En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 4 août 2011
Icone représentant le VIIe concile œcuménique
SYNODE DES SYNODES
Les Synodes diocésains en France (1983-1995)
Pour la Pentecôte 1995 le diocèse de Périgueux ouvrait la première session de son Synode. Au total alors 34 synodes diocésains en France depuis celui de Limoges (1983-1985) qui restera emblématique et sans compter un synode du Diocèse aux armées. La revue Jésus, Les cahiers du libre avenir avait demandé à Patrick Jacquemont de présenter quelques unes des expériences synodales de façon régulière : « Synode des Synodes ». (du numéro 61 en 1989 au numéro 86 en 1995), Jésus, les cahiers du libre avenir, 27400 Damville. Tout au long de cette période on peut disposer d’articles de revue et de livres indiqués en bibliographie. Le Secrétariat Général de l’Episcopat a fait le point sur l’état des Synodes, leurs orientations, leurs procédures, leurs conclusions : Document épiscopat, 18 décembre 1994 (106 rue du Bac, 75341 Paris Cedex 07)
Comment se sont déroulés les synodes?
C’est l’évêque qui après avoir écouté ses différents conseils, décide de la mise en route d’un synode. Le clergé était souvent réticent (Montpellier) à cause de la surcharge de travail et du poids financier. La constitution de l’équipe d’animation est capitale notamment le secrétariat général qui a pu être confié à des femmes (Grenoble, Vienne, Annecy, Le Havre…). La consultation diocésaine est faite avec des questionnaires parfois très largement diffusés (Beauvais, Lyon). Les pourcentages de réponses ont été très variés de 0,7% dans le diocèse d’Evry Corbeil à 9,5% dans celui de Sées.
Le dépouillement des questionnaires amène à un premier document synodal qui peut être un véritable Livre blanc (Les Cahiers d’espérance à Lyon. Il faut parallèlement organiser les élections qui permettront la constitution de l’Assemblée synodale, outre les membres de droit fixés par le droit canonique. Une loi synodale est promulguée dans chaque diocèse. L’assemblée synodale doit viser à regrouper l’ensemble de la population du diocèse, de 110 (Vienne) à 530 (Lyon). La place des laïcs varie de 53% (Angoulême) à 76% (Grenoble). Hommes et femmes sont à égalité dans les assemblées de Nanterre, Orléans, Toulouse. La moyenne d’âge est autour de la cinquantaine. Après les élections commence le travail de l’assemblée synodale qui en une, deux ou trois sessions, va rédiger un pré-cahier synodal, puis un cahier synodal. C’est à la dernière session que l’assemblée synodale propose des projets de textes et leurs amendements. Il y a alors délibération et vote. Les propositions sont votées à la majorité des deux-tiers et deviennent ainsi des projets de lois synodales.
Au terme du travail de l’assemblée synodale, il revient à l’évêque de promulguer les décisions synodales. Plusieurs évêques ont joint au document envoyé à Rome les annexes qui ne pouvaient être promulguées (accueil des divorcés-remariés à l’Eucharistie, ordination d’hommes mariés, des femmes). La promulgation des décisions synodales a pris le plus souvent la forme d’une grande fête (Bayonne) quelque fois contestée (Evry).
Quels sont les thèmes des synodes ?
(Documents Episcopat 18) Sur les 34 synodes diocésains célébrés en France depuis 183, cinq sont des synodes spécialisés : Dijon, les ensembles paroissiaux - Nanterre, « les ouvriers de l’Evangile et leur collaboration au sein des conseils pastoraux » - Sens, « la paroisse » - Paris, « Dieu nous ouvre les portes de la foi » - Valence, « Pour mieux vivre l’Eglise entre nous, au service des hommes de ce temps dans la Drôme ». Tous les autres synodes pourraient être qualifiés de généralistes.
Un premier groupe (Aix, Arles, Angoulême, Evry Avignon, Le Mans, Limoges, Nancy, Perpignan, Saint-Dizier) a utilisé le plan classique de l’ecclésiologie de Vatican II : une Eglise qui croit, qui vit, qui célèbre.
Un autre groupe de synodes (Annecy, Bayonne, Bourges, Lyon, Sens Auxerre, Toulouse, Vienne) a travaillé sur des thèmes formant l’un des chapitres des documents synodaux.
Un troisième groupe de synodes (Bordeaux, Grenoble, Marseille, Montpellier) a choisi deux grands pôle : la présence au monde (la mission) et la vie ecclésiale (la communion)
Quel que soit le plan choisi pour la rédaction des Actes Synodaux, on peut dégager un certain nombre de thèmes communs : la solidarité et les exclus, la famille et les jeunes, la formation, les vocations, la collaboration laïcs, prêtres et conseils, l’œcuménisme, les sacrements, la communication…
Quels fruits portent un synode?
C’est aux fruits qu’il faut juger un arbre. Angoulême a fait une évaluation trois ans après (Jésus n°72). Le diocèse de Beauvais a présenté les secteurs missionnaires mis en place après le synode (1986-1989). Les synodes ont dans presque tous les cas renouvelé les conseils existants ou crée de nouvelles instances (Aire et Dax, Bayonne, Bordeaux, Bourges, Evreux, Perpignan). Les Conseils diocésains de pastorale associent les laïcs à l’exercice de la charge pastorale des diocèses. Ils n’ont qu’un caractère consultatif mais ils représentent une avancée significative dans la voie de la coresponsabilité. Mais surtout, plus largement, l’exercice de la vie synodale a crée un mouvement de communication dans la vie du peuple de Dieu, communication interne avec l’exercice du débat, du dialogue, de la négociation, du décloisonnement des chrétiens ; communication externe avec les tracts, affiches, émissions de radio et conférences de presse. L’Eglise des catacombes n’est pas nécessairement aussitôt devenue l’Eglise des cathédrales mais elle est une Eglise de la communication qui n’est pas le monopole de quelques évêques mais la mission de tout le peuple de Dieu.
Quel avenir pour les synodes ?
Il faut sans doute qu’après un synode le diocèse reprenne souffle. Annecy après son « synode extraordinaire » de 1992 envisage - des « synodes ordinaires » pour des travaux précis et une période courte. Nanterre souhaite un second synode sous une forme plus brève. Plusieurs diocèses prévoient des évaluations au bout de cinq ans de chaque année. Faut-il parler comme le souhaitent certains de « synode permanent » pour l’exercice permanent de la vocation des baptisés ? La proposition d’une Conférence catholique des baptisés par les animatrices du Comité de la jupe, Anne Soupa et Catherine Pedatti a suscité la critique de la Conférence des Evêques, méfiante sans doute d’une structure qui lui échapperait (Actualités, CETAD 30/06/10). Ne peut-on envisager cependant dans l’Eglise d’autres formes de rassemblement non institutionnelles? C’était le propos des Forums des Communautés Chrétiennes en 1984 à Lyon, puis en 1988 Montpellier, en 1991 Strasbourg, en 1994 Angers, en 1995 Parc Floral de Vincennes, en 1997 CNIT, en en Lille, en 2002 Bruxelles, en 2005 Paris-Austerlitz, en 2006 Paris, en 2007 Paris, en 2009 Ivry-sur-Seine.
En 2010 un rassemblement inattendu a surpris mais est lui aussi significatif. « Les Etats généraux du christianisme : Notre époque a-t-elle encore besoin de Dieu ? (La Vie, Lille, sept 2010). Initiative catholique à qui l’on a pu reprocher l’appellation « chrétienne », jugée captatrice par les protestants notamment. Il reste que ceux-ci sont nos maîtres pour une longue pratique synodale, annuelle, nationale et régionale. Elle va se retrouver renouvelée en France par les nouveaux synodes réunissant Luthériens et Réformés (2002) en un unique synode.
Au terme de cette présentation « Synode des Synodes » il peut être utile de souligner deux question de fond posées par les synodes et leur importance pour l’Eglise de demain : la diversité et la démocratie.
La diversité dans les synodes
Le relevé des participants dans les synodes est assez satisfaisant. Il reste cependant la question des jeunes. A Evry il a fallu gonfler cette participation des jeunes au-delà des chiffres obtenus. Cette question a été très présente au Synode de Marseille (1988-1991) : Forum 18-25 ans repris en Assemblée générale, Forum des 14-18 ans avec des convictions qui deviennent une page du Cahier du Synode ; Forum des 11-14 ans avec un jeu et un chant demandé à Danielle Scialli. Même place aux jeunes à Grenoble avec un vaste jeu scénique sur le thème du voyage.
La question des migrants dépasse évidemment la compétence d’un synode. Elle n’a pas été oubliée cependant, ainsi au Synode de Nancy avec un chantier « Migrants » (17). Le Service Diocésains de la Pastorale des Migrants, a eu le droit d’élire quatre délégués et le souci des migrants à habité tout le Synode : « Pas d’exclus pour l’espérance » a souligné l’évêque de Nancy. (cf. Migrations et pastorale, 212, fév. Mars 1990).
Une troisième diversité à ne pas négliger est celle du monde rural. Le synode de Vienne était bien en situation pour donner place au monde rural dans les propositions soumises au vote. Proposition 1,7 : « Etre attentif aux mutations du monde rural ». « Synodes en Sève » (Sève, église d’aujourd’hui, n°536 ; mars 1992) insère la présentation des synodes dans une recherche et un approfondissement pour faire vivre l’espace rural et préparer l’avenir de l’Eglise. Différents diocèses à dominante rurale sont interviewés. Limoges, Beauvais, Evreux avec sa création d’un carrefour rural, Comité Diocésain de la Mission Rurale (CDMR) au Neubourg. Il soutiendra la mission des communautés chrétiennes et des mouvements d’Action Catholiques.
Démocratie et Eglise
Après la diversité manifestée par les synodes, il y a la question de la démocratie ecclésiale qui font apparaître ou non des synodes. Il est certain qu’il y a une sorte de coupure entre le mode d’élaboration et de discussion des lois synodales et la promulgation de ces lois qui revient au seul pouvoir de l’évèque. (P. Valdrini, Le synode diocésain dans l’histoire et dans le code, Session de droit canonique, 1988). L’évêque a donc un pouvoir absolu. On peut reconnaître qu’il n’en a pas abusé pour imposer ses vues ou celles d’une minorité. Les difficultés sont surtout venues lorsque des assemblées synodales ont voulue s’exprimer sur des points où l’autorité diocésaine ne pouvait contredire l’autorité romaine. Dans tous les synodes sont venues en débat la question de l’accueil sacramental des divorcés remariés et celle de l’ordination des laïcs mariés, hommes ou femmes. Était-il possible de voter sur ces points qui ne pouvait pas être à l’ordre du jour ? L’évêque de Beauvais a fait un choix différent et il a laissé voter neuf points chauds, « Les neufs cris du synode de Beauvais » (Jésus n°66, sept 1990, p.44). Ils ne pouvaient aboutir à aucune promulgation mais font partie du cahier annexe des Actes du Synode. On voit ainsi apparaître l’expression d’une opinion démocratique dans la vie synodale. Ce qui demande une réinterrogation sur Eglise et démocratie. (Patrick Jacquemont, “Fondements et fonctionnements de l’Eglise”, Jésus n°86, septembre 1995, p26-30).
P.J. CETAD. .
On peut poursuivre avec Theofacnet, Cours sur la Théologie de l’Eglise et Théopratnet, cours sur Vatican II
Synode des Synodes
Brève bibliographie
“Synode des Synodes”, revue Jésus, Les Cahiers du Libre Avenir, numéros 61, 63, 64, 65, 66, 68, 69, 71, 72, 73, 74, 75, 78, 79, 82, 86, de 1989 à 1995.
27240 DAMVILLE
Marie-Jo Hazars, “Voyage dans la France des Synodes”, Actualité religieuse dans le monde, n°66, avril 1989.
Monique Hebrard, Révolution tranquille chez les catholiques, Voyage au pays des synodes diocésains, Centurion, 1989.
Louis Trichet, Le synode diocésain, Collection Bref, Cerf et Fidès 1992, 129 p.
Georges Gilson, Les synodes diocésains, DDB, 1994.
Chantal Colin de Verdière, Document épiscopat, 18/12/1994.