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A moi d’aider Dieu, Etty Hillesum

Publié le Mardi 16 juin 2009

A moi d’aider Dieu, Etty Hillesum

 

Au camp de Westbork

 Westerbork, antichambre des camps de la mort ; nous connaissons le nom de ces camps AuschwitzB-Belsen.. Mais aussi nous entendons parler de Westerbork camp de transitions près d’Amsterdam aux heures les plus sombres de la persécution nazie (1940-1945), s’il n’avait vu passer la toute jeune Anne Frank que son Journal a rendu célèbre, Edith Stein juive convertie et devenue carmélite ? Elle a pu y croiser Etty Hillesum, juive elle aussi, dont le parcours humain et spirituel sans conversion confessionnelle, a bouleversé de très nombreux lecteurs dès la publication en 1985 de son journal une vie bouleversée, journal 1942-1943. Puis en 1988 des Lettres de Westerbork. Aujourd’hui paraît une édition intégrale Les écrits d’Etty Hillesum, Journaux et lettres 1941-1943, Opus, Seuil, 1082 pages (papier bible) 35 €.

 

Etty Hilversum est une figure bouleversante

Etty Hilversum est une figure bouleversante et un auteur spirituel exceptionnel, à travers une expérience inhabituelle.

Elle est née le 15/01/1914 dans une famille juive, avec une mère de tradition russe, deux frères  brillants mais fragiles, qu’elle suit à Amsterdam. Etudes catholiques, professeur de russe et cours privés.  Amours très libres.

Julius Spier

Mais vient alors la rencontre de Julius Spier, juif berlinois, qui après une analyse didactique chez Jung à Zurich, a ouvert un cabinet de psychochirologie. Etty va se faire « lire  les mains » comme « objet » chez Julius Spier. Elle est sous le charme de la personnalité de J.S. (toujours précédé par S. dans ses écrits). Elle devient  sa principale secrétaire et son amie, son amante passionnée mais sans qu’il y ait « liaison » par respect pour la fiancée de S. qui vit en Angleterre. Leurs « luttes » charnelles et chaudes peuvent étonner ou scandaliser. Mais il y a aussi le fait que S. apprend à Etty à apprivoiser son tempérament dépressif, chaotique et égocentrique et lui fait découvrir la Bible et saint Augustin.

Je crois en Dieu et je crois en l’homme,

Elle approfondit aussi ses propres lectures, spécialement Rilke, Dostoïevski. Peu à peu va commencer une maturité spirituelle où Dieu va prendre sa place. « Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose peu à peu le dire sincèrement «  (20/06/1942), p. 607.

A la fois elle remet en cause le mot Dieu mais ose parler « d’une vie avec Dieu et en Dieu et Dieu en moi ». Devant le corps  de S. décédé brutalement, elle exprime sa reconnaissance, « tu m’as appris à prononcer sans honte le nom de Dieu. Tu as servi de médiateur entre Dieu et moi, mais maintenant, toi le médiateur, tu t’es retiré  et mon chemin mène désormais directement à Dieu ; c’est bien ainsi, je le sens. Et je servirai moi-même de médiatrice à tous ceux que je pourrai atteindre (15/09/1942), p. 714-715.

Voici donc Etty ouverte aux autres comme elle s’est ouverte à Dieu.  Elle va traduire cela très concrètement.

Et si Dieu cesse de m’aider ce sera à moi d’aider Dieu.

Elle demande de rejoindre le camp de transit de Westerbork au nord est du pays , dans la Drenthe, près de la frontière allemande. Elle entre le 15 juillet  1942 au « Conseil Juif » où on l’affecte au service « Affaires Culturelles ». Elle compte apporter aux autres le plus grand soutien possible. Elle reste lucide, « les membres du Conseil auront leur tour auprès des autres ». L’espoir, la force de tenir c’est auprès des fleurs qu’Etty les trouve : le jasmin, les roses. Etty se retrouve engagée, dans ce qu’elle une « économie folle », un « potlach » selon Marcel  Mauss, qui est un don démesuré à caractère sacré. Elle se veut « le cœur pensant dans la baraque ».

Voici que Dieu lui-même devient son prochain et de celui-ci il a la vulnérabilité. La relation se retourne, comme le souligne Sylvie Germain. « Et si Dieu cesse de m’aider ce sera à moi d’aider Dieu. Je prendrai pour principe d’aider Dieu autant que possible et bien si j’y réussis je serai là aussi pour les autres (12/07/1942), p. 679. Il m’apparaît de plus en plus clairement que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui  t’abrite en nous » (p. 680). « Elle pourra prolonger comme le commente Sylvie Germain. « Dieu a fait d’elle son abri, son corps d’asile, son cœur d’accueil en un temps de détresse ; elle a fait de lui son hôte, son protégé, son Ami alors qu’il n’était plus qu’absence et violence » (Etty Hillesum, Pygmalion, 1999, p. 193). On peut alors conclure avec Sylvie Germain encore « parce qu’elle s’est montrée le prochain de ses contemporains et de Dieu, d’un seul tenant, passionnément, Etty Hillesum demeure notre prochain… en marche perpétuelle » (p. 198).

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