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Exposition Rembrandt au Louvre

Publié le Dimanche 24 juillet 2011

Exposition Rembrandt au Louvre

 

Rembrandt,1606-1669,   "Tête du Christ 1648-1650


Au Louvre à Paris est présentée une exposition « Rembrandt et la figure du Christ ».

 

L’exposition n’a pas pour but de présenter un florilège de représentations du Christ, tout au contraire, il s’agit – à partir d’un groupe d'œuvres précis, toutes montrant Jésus en buste – de mettre en scène une énigme exprimée par Rembrandt lui-même : représenter le Christ d'après nature, sur le vif à Amsterdam en plein 17e. Rembrandt, tentant de revenir à une image du Christ, aurait fait poser un jeune homme de la communauté juive d'Amsterdam dans son atelier.


Ce que les admirateurs du début du 20e trouvaient de si fascinant dans ces images du Christ, c'était l'audacieux processus par lequel Rembrandt redéfinissait Jésus non plus comme une figure héroïque incarnant la souffrance, mais comme un être introverti et réservé dont la simple existence force au respect l'esprit et l'imagination du spectateur. Le Christ devient ainsi un objet de méditation non pas en raison de sa souffrance, mais par sa seule présence.

 

Les deux œuvres principales, les pèlerins d'Emmaüs du Louvre et la pièce aux cent florins (ou la prédication du Christ, ou laissez venir à moi les petits enfants) datent toutes deux de la fin des années 1640. Elles marquent un changement d'orientation significatif dans le traitement par Rembrandt des sujets religieux, vers une conception plus apaisée et méditative. Dans ces deux œuvres, il émane de la figure du Christ, une tranquillité et une sérénité sublimes, contrastant avec le drame humain que les autres personnages sont en train de vivre. Jésus devient l'objet d'une méditation profonde, auparavant il était au centre de scènes théâtrales.

 

C'est vrai qu'auparavant Rembrandt avait représenté la résurrection de Lazare (vers 1632) : cette gravure est étonnante : Jésus est vu de dos et son visage en profil perdu est peu visible, et pourtant c'est lui qui dirige l'action et façonne le drame. D'autres gravures et tableaux mettent en scène un Christ dont les actions sont énergiques et décisives. Le Christ est présenté dans une lumière intense, tout est « bouleversant ». Au fur et à mesure la présentation du sujet se fait plus concentrée , exempte de toute référence à un espace étendu (pas d'accessoire) et Rembrandt continue d'exploiter les effets de clair-obscur en plaçant l'essentiel de la figure du Christ dans une ombre profonde, bien que son visage soit entièrement éclairé.

 

Après 1640, les œuvres religieuses de Rembrandt manifestent un sentiment de quiétude croissant,et évoque l'austère simplicité de l'Église chrétienne primitive.

Il s'intéresse à la manière dont les spectateurs perçoivent le Christ et à leurs réactions (apparition du Christ après la résurrection), comme le Christ apparaissant à Marie Madeleine sous l'aspect d'un jardinier où Marie Madeleine près du tombeau vide est effarouchée à la vue du Christ ; ou la gravure du Christ apparaissant aux apôtres où le Christ est présenté sous l'aspect d'une apparition immatérielle. L'effroi de saint Thomas reconnaissant le Christ (l'incrédulité de Thomas) est impressionnant.

 

Dès le début de sa carrière Rembrandt a montré son ambition de produire des images novatrices du Christ dépassant les œuvres d'un Van Eyck ou d'un Campin.. Dès 1631, dans le Christ sur la croix on voit que Rembrandt cherche à prendre ses distances vis à vis de la tradition, traits grossiers, expression de défi. Rembrandt utilise comme modèle ce qui semble être son propre visage pour décrire les souffrance de Jésus.

Puis les têtes du Christ produites par Rembrandt reprennent ceux d'un jeune homme au teint sombre, à la chevelure noire, au front bas et aux proportions bien réalistes. Ce nouveau Jésus a le même visage que ceux des modèles des portraits de jeunes juifs anonymes réalisés par Rembrandt.

La représentation du visage du Christ avait toujours été une pratique controversée de l'art chrétien, depuis le mandylion (représentation miraculeuse du visage du Christ sur un linge), en passant par la crise iconoclaste, le caractère licite de l'art religieux constitua un enjeu fondamental pour la Réforme Protestante, et faire le portrait de Jésus était encore une activité périlleuse à l'époque de Rembrandt.

Les études techniques des œuvres de Rembrandt ont indiqué  qu'elles furent peintes d'après un modèle vivant, en particulier leur nature d'ébauches, leur traitement essentiellement dans le frais, et un degré homogène d'immédiateté avec le sujet.

Les têtes du Christ ne montrent plus l'auréole archaïque ou le rayonnement autour du visage. Rembrandt donna un caractère très clairement humain à son Christ en faisant allusion à ses origines terrestres juives, à la spécificité de son aspect réel et à ses émotions très humaines. Et sur le plan technique, on remarque la liberté d'exécution, les griffures de certains instruments, pinceaux, couteaux etc.., et le caractère inachevé des œuvres.

 

Fait exceptionnel, l'exposition montre une série de sept têtes du Christ entre 1648 et 1656 dispersées dans différents musées du monde. Dans ces études au fond sombre, le Christ porte le même vêtement marron, la lumière illumine son visage; toutes les expressions allant de la douleur au recueillement sont représentées.

 

Oscillant entre lassitude et méditationsérénité et épuisement, c’est un Christ fondamentalement humain qui apparait, portant sur son visage les signes du fardeau qu’il doit supporter.

 

 Ainsi cette exposition interroge la possibilité de représenter le Christ d’après nature, Rembrandt se penche à la fois sur l'humain et sur le divin de Jésus.

 

 

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