En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 24 juin 2009
Monastère de Vatopédi ©
Le musée du Petit Palais présente actuellement une superbe et originale exposition sur le Mont Athos, qui regroupe un ensemble considérable de trésors d’art byzantin du IXe au XVIIIe siècle appartenant aux moines du Mont Athos. Une occasion pour voir des objets admirables qui ne sortent pas de la Saint Montagne et de découvrir la spiritualité des moines.
Le mont Athos
Le Mont Athos est un endroit mystérieux. Situé sur une magnifique péninsule s’avançant dans la mer Egée, il abrite depuis plus d’un millénaire des moines orthodoxes épris de silence et d’isolement par rapport aux agitations du monde. Ils sont un peu plus de 100 moines, dont beaucoup sont jeunes. Si de rares visiteurs masculins ont le privilège d’être accueillis dans la vingtaine de monastères, aucune femme ne peut s’y rendre, mais en permanence le recueillement est au rendez-vous. Ils reçoivent des intentions de prière de toute la Grèce et d’ailleurs qui sont proclamées sous forme de litanies. Ainsi sont concentrées ici toute la souffrance et l’espérance du monde, monde que les moines ont mission de sanctifier par leur ascèse et leur intersession.
L’idée de l’exposition est de présenter les liens existant entre le Mont Athos et Byzance qui sont connus par les archives, les crisobulles, de montrer les dons qu’ont faits les empereurs byzantins au mont Athos, ainsi que les réalisations des moines eux-mêmes, qui ont joué un rôle historique comme gardiens de la civilisation byzantine. On y découvre des manuscrits les plus beaux du monde grec, des calices en jaspe et cristal et des icônes très luxueuses.
Est reconstitué à l’exposition un catholicon, c’est à dire l’église centrale d’un monastère, et les objets sont ainsi replacés dans leur contexte : une iconostase, des encensoirs, des livres, des tissus liturgiques et des chants liturgiques sont diffusés complétant ainsi l’évocation de ce lieu de prière.
La Sainte Montagne
Lieu mythique, le mont Athos, la « Sainte Montagne », fascine. Vingt monastères et leurs centaines de dépendances, chapelles, ermitages, grottes se répartissent tout au long de ce territoire auquel on accède en bateau à partir du port grec d’Ouranopolis ;
La vingtaine de monastères sise sur la « Sainte Montagne », sommet qui domine à 2000 m d’altitude, est protégée par un statut particulier issu de l’Empire byzantin et toujours reconnu par l’Etat hellénique, malgré les vicissitudes de l’histoire.
Cette Sainte Montagne, selon l’Archimandrite Vasileios Gontikakis, du monastère d’Iviron, diffuse une lumière de sérénité et de certitude et montre qu’elle sait ce que l’homme endure, quel est son espoir, son désir et qu’à tout cela il y a une réponse. Elle comprend tout ce qui se passe en l’homme. « Tu ressens la saint Montagne comme quelque chose de totalement autre, ancien et toujours avant, sans lien aucun avec ce que tu avais entendu ou appris à cet endroit ». « Rien de tout cela n’est imagination ou illusion. C’est la simple réalité, la « création nouvelle (2 Co 5,17) et le mode de vie nouveau qui sont venus avec l’incarnation du verbe de Dieu et la divinisation de ce qui a été assumé. C’est la manière dont l’Eglise du Christ, telle que nous la connaissons, vit depuis le jour de la pentecôte. La saint Montagne n’est rien d’autre que le lieu où est vécue cette théologie liturgique.
La présence des moines au mont Athos n’est pas avérée avant le début du 9e siècle. L’arrivée des moines est sans doute liée aux évènements contemporains de la crise iconoclaste, ils y avaient trouvé refuge pour échapper aux persécutions. Et dès 843 la communauté était déjà importante et connue et les moines furent invités par l’impératrice Théodora à venir à Constantinople pour participer aux célébrations solennelles marquant la restauration des icônes. Dès la fin du 10e on enregistre plus de 40 monastères sur le Mont Athos. Soutenu par l’empereur, le Mont Athos tombe en 1424 sous la domination ottomane, mais grâce à l’attitude conciliante du sultan, le Mont Athos put conserver son prestige de grand centre spirituel et monastique de l’Orient orthodoxe.
Les trésors
Le plus grand ensemble de peinture monumentale du monde orthodoxe est aujourd’hui conservé au mont Athos, des œuvres du 9e au 20e siècle ; donc grande variété de styles, de thèmes et aussi grande fidélité à l’iconographie et à l’art orthodoxe. Le décor peint le plus ancien est conservé au monastère d’Iviron, chapelle de saint jean le Précurseur avec une représentation d’une déisis (Vierge et saint Jean Baptiste en prière autour du Christ) du 9/10e siècle. La palette chromatique est limitée, brun, jaune et noir, et les personnages sont plats sans volume.
Il y a aussi des mosaïques dans le catholicon du monastère de Vatopédi. Le Christ, assis sur un trône luxueux, encadré par la vierge et saint Jean Baptiste, accueille les fidèles qui entrent dans le naos, proclamant qu’il est la lumière du monde, la vérité, la vie, la résurrection, la voie, le pasteur et la parole du salut.
L’ensemble de tous ces monastères conserve une part importante de l’histoire des arts somptuaires de Byzance. Seuls les monastères de Sainte Catherine du Sinaï, de saint Jean le Théologien à Patmos et ceux des météores ont connu comme le Mont Athos une activité continue depuis le temps de leur fondation jusqu’à nos jours.
En ce qui concerne les icônes, celles qui sont présentes à l’exposition, constituent l’expression fondamentale de la spiritualité du monachisme orthodoxe et de la floraison artistique de l’hellénisme byzantin. Elles sont de tous types : un extraordinaire Christ pantocrator du XIIIe, une émouvante Vierge Hodigitria (indiquant son enfant comme la Voie), duo des saints Georges et Dimitrios, œuvre de manuel Panselinos, maître iconographe au tournant des XIII et XIVe siècles, qui est une icône réalisée en mosaïque : les toutes petites tesselles lui donnent un relief touchant. La petite Nativité se style assez naïf du XIIe, avec ses rouges flambants, fait éclater la joie de l’incarnation en même temps que les souffrances de la Passion.
Les manuscrits byzantins enluminés du mont Athos sont somptueux et importants : parmi les 15000 manuscrits conservés, près de 800 sont ornés de miniatures. La plupart sont d’ordre religieux, les écrits bibliques. Puis avec le temps les illustrations se diversifient, descente aux Limbes, grandes fêtes, dormition de la Vierge etc. Il y a aussi des livres de musique illustrés, des recueils de sitchères ou tropaires (chants liturgiques) précédant des vers des psaumes de David.
Une spiritualité spécifique
Ainsi Cette exposition présente des œuvres qui sont non seulement des œuvres d’art dignes de musées, mais manifestent une partie intégrante de la tradition vivante de Byzance. Sont ainsi esquissés les nombreux aspects de la spiritualité, de la vie liturgique et de l’organisation de la communauté monastique du Mont Athos, notamment en rapport avec les empereurs byzantins.
Les moines ont exprimé leur joie de pouvoir offrir aux visiteurs de l’exposition, leurs contemporains habités par tant de peurs, à travers toutes ces œuvres, cette qualité de vie qu’ils poursuivent sur la sainte Montagne, pour trouver la paix sous le regard de Dieu.