En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

La commémoration d’Auschwitz

Publié le Mardi 15 février 2005



La commémoration d’Auschwitz

L’unanimité ne peut que se faire devant l’horreur des camps de concentration. Juste après l’énormité des ravages du tsunami, c’est la commémoration des camps d’Auschwitz, violence, horreur, cette fois dues à la folie de l’homme.

Il fallait faire mémoire. Même si on n’est pas allé soi-même à Auschwitz Birkenau, les articles de journaux, les images de la télévision, les témoignages des survivants ne peuvent pas ne pas nous impressionner et nous bousculer.

Tout ceci a bouleversé chacun, il nous fallait aussi en parler mais nous savons que tout ce qui peut être dit ne sera jamais au niveau des souffrances vécues et de l’horreur programmée.

Depuis 15 ans le religieux allemand Manfred Deselaers tente d’instaurer un dialogue entre les juifs qui voient en Auschwitz « une coresponsabilité de la chrétienté, les Polonais le symbole de la résistance religieuse et les Allemands la trace de leurs fautes ». « Il faut, dit-il, que Auschwitz ne reste pas seulement un lieu de destruction de l’homme, mais devienne un centre de reconstruction de l’homme et des relations humaines ».

Le principe de purge ethnique contre les juifs, que toutes les communautés accusent, est-il vraiment une histoire ancienne ? Où en est l’antisémitisme ? où en est le racisme ? La leçon d’Auschwitz est-elle entendue quand on observe les luttes entre ethnies qui continuent à exister. La conférence des évêques de France demande à nouveau à toutes les églises de ne jamais se relâcher pour dénoncer toute forme d’antisémitisme « quelles que soient ses origines, comme une attitude absolument inconciliable avec la foi chrétienne. L’antisémitisme est une faute à la fois contre Dieu et contre l’homme » (Conseil Œcuménique des Eglises, Amsterdam 1948).

Paul Ricoeur élargit la réflexion à tout barbarie envers les juifs comme envers d’autres peuples : « les victimes d’Auschwitz sont, par excellence les délégués, auprès de notre mémoire, de toutes les victimes de l’histoire » (Temps et récits III, le Seuil ). On ne peut oublier le drame d’Auschwitz surtout quand on sait que bien d’autres drames semblables continuent à déchirer les peuples.

Il faut pourtant regarder en face le caractère absolument singulier du génocide juif programmé par l’idéologie nazie.
Au XXe les guerres et les dictatures ont perpétré de nombreux massacres : Arménie, Argentine, Chili, Cambodge, Balkans, Tchétchénie, Ruanda et autres pays africains. On peut y rajouter les violences et même les tortures présentes dans nos vies quotidiennes.
Le danger de la banalisation est de ne voir que le résultat en montrant que la « Destruction des Juifs d’Europe »(R.Hilberg), n’est qu’un cas parmi d’autres d’extermination.
Elle est cependant spécifique par l’intentionnalité du régime nazi. Régime politique voulant vivre mille ans, construit sur la suprématie de la race aryenne qui se trouve en haut de l’évolution de l’espèce humaine, le nazisme s’est donné une raison de purification. Ce régime prétendait faire l’histoire et donc ne pouvait que s’opposer à un peuple qui affirme que seul Dieu maîtrise l’histoire. Enfin les juifs sont un peuple qui montre que l’homme ne se mesure vraiment que face à Dieu en pouvant se tenir debout devant lui. C’est parce le juif « est » qu’il devait être exterminé. Il n’y a pas de raison politique à l’extermination contrairement aux autres génocides. Le génocide qui a été scientifiquement programmé et méticuleusement mis en œuvre, a légitimement interpellé la conscience humaine bien au-delà d’une appartenance politique.

Devant toutes ces horreurs, on se demande que fait Dieu devant le spectacle de cette barbarie, pourquoi laisse-t-il faire ?

Les différents textes écrits des juifs dans les camps que la presse nous fait lire ces jours-ci sont admirables. Que de pourquoi, que d’incompréhension devant le mal, d’incompréhension devant la non intervention de Dieu, d’appels vers Dieu qui ne répond pas.

Dieu ne peut pas ne pas intervenir. Mais alors quelle est la forme de son intervention ? Où est Dieu ? demande Martin Buber (Les chemins de l’homme, ed. du rocher 1982) : Il se trouve là où on le fait entrer », « Dieu veut entrer dans son monde, mais c’est l’homme qui veut y entrer. Voilà le mystère de notre existence, la chance surhumaine du genre humain ».

Ne croyons-nous pas que Dieu peut venir et être refusé ? « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1,11). Dieu entre quand on lui ouvre « Voici que je me trouve à la porte et que je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap 3,20). D’après leurs témoignages, ceux qui ont puisé leurs forces en Dieu dans les camps sont ceux qui ont fait entrer Dieu dans leur vie.

A. Gesché s’interroge sur le salut dans la société (La destinée , Cerf 1995), en soulignant la responsabilité donnée à l’homme : « Le sort de Dieu nous est confié dans la mesure où, porteurs de Dieu dans ce monde, c’est de notre attitude que dépendra la connaissance et l’image de Dieu que les hommes se feront. Bien plus, Dieu lui-même, si l’on peut dire, ne pourra être tout à fait tout-puissant, bon, juste, sauveur vis à vis de tel homme, que si, à tel moment et dans telle circonstance, je suis bon et juste pour cet homme, j’exerce en quelque sorte à son égard la puissance de salut dont Dieu m’a fait commandement. Comme le disaient les Pères de l’Eglise, nous sommes les mains et les bras de Dieu. »

Dieu est discret, présent mais silencieux. Si Dieu est bon, Il ne peut être impassible. Il nous a confié les personnes en danger, mais que sommes –nous devant la puissance du mal que seul le Seigneur peut maîtriser ? Dieu nous fait confiance et nous invite à lui faire confiance envers et contre tout.

Le silence de Dieu est évoqué le plus souvent dans les situations extrêmes. Les croyants interpellent Dieu et à l’inverse quand le bonheur nous entoure, demandons-nous « pourquoi » ? Nous trouvons cela normal. Simone Weil le remarque « le beau aussi nous oblige à nous demander pourquoi. Pourquoi cela est beau ? Le pourquoi du malheur dure des heures, des jours, des années ; il ne cesse que par épuisement. » (L’amour de Dieu et les malheurs publié dans Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Gallimard 1962).

De la même manière Job interpelle Dieu du plus profond de sa souffrance ; le Seigneur, sans lui donner la moindre explication, le replace devant l’infinie beauté de sa création.
« Où étais-tu quand je fondai la terre ? dis le moi puisque tu es si savant .
.. Quelqu’un ferma deux battants sur l’Océan quand il jaillissait du sein maternel, quand je lui donnais les brumes pour se vêtir et le langeais de nuées sombres ? … » (Jb 38, 4,8-9.)

Quand le malheur est là, l’homme interpelle Dieu comme s’il était victime d’un injustice, quand tout va bien il ne se pose pas la question. Il ne s’interroge pas sur la présence discrète du Créateur au sein de l’amour, du dévouement, des beautés de l’univers, de l’avancée de la science.

Devant les horreurs des hommes Dieu est mis en accusation et l’espérance chancèle.
Mais ne faut-il pas d’abord dénoncer la perversion de l’homme qui est capable de déchaîner tant de souffrance, et envisager de lutter ensemble contre cette perversion. Si Dieu ne répond pas s’agit-il de silence de Dieu ou de démission des hommes ? « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent point » (Jr 5,21).
Dans toute la Bible ne trouve-t-on pas cette longue plainte de Dieu qui est blessé par notre surdité ? Cette blessure de Dieu nous la contemplons dans la crucifixion de Jésus, qui elle même est l’espérance du chrétien. Dieu est venu chez nous, dans notre malheur, Jésus a partagé notre condition d’homme, et Dieu l’a ressuscité, entraînant avec lui tous ses frères humains.

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