En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Le tsunami

Publié le Vendredi 28 janvier 2005

Les évènements dramatiques du raz de marée qui a eu lieu en Asie du Sud Est a déclenché un immense élan de solidarité internationale. Chacun ne peut que s’émerveiller. Elan de dons financiers, en nature, de mobilisation dans tous les secteurs d’activité, aussi bien au sein des grandes ONG que des « clubs » dans de tous petits villages, pour réaliser des collectes, élan de prières, temps d’adoration organisés dans toute la France.

Mais qui ne se pose pas la question, pourquoi tant de malheurs, tant de mal, où est Dieu dans tout cela ? nous sommes ramenés au cœur du mystère du mal, comment Dieu peut-il permettre tout cela ? Les chrétiens ont de tout temps tenté de réfléchir et essayer de comprendre… mais en vain. Le mal est présent partout, chacun en fait l’expérience. Il touche les bons comme les méchants. Que de victimes innocentes au cours de l’histoire. Alors pourquoi prier Dieu ? Les psalmistes s’interrogeaient déjà « Jour et nuit les larmes sont mon pain, quand on me dit tout le jour : où est ton Dieu » (Ps 42,4).

Cette interrogation ancienne est toujours présente devant la maladie, sociales, les fatalités naturelles comme le tsunami.

Est-ce que croire aujourd’hui à la présence de Dieu parmi nous change quelque chose ? Job déjà s’affligeait « l’innocent comme le scélérat, Il l’anéantit » (Jb 9,22).

Le mal est un scandale, il est normal qu’on se révolte, qu’on demande à Dieu pourquoi les catastrophes naturelles, ce raz de marée, ces morts, ces familles brisées.

Job accumule les griefs contre Dieu, il Le harcèle et ne désespère pas de trouver une réponse. Job accuse Dieu mais ne doute pas de son existence, malgré le silence. Job fait tout pour entrer en contact avec Dieu, il espère et cette espérance ne sera pas déçue « je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant mes yeux t’ont vu » (Jb 42, 5). Il affirme la possibilité d’une certaine expérience directe de Dieu « je sais bien moi, que mon rédempteur est vivant, que le dernier il surgira de la poussière » (Jb 19,25)

Cependant même si on a une foi très forte, et que l’on peut avoir personnellement avoir fait l’expérience de la sollicitude de Dieu, devant tant de mal on peut être prêt de flancher.
Qu’est-ce que ce mal ?

Saint Augustin le définit non pas comme un être mais comme un « non-être », ou absence d’être ou diminution d’être. Augustin affirme donc que le mal n’a aucune réalité autonome, il est un manque, et on ne peut le comprendre que par rapport à l’être et au bien. Mais cela ne convainc pas.

Saint Thomas d’Aquin voit dans le mal le plus redoutable ennemi de la foi en Dieu. « Quand on prononce le nom de Dieu, on l’entend d’un bien infini. Donc si Dieu existait il n’y aurait plus de mal, or l’on trouve du mal dans le monde, donc Dieu n’existe pas » (ST I q2 a3). Thomas écarte cette objection en disant que Dieu permet le mal et peut à partir du mal obtenir un bien.
Comment un bien futur peut-il justifier le mal présent ? la contradiction entre Dieu et le mal existe bien. Nombre de philosophes et théologiens se posent la question. Certains voient en Dieu la méchanceté, d’autres accusent l’homme et son péché originel. Job déjà soulignait l’existence avant l’homme d’un mal déjà-là (le serpent). Le mal est donc mystérieux, inexplicable, mais qui est là, qui rode autour de nous.

Donc chrétien ou non, pas de réponse au problème du mal ; le chrétien n’a pas d’explication plus pertinente. Job avait rejeté toutes les théories de son entourage, notamment la théorie du mal comme punition. Jésus aussi s’insurgeait et refusait que la cause du malheur de l’aveugle-né soit le péché de ses parents. Jésus accueille la fragilité de l’existence toujours exposée à l’irruption inattendue du malheur. Jésus appelle à la foi sans donner l’explication du malheur. Il ne répond pas aux désirs humains de richesse, de bonheur, de puissance comme ceux proposés par le diable au désert. Pas de bonheur immédiat acquis pour toujours.

Alors Dieu ne supprime pas le mal ? Non, mais Il est à coté de l’homme dans l’épreuve. Dieu ne se substitue pas au destin de l’homme, Il l’accompagne. D. Bonhoeffer, dans sa prison avant d’être exécuté par les Nazis, écrivait « Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement Il est avec nous et nous aide ».

Dorothée Sölle, théologienne allemande, propose une attitude fondamentale du combat du chrétien contre le mal dans son ouvrage choisissez la vie (Wählt das Leben, Kreuz Verlag, Stuttgart 1973). Ce qui permet de choisir la vie, c’est le fait que la mort de Jésus n’est pas une fin, mais un commencement, la résurrection qui bouleverse la vision de l’homme. C’est en elle que le chrétien puise le sens et la force de son combat contre toute les puissances de mort qui sont dans la nature, dans la société, en nous et qui s’oppose à la vie ; elle analyse trois phases pour engager ce combat : d’abord celle du silence, de la souffrance muette, puis celle de crier sa souffrance et la 3e phase aboutit à la solidarité.

Finalement, devant de tels malheurs, nous ne pouvons que tendre la main, matérielle et spirituelle, dialoguer si possible, et aussi faire avancer le maximum la recherche scientifique pour scruter l’univers, et devancer toujours plus les déréglages de la nature et de partager les résultats de ces recherches avec les pays exposés.

Si vous souhaitez réfléchir plus avant, nous vous proposons de poursuivre en venant rejoindre nos sessions sur Dieu et le mal notamment, sur notre site CETADNET.


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