figurable, non instrumentalisable et donc ne pas être au service de la cité. Les hommes entretiennent la relation avec Dieu par sa Parole et se révèle lui-même par sa loi. La loi de charité est la loi même de Dieu. L’annonce du Royaume n’invalide pas les royaumes des hommes mais les relativise et donne sens à la loi de charité de don et de pardon.
L’autonomie des valeurs terrestres prônée par Vatican II est une approche qui ne peut que satisfaire le catholique à cause de cette anormalité dans la relation entre Dieu et la création et donc de Dieu dans les institutions. Mais les problèmes ne sont pas pour autant réglés car il ne faut pas opposer autonomie et hétéronomie. Il n’y pas d’autonomie qui n’ait à se construire à partir d’une hétéronomie. La distinction qui se voudrait claire entre autonomie et hétéronomie, entre spirituel et temporel est en fait peu claire et cette indétermination relance le débat sur où commence et où finit le spirituel. Cela fait dire à Paul Valadier qu’il y a une impossible séparation entre le religieux et le politique.
Le livre de Paul Valadier refonde le politique comme « raison » face aux déviances religieuses toujours possibles. La laïcité laisserait penser qu’elle résout tous les problèmes, en fait elle en tension permanente, et toujours en « actualité d’une question liquidée ».
François Vouga dans Politique du Nouveau Testament, (Labor et Fides, Génève, 2008), se place dans une perspective différente en montrant que le christianisme reste essentiellement le moteur actif d’une responsabilité du politique en dehors de ses dérives tyranniques.
Après une introduction sur la nécessité de la revalorisation du politique, F. Vouga en partant d’une lecture exégétique et théologique de Rm 13, place le politique comme don de la Providence de Dieu. Si l’ordre politique est un don dans la création bonne de Dieu, elle a aussi ses limites dans sa vocation. Le deuxième texte étudié avec la même minutie est le livre de l’Apocalypse dans son chapitre 13 en particulier. Sont vues toutes les déviances possibles du pouvoir politique imagées par la Bête. Par différence, le pouvoir politique est repensé dans ses limites. L’autorité politique a pour limite Dieu, la transcendance, le bien commun de tous et la conscience de l’homme. L’économie n’est pas absente de cette étude, puisqu’elle doit être assujettie à la discussion politique. L’exégese de l’Évangile de Marc (10 et 12 notamment) réordonne le rapport du politique à l’économie. Enfin le principe de grâce comme fondement de la justice, permet de sortir d’une justice égalitariste ou d’une équité rémunératrice. F .Vouga met en exergue le monothéisme mou rejeté par Paul, qui est aujourd’hui un mode de pensée unique qui ne pense que par généralités au détriment de chaque personne dans sa singularité, source de tout universel.
Ce livre a l’immense mérite d’une relecture politique, donc peu habituelle, du Nouveau Testament, avec comme finalité, une théologie de la préparation du Royaume. Un livre décapant en particulier par sa relecture de l’Apocalypse.