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ANNEE DU SACERDOCE (3)

Publié le Mercredi 25 novembre 2009

ANNEE DU SACERDOCE (3)

 

Saint Jean Marie Vianney, sculpture moderne à l'église St. J.-M. Vianney de Posnan  en Pologne

 

 L’ANNEE DU CURE D’ARS

 

Nous venons de connaître avec bonheur une « année Saint Paul » pour un anniversaire de 2000 ans. Quel nouvel anniversaire pouvait choisir Benoit XVI pour 2009-2010 ? C’est l’anniversaire du Curé d’Ars, mort il y a cent cinquante ans, le 04 août 1859. Outre le projecteur mis sur un prêtre hors norme, Benoît XVI a voulu marquer une année pour conforter l’identité spirituelle du clergé. Lors des vêpres de la fête du Sacré-Cœur de Jésus (19 juin 2009) il a ainsi ouvert une « année sacerdotale » centrée sur la figure exceptionnelle de Jean-Marie VIANNEY, curé d’Ars. Commençons donc par mieux connaître le saint curé d’Ars.

Une longue initiation

Jean-Marie VIANNEY est né le 08 mai 1786 à Dardelly (Rhône), quatrième de six enfants. Baptisé à sa naissance, il montre très tôt une piété extraordinaire : signes de croix toutes les heures, chapelet que sa sœur veut lui dérober et qu’il lui cède contre une petite statuette de Marie dont il ne se séparera plus. Mais c’est le temps de la constitution civile du clergé et de la dénonciation des prêtres réfractaires. Messes célébrées dans les maisons. Un jour, passage d’un prêtre réfractaire qui confesse le jeune Jean-Marie, « à la maison, au pied de l’horloge ». Envoyé à Ecully, il reçoit l’Eucharistie après un an de préparation, dans une chambre du manoir d’Ecully, tous volets fermés. Alors que le père de Jean-Marie veut le garder à la ferme, celui-ci voudrait être ordonné prêtre. Il va retourner à Ecully où un nouveau curé, l’abbé BALLEY finit par l’accepter dans une petite école de préparation au séminaire. Déjà le latin est un cauchemar…Il faut un pèlerinage à la Louvesc pour qu’il retrouve confiance. A vingt et un ans il reçoit la confirmation. Mais une longue parenthèse va retarder l’initiation de Jean-Marie qui veut être ordonné prêtre. Il est recruté pour la guerre d’Espagne par erreur administrative. Il va se retrouver aux Noës dans la Loire. Insoumis et clandestin jusqu’à l’armistice de 1810. Jean-Marie rapporte des Noës une soutane confectionnée par la Mère FAYOT et reprend alors sa préparation à l’ordination presbytérale. Tout n’est pas facile pour autant au petit séminaire de Verrières près de Montbrion puis au grand séminaire de Lyon. Malgré le soutien de l’abbé BALLEY, Jean-Marie VIANNEY n’est pas reçu à l’examen tant il se trouble et bafouille. Mais les soutiens de Jean-Marie VIANNEY obtiennent que les responsables viennent faire passer un nouvel examen à Ecully, qui est positif. L’autorité ecclésiastique ratifie. Le 23 juin 1815 il est ordonné diacre, et le 13 août il est ordonné prêtre à vingt-neuf ans à Grenoble par Mgr SIMON. Il rentre à Ecully comme vicaire de l’abbé BALLEY qui obtient pour lui le pouvoir d’absoudre. Il veut être son premier pénitent, mais il meurt en 1817. En février 1818, Jean-Marie VIANNEY est nommé desservant de la petite église d’Ars, chapelle détachée de la paroisse de Mizérieux alors dans le diocèse de Lyon. La longue initiation a trouvé son premier aboutissement.

 

Ars : le métier de curé

Il n’est pas possible de raconter les nouvelles étapes de la vie de Jean-Marie VIANNEY devenu curé d’Ars. On peut tenter d’en souligner des facettes qui concernent la vie de tout prêtre, mais sont vécues à l’extrême par le curé d’Ars : la prière, le partage, la parole, le pardon.

 

La prière

Dès son arrivée à Ars, le curé prend l’habitude de venir prier à l’église avant l’aurore et de plus en plus tôt avec les demandes de confessions. Il célèbre la messe vers 6 ou 7 heures. Le bréviaire, prière avec l’Eglise, n’est pas négligé par cet homme submergé. Vers midi, il savoure les psaumes avec délice, le soir dans sa chambre pour les matines et les laudes du lendemain. Le cœur de sa prière est l’eucharistie. « Toutes les bonnes œuvres réunies n’équivalent pas au sacrifice de la messe parce qu’elles sont les œuvres des hommes et la sainte messe est l’œuvre de Dieu. Le martyre n’est rien en comparaison : c’est le sacrifice que l’homme fait à Dieu de sa vie ; la messe est le sacrifice que Dieu fait pour l’homme de son corps et de son sang ». La théologie eucharistique aujourd’hui peut être différente. Il reste le témoignage qu’il donnait,  qu’exprime un de ses anciens enfants de chœur. « Après la consécration, élevant les yeux et les mains, il demeurait jusqu’à cinq minutes dans une sorte d’extase. Nous nous disions, mes camarades et moi, qu’il voyait le Bon Dieu ».

 

Le partage

Le partage chez Jean-Marie VIANNEY est aussi légendaire que celui de Saint Martin partageant son manteau en deux. Quand il arrive à Ars, la châtelaine du lieu met à sa disposition un confortable mobilier. Il est touché par l’intention, remercie la donatrice mais la prie de reprendre son présent. Il a choisi l’habitude de prodigalité avec les mendiants. Quand l’abbé BALLEY l’envoie à Lyon pour visiter Madame X, il lui fait cadeau d’un beau pantalon. Il revient avec une très mauvaise culotte, disant qu’ayant trouvé un pauvre transi de froid il en avait eu pitié et avait échangé son pantalon neuf contre celui du mendiant. Mais c’est surtout par le partage de son temps jusqu’à ne pas manger et ne pas dormir que Jean-Marie VIANNEY marque le plus les paroissiens et bientôt la foule des pèlerins qui viennent à Ars.

 

La parole

Le curé d’Ars qui prêchait mal au début de son ministère selon sa sœur, va prendre la parole inlassablement. Les catéchismes que le curé d’Ars fait à l’orphelinat de la Providence restent célèbres. Jean-Marie VIANNEY avait voulu donner gratuitement une instruction aux filles du village et avait acquis une maison nommée « La Providence » puis un second bâtiment aux portes largement ouvertes pour toutes les filles, petites ou grandes, quel que soit leur passé, vivant dans l’abandon. Des notes ont été prises par Catherine Cassagne Lassagne une laïque préférée avec d’autres à des religieuses que le curé d’Ars craignait d’être, comme il le dit, « trop dames », pour les jeunes paysannes. Ce qui était prêché peut étonner. Aux jeunes filles comme aux pèlerins, eux-mêmes prédicateurs (Lacordaire) ou évêques, le curé d’Ars ne mâche pas ses mots. Il enseigne l’horreur du péché, la terreur de l’enfer : « Ce n’est pas Dieu qui nous jette en enfer, c’est nous qui nous y jetons par nos péchés ».

 

Le pardon

La prédication du péché et de l’enfer serait intolérable s’il n’y avait la promesse et la pratique du pardon. C’est là précisément que s’exerce le charisme inépuisable du curé d’Ars. Des milliers d’hommes et de femmes, chrétiens et incroyants viennent auprès de lui pour se réconcilier avec Dieu. Avec eux se définit ce qui fera l’ordinaire de ses journées pendant plus de trente ans, de 1827 à 1859 : « l’œuvre de la confession permanente ». Michel Carrouges peint le curé d’Ars comme un « emmuré vivant », enfermé durant des heures dans son confessionnal, sorte d’armoire étouffante. A longueur de journée le curé d’Ars écoute l’interminable murmure de souffrances, de fragilités et de hontes qui monte vers lui. Les pèlerins font la queue pendant des heures et quelquefois soixante dix heures. Le secret des confessions demeure mais le curé d’Ars est devenu le serviteur des pêcheurs, il les absout, les délivre de leurs fardeaux et les ramène à la vraie vie.

 

L’ascèse et l’Adversaire

Si le cœur du charisme de Jean-Marie VIANNEY a bien été souligné, il ne serait pas honnête de taire deux traits manifestes de la vie du curé d’Ars : la place de l’ascèse et la place donnée à l’Adversaire, le démon qu’il aime appeler le « grappin ». Ce qui ne peut-être fait sans rappeler quelle est une certaine théologie à l’époque du curé d’Ars.

L’ascèse fait partie intégrante de la discipline chrétienne : moines du désert au IVème siècle, vie monastique et imitation par les laïcs jusqu’à la tartufferie dénoncée par Molière : « serrez ma haire avec ma discipline ». Pour le curé d’Ars ce sera à l’invitation de l’abbé BALLEY à Ecully, un cilice, ceinture de crin à même la peau, « aiguillon de souffrance pour écouter l’appel de Dieu supplicié ». Mortification à l’image du calvaire, souligner la victoire de la vie à Pâques. Mais ce que pratique plus encore Jean-Marie VIANNEY, c’est la privation dans le boire, le manger et le dormir. Sans aucun doute y avait-il la foule qui attendait au confessionnal. Mais la providence, lui préparait un frugal repas à midi dont il ne prendra que de la soupe et du lait. Que reste-t-il du conseil de Paul aux chrétiens de Corinthe : « Que vous mangiez ou que vous buviez, quoique vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (I Co, 30, 31) ?

 

L’Adversaire. Le curé d’Ars a une autre argumentation « théologique ». L’ascèse est une lutte contre le démon que Jean-Marie VIANNEY appelle le « grappin » et qui peut être appelé « l’Adversaire ». «  Mon ami le démon fait peu de cas de la discipline et des autres instruments de la pénitence. Ce qui le met en déroute c’est la privation dans le boire, le manger et le dormir. Il n’y a rien que le démon redoute comme cela et qui soit par conséquent plus agréable au Bon Dieu ».  La lutte est rude car les manifestations du « démon » bousculent et brûlent jusqu’à son lit. Comme s’il y avait une complicité entre les deux antagonistes. Il nous est précieux alors que le médecin du curé d’Ars, le docteur SAUNIER, ait formellement attesté qu’il n’a jamais constaté le moindre trouble nerveux ou intellectuel chez lui, mais plutôt un solide bon sens pour résister à ces fantasmagories nocturnes que le diable aurait déployé durant des nuits entières. Les confrères prêtres, eux, disaient au Curé d’Ars : « Allons, cher curé, faites comme les autres : nourrissez-vous mieux, c’est le moyen d’en finir avec toutes ces diableries ». Ou encore : « Vous ne mangez pas, vous ne dormez pas, c’est la tête qui vous chante, les rats qui vous courent dans la cervelle ». L’Eglise a conclu le procès de canonisation en proclamant  saint Jean-Marie VIANNEZ, le 31 mars 1925 et le curé d’Ars  « patron des prêtres de l’univers. »(2009).

 

 

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