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IMPRESSIONS DE VOYAGE EN CHINE

Publié le Vendredi 22 octobre 2004

Les quelques impressions fugitives qui sont rapportées ici n’ont nullement comme objectif de fournir au lecteur une description politique, économique ou sociologique de ce « continent » encore bien mystérieux pour l’auteur de cet article. Ce ne sont que les fruits de la curiosité d’un voyageur un peu attentif.
Si j’ai effectué une dizaine de déplacements professionnels dans différentes régions de Chine, Pékin demeure mon point d’accroche par où je commence ou finit mes voyages.
C’est dans cette ville que j’ai, à titre personnel, le plus de contacts qui, au fil des voyages s’approfondissent, permettant l’échange. Et je commence à retenir les points forts de ce dialogue. Ce qui suit est le reflet des débats, toujours repris, qui forment mon questionnement face à cet univers qui, au cours des prochaines décennies, risque de remettre en question l’équilibre du monde actuel.

a jeunesse, ma première interrogation. Trois remarques : la politique de l’enfant unique, les enfants du chômage, les fils de la campagne.
Il est évident qu’aucune étude n’avait été faite pour évaluer ce que donnerait l’impact de l’enfant unique lorsque celui-ci arriverait à maturité. Les premiers diplômés arrivent maintenant dans l’univers du travail. Enfants des villes surtout, puisque c’est là que la politique de contrôle a le mieux fonctionné. Cette jeunesse est de plus en plus confrontée à la publicité des biens de consommation, creusant l’écart entre le désir et sa satisfaction. Les mobiles – on parle de quatre millions de portables vendus tous les mois – Internet, cet écran sans barrière sur le monde du meilleur et du pire, la télé qui, en ce qui concerne les émissions de variété n’a rien à envier à l’occident… Qu’est-ce qui différentie un jeune français d’un chinois lycéen ou étudiant ? Le look et les modes ? Ils s’habillent à l’américaine et les marques des vêtements et des chaussures de sport, sont omniprésentes, facilitées par la contrefaçon industrielle.

Qu’en est-il de l’autorité des parents et du sens de la famille chinoise ? Certains disent que c’est bien mal en point.
J’ai croisé dans pas mal de villes des groupes de jeunes qui ressemblaient aux bandes de nos banlieues. Ce phénomène est surtout sensible dans des villes au fort taux de chômage. Le milliard trois cents millions de chinois - chiffre sujet à caution – peut se décomposer ainsi : trois cent millions de paysans-citadins, c’est à dire des familles de cultivateurs qui quittent la campagne pour essayer de trouver du travail dans les villes. On s’habitue à voir de longues files de ces gens chercher chaque matin un petit boulot. C’est pratiquement le même chiffre pour les citadins dont beaucoup vivent dans des immeubles construits dans l’urgence pour loger tous les expulsés de la recomposition des villes. Leurs responsables édifient des buildings et des grands centres commerciaux à la place d’immeubles plus modestes ou, comme à Pékin, où beaucoup de maisons traditionnelles sont détruites, qui participaient au charme de la capitale. Enfin, sept cents millions de paysans qui peuplent encore les paysages mythiques mais divers de la campagne chinoise. La limitation des naissances a été appliquée de façons diverses. Le souci d’avoir des garçons est resté une priorité chez les paysans. Quel pourcentage d’hommes adultes restera célibataire ? Ce ne sera pas simple à gérer et la pression de ces hommes insatisfaits risque de fragiliser l’institution de la famille déjà mise à mal par l’augmentation des divorces.
Et cette jeunesse face à son histoire contemporaine ? Face à son histoire millénaire, à ses traditions et à ses courants religieux ? Depuis le slogan du président Deng « enrichissez-vous », la richesse serait-elle devenue la nouvelle religion ?

Quel avenir économique? La Chine a un taux de croissance annuel frisant les 10%, elle a aussi d’énormes défis à relever. Citons-en quelques-uns : la diminution des terres cultivables qui baisse d’environ 2% chaque année, le problème de l’eau qui révolutionne dès maintenant les choix culturaux avec une baisse de la production de riz qui demande trop d’eau, les besoins énergétiques qui croissent considérablement avec le développent industriel si nécessaire pour apporter du travail à cette couche énorme de la population qui quitte la campagne.
On peut voir de plus en plus de riches chinois qui ont réussi très rapidement dans les affaires immobilières ou industrielles. Il ne semble pas y avoir de honte à montrer ses richesses. Mais quel pourcentage de la population cela représente-t-il ? La classe moyenne se développe aussi, mais l’écart avec les paysans et ouvriers va se creusant.
Une vision pessimiste de la Chine donc ? Oui et non. Un constat sans doute qui prend en compte les progrès considérables qui ont été faits depuis la fin de la révolution culturelle.

Et Tienanmen ? J’ai le sentiment que les représentants de la classe moyenne ne cultivent pas ce souvenir. Certains de leurs représentants disent que le défi économique chinois ne peut se permettre des crises révolutionnaires nouvelles.

Et les libertés, la peine de mort, les procès expéditifs, les emprisonnements, etc. ? Vision occidentale des choses ? Pas si simple ! L’évolution de la vie économique qui refaçonne le visage de la Chine donne le sentiment d’être comme un rouleau compresseur qui, pour le moment, lamine toute résistance. Les Chinois complices ? Ils le seraient s’ils étaient informés. Le sont-ils ? On peut penser qu’avec les moyens modernes de communication c’est facile de savoir. Mais qui a accès à Internet ? Les étudiants sans doute, mais comment savoir si cette ouverture vers un atre monde les aide à réfléchir librement ? C’est, en tout cas, une arme que le parti regarde avec beaucoup d’attention ; mais se fermer au monde c’est se fermer aux marchés si essentiels pour le développement de ce pays.
Au début du vingtième siècle la Chine a compris qu’en s’emparant des armes technologiques elle se développerait et pourrait se dégager du joug occidental et japonais. Aujourd’hui c’est le marché, c’est l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui détermine l’avenir de ce pays.

Je ne suis pas sûr que la démocratie passe avant.

J’ai fait l’expérience, en allant au plus loin du rapport de confiance qu’on ne doit pas perdre de vue que l’homme chinois est pétri d’une conscience collective d’appartenir à l’Empire du milieu : appartenir à une civilisation privilégiée qui est au centre du monde. « Avant vous, on existait ». Alors, le Chinois tendrait-il à retrouver sa place ? Quoiqu’il en soit, avec sa puissance économique la Chine devient un partenaire très convoité, comme on l’a vu dernièrement avec le voyage présidentiel. Un binôme Occident-Chine peut-il se construire, affaiblissant considérablement le Moyen Orient et de l’Afrique ?

L’univers religieux chinois est en veille depuis la Longue marche. Le Bouddhisme, le Confucianisme, le Taoïsme, le Christianisme sont-ils des forces qui compteront de nouveau, réveillée par les injustices et les insatisfactions générées par la société de consommation ? Il semble que les ruines laissées par le communisme ont encore des cendres incandescentes. Un retour du spirituel ne serait pas étonnant. Est-ce utopie de ma part ?

P. Baldet

N.B. : Si la question des droits de l’homme vous intéresse, le CEADNET, dans sa rubrique Theonet, propose une session à ce sujet.

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