En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mardi 9 juin 2009
Filippo Lippi, Fra Diamante, la vierge à la ceinture, les saints Grégoire, Marguerite, Thomas, Augustin et Tobie et l’ange avec le commanditaire, l’abbesse jacopa bartolommea de Bovacchiesi, vers 1456-1465, Prato, muse Civico
Une superbe exposition à Paris au musée du Luxembourg présente les œuvres des Lippi, père et fils, provenant en partie du musée municipal de Prato, fermé pour cause de travaux, ainsi que d'autres institutions de la région. L’exposition présente une soixantaine de tableaux et sculptures du XIVe au XVIe siècle.
Prato est une ville située en Toscane, à 15 km au nord de Florence, qui connaît un essor économique considérable du milieu du XIVe au début du XVe siècle, avant de tomber, conquise par les troupes des Médicis, sous la domination de sa rivale Florence. Cette prospérité, qui repose principalement sur le commerce du textile et le développement des affaires, donne lieu à d’importantes commandes, aussi bien civiles qu’ecclésiastiques, et échanges politiques et artistiques avec Florence. De nombreux artistes, architectes, sculpteurs, peintres, s’installent alors à Prato et aux alentours pour travailler notamment sur le chantier du Duomo. Ainsi Prato s’est affirmé comme l’un des centres les plus vitaux et novateurs de la renaissance italienne.
On est à une époque charnière, où cohabitent des artistes encore marqués par le gothique tardif, comme Paolo Uccello, et d’autres qui développent la douceur, la rondeur et l’organisation de l’espace qui marqueront la Renaissance, comme Donatello, dont de superbes bas-reliefs en terre cuite sont exposés.
La ville abritait un important foyer artistique, notamment avec les nouveautés stylistiques innovées par les deux Lippi et qui se poursuivront avec l’avènement d’un style novateur la Maniera. Les Lippi, Filippo ( 1406 -1469) et son fils Filippino ( 1457-1504), figurent parmi les artistes les plus respectés à Prato au XVe siècle.
Filippino est né de l’union de Filippo, lui-même chapelain du couvent saint Marguerite du Prato, avec une religieuse Lucrezia Buti (qui lui servira de modèle) . Ils furent tous les deux libérés de leurs vœux par le Pape Pie II grâce à l’intervention de Come de Medicis.
FILIPPO LIPPI
L’art de Filippo Lippi est marqué par l’expressivité des visages, la finesse des traits, l’équilibre et la plénitude. Il réalisa d’importantes fresques dans le Duomo, où il montre des figures puissantes avec des visages intenses, au réalisme psychologiques où l’on reconnaît des modèles réels, les énergiques habitants de la ville de Prato. Un échanges fertile d’expérimentations, à mi-chemin entre l’abstraction et la recherche pysiognomique, relie les figures de Paolo Uccello à celles plus puissantes et expressives de Lippi. Filipp introduit la nouveauté de la « simultanéité » des portraits : un même modèle est figuré plusieurs fois avec un dynamisme intrinsèque.
Il peint de nombreuses Vierges à l’Enfant, dont la célèbre Vierge à la ceinture. (ceinture que la Vierge aurait donnée à saint Thomas au moment de son Assomption, relique rapportée de Terre Sainte en 1141 et qui a fait de Prato un haut lieu de pèlerinage).
Filippo Lippi a innové dans ce type de peinture, en lui donnant de l’humanité, en s’inspirant de décors de la vie quotidienne. Son amour de la vie se reflète dans la plénitude et la joie de ses figures. Sous son pinceau, les scènes religieuses s’animent, il les met en scène.
FILIPPINO LIPPI
Botticelli s’est formé dans l’atelier de Filippino Lippi. Il forme à son tour, à Florence, le fils de Lippi, Filippino (1457-1504) Ce dernier a appris l’art délicat de son père. Mais ses œuvres sont moins sereines, moins joyeuses. L’époque à la quelle il peint, la fin du XIVe est plus agitées, est dominée par la figure de Savonarole, l’ambiance est lourde dans sa Mise au tombeau, du musée de Cherbourg : composition figée, équilibre, traditionnelle où l’on décèle grâce à la gestuelle des figures, une certaine sensibilité dans la description intimiste de la douleur des personnages.
L’influence de Filippino est manifeste auprès de nombreux peintres locaux qui adoptent la linéarité tourmentée et inquiète des dernières œuvres réalisées à Prato.