En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 9 décembre 2004
L'Incarnation du Seigneur Jésus :
La particularité chrétienne se révèle dans cette manifestation particulière de Dieu en la personne de Jésus Christ:
Un jour du temps, il y a - 2000 ans, les chrétiens croient que Dieu s'est manifesté, incarné et a demeuré parmi nous.
Un retournement spirituel.
Dieu prenant naissance parmi nous, au cœur de l'humanité: c'est l'occasion d'un retournement spirituel: Dieu n'est plus à chercher (comme on cherche un absent) mais à accueillir (puisque déjà là).
Le chemin spirituel chrétien est donc de chercher comment accueillir celui
qui est déjà là et qui désire la rencontre.
Petit excursus à propos du «paganisme»: le paganisme est la tentation toujours récurrente de s'inventer dieu, de se créer une divinité selon notre désir historique, social, psychologique.
Le paganisme à la fois s'invente un dieu et cherche à le satisfaire, ou à en s'en défaire par une relation de défiance a priori.
A l' inverse, la tradition juive inaugure le récit de la création en manifestant un rapport de bonté entre Dieu et la création (« Dieu vit que cela était bon », cf. Gn 1) et un désir d'Alliance entre Dieu et le peuple.
Le christianisme affirme un désir absolu et radical de désir de salut pour l'humanité (il est mort pour le salut de tous, il est mort pour nos péchés (1 Cor 15, 3) et un désir de rencontre de tous les humains ( « de toutes les nations faites des disciples » Mt 28, 20).
Lors de Nativité, Dieu se manifeste dans l'offre gratuite de salut qui prend racine dans les vies les plus ordinaires (l'adoration des bergers, Lc 2, 8) et qui se manifestent à tous ceux qui le cherchent quelque soit leur origine (l'adoration des mages Mt 2, 1).
Là encore on peut parler de retournement, car le païen cherche toujours un dieu, dans les lieux des dieux :Temple, or, puissance, sacrifice.
La démarche spirituelle en est nécessairement bouleversée, retournée, c'est le combat pour la justice et le droit qui est « lieu spirituel ».
Chaque autre, même le plus faible est pour le croyant « figure du Christ » et le christianisme s'engage historiquement dans la voie de l'intérêt pour chaque personne (intérêt souvent bafoué, mais toujours redit comme une nécessité absolue). Et de là on peut y enraciner des idées fondamentales dans l'histoire de l'Occident l'idéologie des Droits de l'Homme, le développement de l'individualité, l'émergence de la modernité... sont autant de conséquences de cet intérêt pour l'individu en tant qu'individu.
Autre proposition de méditation, Dieu «petit enfant» symbolise aussi que Dieu demande que l'on fasse « attention à lui ». La vie spirituelle chrétienne consiste alors à «prendre soin de notre foi en Dieu », comme Joseph s'est «mobilisé »pour sauver l'enfant (cf. la fuite en Egypte Mt 2, 13).
Dieu toute-puissance d'amour :
L'Incarnation, de la Nativité à la Croix, conteste le concept païen de « toute- puissance divine ».
Ce concept est bâti sur un schéma politique (la tyrannie) et mythologique (les dieux grecs) que réfute le christianisme.
Même si l'homme païen résiste toujours dans le chrétien et que les croyants sont constamment tentés de donner à Dieu cette conception de toute- puissance.
Or il importe vraiment pour les chrétiens de s'en défaire, car qualifier Dieu ainsi pose de vrais problèmes spirituels et théologiques.
Avec les horreurs du XXème siècle, celui des massacres en grand nombre et des perversions politiques (totalitarisme et dictature) comment parler encore d'un dieu « tout-puissant » ? Cela fait de Dieu au mieux un absent distrait, au pire un complice (un pécheur par «action ou par omission », (c'est à dire qu'on lui impute nos péchés !).
L'Incarnation du Fils nous invite à accueillir l'Esprit du serviteur souffrant pour reconsidérer notre conception de la toute-puissance. C'est à la fois récent (XXème ) à la fois ancien (cf. St. François en Terre Sainte).
La vraie toute-puissance de Dieu c'est celle de l'amour et de la foi (de la confiance en Dieu). Jésus au procès parce qu'il vit dans l'amour du Père est «puissamment libre » envers toutes les autorités. Il demeure libre, il permet que les bourreaux s'interrogent sur le sort de ce juste. Même dans son cri d'abandon (Mc 15, 34) le Fils en appelle encore à Dieu comme le seul qui peut donner une juste réponse, face à celles du monde, mensongères et tentatrices.
Jésus est la figure incarnée du serviteur souffrant, serviteur rejeté et pourtant Fils victorieux de la mort.
La foi est donnée aux croyants pour croire en cela. Et la vie nous fait faire des expériences de toute-puissance d'amour s'occuper de quelqu'un, veiller un enfant malade, recueillir la confiance d'un jeune qui grandit, avoir confiance pour un projet, grandir dans cette confiance, c'est tout cela qui rend fort et libre. Ce sont des expériences de toute-puissance différentes de celles du monde et qui ouvrent à de l'avenir.