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COMMENCANTS ET RECOMMENCANTS

Publié le Mardi 5 octobre 2010

 COMMENCANTS ET RECOMMENCANTS

 

St Grégoire de Nazianze père reçu comme catéchumène (détail), 9e siècle, manuscrit grec, BNF département des manuscrit 

 

 




LES BAPTISES : COMMENCANTS ET RECOMMENCANTS

 

La vie chrétienne commence par le baptême, les trois sacrements de l’initiation chrétienne étant liés, baptême, eucharistie et confirmation. Cette initiation était offerte comme un parcours par étapes aux candidat(e)s à la vie chrétienne en Eglise. Aux premiers siècles le cheminement était lié à celui du Carême pour un baptême durant la Vigile pascale. La théologie de cette initiation chrétienne est illustrée par Les catéchèses mystagogiques de Cyrille de Jérusalem (Sources Chrétiennes 126, 1966-2004) et 8 Homélies baptismales de Jean Chrysostome pour la semaine après Pâques (sources Chrétiennes 50, 1870-1985). Commencement, cheminement et « caractère » sacramentel marqué par le Saint Esprit.

 

Au cours des siècles cette tradition du « commencement » de la vie chrétienne par l’initiation baptismale perdit peu à peu une part de sa signification pratique. Cela fut dû en grande partie à la place prise par le baptême des petits enfants. Ce baptême est attesté dans le Nouveau Testament avec le baptême des maisonnées comme celle du centurion Corneille (Ac, 10,47). Un mot clé est la trace de ce baptême possible des enfants : « N’empêchez pas les enfants de venir à moi » (Mt 19,14). Mais c’est l’insistance de la théologie du péché originel depuis Augustin d’Hippone, qui va presser les chrétiens à demander le baptême des petits enfants « quam primum », dès que possible, pour leur éviter le châtiment éternel, sans attendre que la mère soit relevée de couches. On peut parler de baptême prématuré, d’un commencement de la vie baptismale anticipé. Il n’y eut même pas de rituel du baptême adapté jusqu’au XXème siècle qui ne connaissait que le Rituel du baptême des adultes. Il fallut alors inventer d’autres rituels de commencement de la vie chrétienne pour ceux-là même qui avaient été baptisés précocement : communion privée et solennelle, plus récemment la profession de foi et la place flottante de la confirmation comme si elle n’avait pas été donnée avec le baptême. A baptême venu trop tôt, chemin chrétien incertain.

On peut voir un signe des hésitations liées au baptême des petits enfants avec les débats que l’on a vu resurgir autour des années 1950 et encore aujourd’hui. Peut-on refuser le baptême demandé par des parents pour leur enfant? Pour qu’une réponse ne soit pas totalement négative il a été éventuellement proposé un premier rite d’accueil dans la communauté chrétienne réunie pour une célébration, une inscription de l’enfant dans l’attente de son baptême après « l’âge de raison », en le liant à une

« profession de foi ». La plupart des parents refusèrent cette solution, plus spécialement les non pratiquants qui voulaient solenniser la naissance de leur enfant sans perspective minimale de foi et de la croissance de foi de l’enfant. Trop souvent les parents s’adressait alors à une paroisse voisine ou rurale qui n’avaient pas les mêmes exigences. Pourtant il y avait la référence à la tradition protestante, luthérienne surtout, qui offrait le baptême-confirmation vers quinze ans après la catéchèse de l’Ecole du Dimanche. Sur le fond ne peut-on pas refuser un baptême apportant une « grâce automatique », sans qu’il y ait une découverte et un acheminement de la Parole de Dieu : « Un bain d’eau qu’une parole accompagne » (Ep 5,26). Le débat vient d’être renouvelé (2009) lorsqu’un prêtre du diocèse de Nantes a refusé le baptême pour un troisième enfant d’un famille dans les deux premiers, baptisés, n’avaient pas été catéchisés. Les médias ont mal présenté la situation de la mère et la proposition faite d’un recyclage accéléré pour les ainés qui le refusèrent parce que sans intérêt pour eux ! Faut-il alors parler d’une « interruption volontaire de vie chrétienne » ou de « préservation pour le meilleur commencement baptismal » ?

 

Heureusement le XXème siècle ecclésial offre des perspectives positives pour les « commençants » nouveaux du « catéchuménat ». Avec le catéchuménat pour des adultes demandant le baptême, l’Eglise renouait, tardivement avec l’initiation chrétienne des premiers siècles. Des « païens » d’alors découvrant la vie chrétienne se voyaient offrir le parcours des « commençants » avec une catéchèse liant la prédication de la Parole de Dieu, des gestes liturgiques d’étape en étape et la présence d’une communauté chrétienne témoignant de sa foi. La tradition du catéchuménat est vivante au XIXème avec les « missions ». Le Cardinal Lavigerie donne des instructions très adaptées aux Pères Blanc missionnaires en Afrique. Mais aujourd’hui la mission est à vivre à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur. De « nouveaux païens », nés hors église, souvent dans une culture non occidentale découvrent à leur tour la vie chrétienne à travers des rencontres individuelles ou des témoignages communautaires. Ils peuvent avoir de 20 à 80 ans et demandent le baptême. Chaque paroisse propose des équipes d’accompagnement diversifiées, des étapes liturgiques communautaires (inscription, Pater, Credo). Les catéchumènes reçoivent le plus souvent le baptême durant la Vigile Pascale à la cathédrale. La coordination nationale du catéchuménat a permis de former les accompagnateurs et de proposer des premières analyses de l’expérience. Les catéchumènes très entourés durant leur préparation se trouvaient parfois perdus et ignorés dans la paroisse. Comme d’autres paroissiens eux-mêmes. Comment faire se coupler davantage formation des catéchumènes et formation paroissiale permanente ? Nous allons retrouver cette question avec les « recommençants ».

 

En effet la mise au point de la pédagogie catéchétique pour le catéchuménat des adultes commençant leur chemin de foi va permettre de s’intéresser activement à la formation chrétienne des adultes en général. Ce fut d’abord avec le souci d’une préparation familiale lors de la demande du baptême d’un enfant. Même attention pour l’accueil des futurs mariés (C.P.M. Centre de Préparation au Mariage, 8 bis rue Jean Bart, 75006 PARIS). Les préparations au mariage et au baptême furent aussi utiles pour les accueillants que les accueillés. Un certain nombre de ces adultes baptisés pouvaient se trouver distants de la vie ecclésiale et de sa pratique. S’ils voulaient se rapprocher que pouvaient on leur proposer ? On appela « recommençants » ces chrétiens baptisés qui ont mis leur foi en veille. A la faveur d’un événement déclencheur (mariage, baptême, deuil) ils se posent à nouveau des questions sur la foi. Il y a toujours la possibilité d’ouvrir à neuf la Bible, mais la lire seul, n’est pas la meilleure approche. Il faut trouver une structure d’accueil ; celle-ci a besoin de se coordonner au plan national. Il ne s’agit pas seulement de vérifier et compléter ses connaissances. Les besoins des « recommençants » sont très spécifiques. Car il faut d’abord se débarrasser des souvenirs de mauvaises catéchèses et des opinions toutes faites. Il faut créer des lieux où ils peuvent être écoutés, selon leur histoire croyante personnelle, en tenant compte notamment de leurs blocages avec l’Eglise. Ce qui va supposer de la souplesse dans le dialogue et du temps. Ces « recommençants » peuvent déranger comme le titre du livre d’Elisabeth Chenevez : « Ces chrétiens qui dérangent. Les recommençants » (Nouvelle Cité, 2009). Les formules peuvent être variées, mais toujours en incluant un moment convivial, comme le repas d’accueil dans les Groupes Alpha (cf. CETAD Actualités du 2/02/2008 ). Il est important que cette invitation aux « recommençants » soit le souci d’une paroisse et de ses responsables pour que soit manifestée la dimension communautaire de la foi. Henri Bourgeois (décédé) a été l’animateur efficace de la réflexion sur les « recommençants » (H. Bourgeois, Redécouvrir la foi. Les recommençants, DDB, 1993).

 

La requête de prise en compte par les « recommençants » ne peut se faire qu’en soulignant le lien entre commencement du baptême et réveil du baptême chez les « recommençants ». Mais n’est-ce pas également de souligner que tous les « commençants » ont à être de perpétuels « recommençants ». La naissance de la foi, accueil du don de Dieu est permanente, comme le don de Dieu lui-même. Il n’y a pas de monopole du recommencement. Nous sommes tous, les baptisés, des recommençants encore et toujours. Car le chemin de la foi est celui de Moïse qui, selon Grégoire de Nysse, « ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont pas de fin » (Homélie sur le Cantique des Cantiques, PG 4, 940).

 

CETAD P.J.

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