En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 4 août 2010
Domenikos Theotokopoulos, dit LE GRECO
Tête du Christ
Vers 1600, huile sur papier collé sur panneau de bois, 10,2 x 8,6
Collection Pérez Simón, Mexico
Le siècle d'or de la peinture espagnole recouvre le dernier quart du 16e siècle et la totalité du 17e., cette époque correspond à l'apogée politique et économique de l'Espagne, devenue sous le règne des Habsbourg la première puissance européenne. L'Espagne chrétienne s'est reconstituée au prix d'une « reconquête » sur les Arabes, d'où sans doute un ultra catholicisme. Les Jésuites , chefs de la Réforme Catholique et gardiens de l'orthodoxie, appliquent avec zèle les décrets du Concile de Trente concernant le contrôle des images. Le catholicisme devint le fer de lance de la formation de l'identité espagnole. Le 16e fut aussi l'époque d'un grand élan spirituel, mystique, missionnaire et charitable avec Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola, François Xavier ou Jean de Dieu.
L'exposition consacre une section à la peinture religieuse : « les maitres anciens, le regard tourné vers Dieu ».
La peinture espagnole fut longtemps tributaire des modèles flamands et italiens. Quand il s'agira de décorer l'Escorial, Philippe II fera venir le Greco, peintre crétois formé à Rome. Mais l'approche complexe des thèmes religieux par le peintre ne cadrait pas avec la simplicité post-tridentine exigée par Philippe II. Le Greco se replia sur Tolède et devint le premier à créer une image de cette société espagnole aristocratique et catholique. Il réalisa pendant plus de 30 ans, entre Madrid et Tolède, de grandes peintures de retable, des tableaux de dévotion et de nombreux portraits.
Dans cette tête de Christ, on retrouve en miniature les caractéristiques de Greco : la simple tunique rouge arrondie autour du cou, le visage allongé, fine barbe pointue, légère moustache. Un nimbe losangé qui se détache sur un fond brun gris. Ses yeux sont remplis de larmes, traversés par une verticale lumineuse, selon une pratique visible dès 1577. La joue gauche et le cou sont modelés par l'ombre. La peau est magnifiquement suggérée par des taches violacées et des coups de pinceau blanc ou gris.
Quoique de toutes petites dimensions, cette peinture est exécutée avec la rapidité d’une esquisse. La vigueur et la liberté des coups de pinceau donnent à cette image une humanité poignante.
La Réforme tridentine encouragea le renouveau du culte des martyrs de l'Église primitive. Ainsi Jusepe Ribera produit plusieurs tableaux sur Jean Baptiste, dont cette tête posée sur un plat, tableau qui connut un grand succès en Espagne et à Naples au 17e. Le sujet préféré de Ribera fut Saint Jérôme. L'exposition en présente une peinture de méditation, concentrée sur le visage en contemplation du saint qui tient le crucifix et le crâne.
Nous retrouvons encore une Immaculée Conception de Bartolomé Murillo (1617-1682). En effet en 1664, la bulle Sollicitudo réaffirmait le droit à cette dévotion qu'avait reconnue un décret pontifical de 1622, ainsi la nouvelle popularité de cette dévotion explique qu'elle soit devenue un des thèmes favoris de la clientèle de Murillo. Il en fixe sa propre typologie, dont le dynamisme porte les traces du goût baroque qui s'impose alors en Espagne. La jeune Vierge est couronnée d'un halo de lumière. Elle s 'élève dans une gloire dorée entourée de légers nuages sur lesquels des angelots brandissent quelques insignes inspirés des laudes mariales.
L'exposition se termine avec plusieurs impressionnants tableaux de Salvador Dali (1904-1989), en particulier une Ascension qui date de 1958. La carrière de Dali est marquée par un esprit provocateur, et profondément spirituel, accompagné d'une technique picturale remarquable et d'une vaste culture artistique. Il fut à la tête du mouvement surréaliste bien qu'il en fut expulsé par André Breton en partie à cause de son engagement politique. Les années 1950 furent marquée par la revendication ouverte et proclamée de son catholicisme, de ses expériences mystiques et par l'affirmation de son intérêt pour la physique nucléaire. Le Christ de saint Jean de la Croix inaugure une série de peintures du Christ donnant l'illusion des trois dimensions, suspendues dans un univers sombre qu'éclaire violemment l'image divine. Son interprétation de l'Ascension serait issue d'un rêve cosmique qu'il aurait eu en 1950 : la vision du noyau d'un atome qui lui aurait révélé l'image du Christ unifiant l'univers. Le spectateur est placé sous le corps du Christ, dont le raccourci depuis les plantes des pieds aux bras étendus est tout a fait impressionnant. Les doigts recroquevillés enserrent la totalité de l'univers qu'il a unifié par sa mort et sa résurrection. Un grand cercle transparent est dominé par la colombe du Saint Esprit et symbolise le retour du Christ vers son Père. Le visage du Christ est invisible. Et au sommet la tête de la Vierge, sous les traits de sa femme Gala, pleure encore la passion de son fils avec des larmes bien visibles, à la manière des Vierges flamandes.
Au-delà des peintures religieuses, cette exposition présente une riche sélection d’œuvres offrant un aperçu saisissant de l’évolution de la peinture espagnole à travers une éblouissante collection.