En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Lundi 16 novembre 2009
« A QUOI SERT L’EGLISE ? » un livre de Maurice VIDAL
Maurice VIDAL est prêtre de la Compagnie de Saint Sulpice. Il a enseigné au séminaire Saint Sulpice d’Issy-les- Moulineaux, ainsi qu’à l’Institut Catholique de Paris et à l’Ecole cathédrale de Paris . Il a également été présent à de nombreux groupes chrétiens , notamment dans le monde ouvrier. A l’Institut Catholique de Paris il a participé à la fondation puis à la direction du cycle qui permet aux laïcs de faire une licence en théologie (« baccalauréat canonique »). Dans ce cycle, il a enseigné la théologie de l’Eglise (« Ecclésiologie ») dont il est un spécialiste reconnu. Outre des articles dans diverses revues , il a participé à de nombreux ouvrages sur l’Eglise, et également publié en son nom propre.
En ces temps où l’on parle un peu partout de « crise dans l’Eglise », il n’est sans doute pas inutile de réfléchir en profondeur sur ce qu’est l’Eglise. Deux livres du père Maurice VIDAL récemment parus peuvent nous aider dans cette nécessaire réflexion. L’un est un livre d’entretiens dont le titre même revêt une actualité imprévue : Cette Eglise que je cherche à comprendre. L’autre intitulé « A quoi sert l’Eglise ?» est un « petit » livre par le nombre de pages, 234 pages ; mais sous ce volume réduit il s’agit en fait d’un traité sur l’Eglise, dont la densité d’écriture permet seule de dire en si peu de pages ce que de plus épais « traité » ne disent pas toujours .
« A quoi sert l’Eglise ? »
Sous un titre d’éditeur, c’est en réalité comme le dit l’introduction (p. 10) « un condensé » de quarante années d’enseignement. Condensé ? le lecteur attentif découvrira bientôt le bien fondé de cette appellation. C’est, en effet, presque chacune des phrases de ce livre qui est grosse d’un développement plus ample, qu’elle suppose et sur lequel elle s’appuie, mais que hors de tout pédantisme, l’auteur laisse sous-jacente sans que pourtant rien ne manque. Un livre dense, fruit d’une vie de réflexion et qui contraste avec tant de livres hâtivement « sorti » pour quelque foire aux livres. Un livre à méditer donc, non pas tant au sens d’une méditation sur l’Eglise, que d’un enseignement lui-même fruit d’une longue réflexion qui, sans faux fuyant, cherche « à parler de l’Eglise selon l’intelligence que nous pouvons en avoir dans la foi chrétienne, sans perdre de vue l’Eglise réelle d’hier et d’aujourd’hui et en tenant compte d’autres points de vue que celui du théologien sur cette « réalité sociale de l’histoire » (Gaudium et Spes , 44.1) que saint Paul ose appeler le corps du Christ. J’espère pouvoir ainsi intéresser des lecteurs différents et leur être utile » (p.10). Avec cette modestie qui le caractérise, M. Vidal laisse ainsi entrevoir par ces derniers mots une des questions qui sous-tendent sa recherche : en quoi l’Eglise d’aujourd’hui sert-elle les hommes ?
Une im
mense culture, dont l’auteur fait bénéficier le lecteur
Essayons d’entrer un peu plus avant dans ce livre. Il se fonde tout d’abord sur une immense culture, dont l’auteur fait bénéficier le lecteur (sans l’accabler d’érudition). Relevez en cours de lecture la liste des auteurs et des textes cités. Tout ce qui compte en ecclésiologie se trouve là plus ou moins présent : saint Augustin en premier lieu mais aussi des Pères de l’Eglise, et des auteurs tels que Möhler et Newman pour le XIXème siècle, Congar, Lubac ou Rahner, pour ne citer que ceux-là, au XXème siècle. La familiarité partout sensible de M. Vidal avec ces auteurs suffit à montrer que c’est sur un « matériau » de première main que ce livre est construit.
Vatican II
On ne s’étonnera pas de trouver abondamment cité les textes majeurs du concile Vatican II ainsi que ceux des papes qui l’ont précédé. A lui seul, un relevé des citations et mention des textes de Vatican II pourrait en constituer une sorte de petit commentaire. Regardez, par exemple, comment face à l’identification par Pie XII de l’unique Eglise du Christ avec l’Eglise catholique romaine (pp. 216-218), le Concile a marqué une différence que signale la formule, récemment controversée, du « subsiste dans » au paragraphe 8 de Lumen gentium. « Il est indéniable, nous indique M. Vidal, que le Concile a voulu corriger l’enseignement de Pie XII…Il faut donc ici comme ailleurs en théologie, s’attacher d’abord à ce qu’on n’a pas voulu dire (« est ») avant de spéculer sur ce qui a été dit, plus ou moins bien, à la place (« subsiste dans ») » (p. 218).
L’Ecriture
Le père Vidal n’est pas seulement « ecclésiologue », il est aussi bibliste. En lisant ce livre, chacun peut vérifier que l’Ecriture est vraiment ici « l’âme de la théologie », et admirer la façon dont l’Ecriture est citée, mettant notamment en relief des textes auxquels il n’est pas toujours habituel de faire appel.
La réflexion sur l’Eglise ne peut plus aujourd’hui se faire sans faire place aux questions que posent le rapport au judaïsme et la diversité des confessions chrétiennes. Sur ce deux domaines le livre fournit une synthèse sûr.
Sur le judaïsme, M. Vidal, qui avait traduit de l’allemand un livre de Clemens Thoma, s’exprime sans ambiguïté. En particulier, il note que si « bien des passages du Nouveau Testament pouvaient et peuvent être exploités pour prétendre que Dieu a « substitué » l’Eglise à l’Israel incrédule dans l’histoire du salut. Saint Paul est le seul à résister nettement à cette interprétation » et à ce propos il rappelle qu’il « a fallu attendre le concile Vatican II et, dans la réception du Concile, la prise de position de Jean Paul II sur la Première Alliance « qui n’a jamais été révoquée » (discours du 17 novembre à Mayence), pour que l’interprétation de saint Paul reprenne le dessus dans l’Eglise » (p.52).
Mais c’est peut-être sur l’œcuménisme que l’on trouvera, me semble-t-il, une des meilleurs mise au point qui se puisse faire en quelques pages (voir chapitre 8, pp 175 à 228). La question du « scandale » de la division des chrétiens est d’ailleurs partout discrètement présente dans ce livre : M.Vidal l’aborde sans crispation plus porté à mettre l’accent sur ce qui rassemble les chrétiens que sur ce qui les sépare.
Dire l’essentiel en quelques mots
Sur bien des questions, ceux qui ont eu la chance de suivre son enseignement reconnaîtront son humour qui lui permet de dire l’essentiel en quelques mots et sans acrimonie. Un exemple parmi tant d ‘autres. C’est à la page 80 où il note : « alors même que le pape Jean-Paul II a multiplié béatifications et canonisations, la plupart des nouveaux « saints » et bienheureux », en dehors des martyrs, sont des religieux et des religieuses, dont la cause, il est vrai a eue l’avantage d’être promue par leurs instituts. Or le concile Vatican II a clairement redit ce que dit le Nouveau Testament de l’appel et de l’aptitude de tous les baptisés à la sainteté, selon des voies et dans des formes très diverses, parmi lesquelles la vie dite « consacrée » est un « mode propre » mais non supérieur, car « suivre Jésus de plus prés » selon la formule qui la caractérise, n’est pas forcément le suivre mieux (cf.Lumen gentium 39) ». Les exemples de ce type abondent et le lecteur les relèvera au passage.
Lisez donc, avec la lenteur qu’il réclame, ce livre dense sur les « fondamentaux » (p. 230) de la théologie de l’Eglise. C’est presque chaque paragraphe qui demande ce temps d’arrêt où la réflexion provoquée par le texte doit prendre son temps pour entrer dans les divers aspects de cette question de l’Eglise qui, pour se l’approprier, requiert du lecteur « patience et délai ». Au long de votre lecture, vous sentirez aussi je l’espère cette liberté qui est celle de M. Vidal et qui affleure tout au long du livre.