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Fides et ratio, dix ans après.

Publié le Vendredi 2 octobre 2009

Fides et ratio, dix ans après.

 S’il existe un texte original et surtout unique dans le monde de la religion, c’est bien cette lettre encyclique de Jean Paul II parue en 1998. Son originalité première vient du fait que c’est le Magistère avec toute son autorité qui publie ce texte et par voie de conséquence est reconnu par toute l’Église. Son caractère unique, est que toute l’Église fait appel à la raison pour soutenir la foi, ce qui ne se trouve pas dans les autres monothéismes, ni les autres religions. Même si le Judaïsme et l’Islam font appel à la raison, ce n’est pas dans l’ordre structurel comme le rappelle Jean Paul II. « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité… » C’est entrer dans l’espace théologique qui est en premier, la parole de Dieu adressée aux hommes, puis une parole possible sur Dieu. Quant la raison est privée de la révélation, elle manque son but final, son dépassement dans la contemplation et quand la foi perd la raison, elle prend le risque de ne plus être universelle et de tomber dans la superstition. Il existe une raison de Dieu sur le monde, l’envoi de son Fils pour le salut de tous. Cette raison fondée sur l’amour est portée par tous les hommes par création, mais blessée elle est réduite trop souvent en type de rationalités malgré ses efforts pour atteindre la sagesse, tremplin nécessaire pour la rencontre avec la Sagesse de Dieu.

 

Deux thèmes de cette encyclique sont à relevés. L’inculturation et l’articulation philosophie et foi pour la théologie.

 

L’inculturation

Le concile Vatican II a ouvert l’Église sur le monde, sur sa diversité culturelle et philosophique. De la même manière que l’Église naissante s’est exprimée en grec en usant de catégories philosophiques héritées de cette civilisation, l’Église se trouve aujourd’hui confrontée face aux autres cultures devant une nécessaire élaboration de nouvelles « patristiques » spécifiques à chaque culture. Aucune langue de peut épuiser les richesses du langage de Dieu dans les Écritures et chaque culture apporte une nouveauté dans l’interprétation infinie de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cette richesse est mise en valeur par la philosophie, qui dans sa recherche de quête du sens, rejoint le désir de tous les hommes quelque soit leur culture. La théologie ne peut que profiter de la recherche de cette sagesse.

 

l’articulation philosophie et foi pour la théologie.

Au Moyen Age, la philosophie était « servante » de la théologie, il y avait une continuité entre la philosophie et théologie qui constituait son épanouissement. La sagesse humaine trouvait sa récompense dans la sagesse de Dieu. Saint thomas D’Aquin, saint Anselme, en sont l’exemple le plus parfait. Le Moyen-Âge était un espace historique où le dialogue de fait entre raison et foi irrigue la pensée et la culture ambiantes. C’est en revanche à partir notamment de la double rupture à l’égard de la scolastique opérée, d’un point de vue théologique par la Réforme, et d’un point de vue philosophique par le cartésianisme, que le problème se pose dans les termes qui sont encore souvent les nôtres, à savoir celui d’un horizon philosophique et culturel baigné par l’idée d’une séparation, d’une alternative ou d’un conflit entre raison et foi. C’est ce climat que l’épistéme cartésienne va modifier en profondeur, mais moins en opposant raison et foi, qu’en les séparant de telle manière qu’elles n’aient rien de commun à partager, chacune étant cantonnée dans son domaine propre. Descartes fonde ainsi un modèle où, soit la connaissance est totale et uniforme, soit elle n’existe pas, modèle qui rompt notamment avec la théorie de la connaissance d’Aristote et Thomas d’Aquin, laquelle reposait sur la reconnaissance d’une pluralité de modes de connaissance (mathématique, physique, métaphysique) correspondant à une pluralité  d’ objets  (nombres, objets sensibles, formes substantielles),  et sur la distinction entre l’être  « connaissable en soi » et l’être connaissable pour nous en fonction des modes de connaissance. Si Descartes ne voit pas de rapport possible entre philosophie et théologie, ce n’est pas seulement pour revendiquer une autonomie totale de la raison philosophique, mais parce que la foi est une obéissance à des vérités sur lesquelles la raison n’a pas de prise. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans le même contexte d’une part parce que l’Église reconnaît l’autonomie de la philosophie et parce que la philosophie se donne le droit d’un regard critique sur la théologie. Chaque domaine enrichit l’autre, la philosophie donne le langage de la  raison et la théologie donne la raison de la raison. La philosophie est devenue indispensable pour éclairer l’intelligence de la foi. Ainsi la Révélation chrétienne est la vraie étoile sur laquelle s’oriente l’homme qui avance parmi les conditionnements de la mentalité immanentiste et les impasses d’une logique technocratique. Elle est l’ultime possibilité offerte par Dieu pour retrouver en plénitude le projet originel d’amour commencé à la création.

 

Cette encyclique, un peu technique parfois, est une des plus importante du pontificat de Jean Paul II, car elle jette les bases d’une bonne articulation entre foi et raison, nécessaire pour l’inculturation, mais aussi, est prophétique car elle répond aux déviances possibles dont nous voyons les résultats aujourd’hui.

 

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