En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Vendredi 18 février 2005
Les privations, le péché, les cendres, la violence collective… voilà le carême ?.. est-ce une manière de voir les choses. Naturellement non !
Carême, « quarante » jours avant Pâques, avant la résurrection du Christ d’entre les morts, de la victoire de la vie sur la mort. Tout nous invite à la joie : renouveau de la prière, l’insistance sur le partage, l’entraînement à la maîtrise de soi.
La carême peut devenir un moment privilégié de la recherche de sens : sens dans la vie spirituelle, dans la vie de travail, dans la vie sociale.
Pour cela il faut du temps : quarante jours, naturellement c’est un chiffre symbolique, comme les quarante jours et les quarante nuits du Déluge, les quarante années de l’exode dans le désert, les quarante jours d’intercession de Moïse sur le Mont Sinaï. Et l’on peut continuer en passant par les quarante jours de marche du prophète Elie, ou les quarante jours, délai annoncé par Jonas pour la destruction de Ninive et enfin les quarante jours et quarante nuits de Jésus dans le désert. Donc il s’agit d’un temps complet, d’un temps qu’il faut pour un changement profond.
Le carême invite à une expérience de vie, de découverte, de foi. Cela n’a rien à voir avec un entraînement sportif, saint Paul le rappelle dans la première lettre aux Corinthiens. Le jeûne qui plait à Dieu « n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug , renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs. N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? ou encore les pauvres sans abri tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu tu le couvriras, devant celui qui est ta propre chair tu ne te déroberas pas. Alors ta lumière poindra comme l’aurore et ton rétablissement s’opérera très vite. » (Is 58,6-8).
Donc on est loin des mortifications volontaires, certes il faut se donner les moyens pour implanter l’Evangile au cœur de nos vies. La reconnaissance de notre pauvreté, de la notre, de celle de nos frères, de notre société est nécessaire. Elle nous fait prendre conscience que nous sommes solidaires du monde entier. Tous nous sommes appelés à être transfigurés, à être remplis de l’amour de Dieu comme le Christ en haut de la montagne, à recueillir l’espérance de la promesse de participer à la vie glorieuse de Dieu.
Cette période de 40 jours est aussi le dernier temps de préparation au baptême pour les catéchumènes qui doivent recevoir le baptême la nuit de Pâques. Avec eux tous les chrétiens comme dans l’Eglise primitive sont appelés à raviver leur foi, à marcher avec le Christ ressuscité chaque jour en sa présence. Le Carême est comme un retraite pendant laquelle toute la communauté des baptisés accompagne les catéchumènes.
Des moyens sont donnés aux chrétiens :
la Parole, « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu ».
Cette parole est décisive. C’est sur une parole de Jésus que les premiers disciples se mettent en route. C’est sur la parole d’un témoin que des non baptisés demandent à découvrir le Christ. Le premier dimanche de Carême, c’est sur la parole de l’évêque que les catéchumènes sont appelés au baptême : c’est l’appel décisif.
La prière : « Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean et il monta sur la montagne pour prier». Prière de confiance dans la souffrance, prière d’action de grâce, de louange.
Sur la route de son baptême, le catéchumène reçoit la prière chrétienne, celle que Jésus a appris à ses disciples, le « Notre Père ».
La foi : Sur la route du baptême, le catéchumène reçoit le symbole de la foi. Tous dans la nuit de Pâques nous serons appelés à professer notre foi en Dieu en Jésus et en l’Esprit. Pendant le Carême nous sommes tout spécialement appelés nous donner les moyens pour accueillir le don de la foi.
Le pardon : « Ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ». Le pardon recrée l’amour entre l’homme et la femme, il recrée l’amour des frères. Le pardon est résurrection.
Sur la route du baptême, le catéchumène est appelé à se mettre sous le regard miséricordieux de Dieu et la communauté prie pour qu’il soit libéré du mal. Sur la route du carême le chrétien est appelé à reconnaître l’amour de Dieu pour ses enfants.
Le partage enfin : A la source du partage, il y a l’amour. Offrande, don de ce qui peut coûter, et là intervient le jeûne, se priver pour l’autre, en communiant au combat du Christ, en s’engageant contre les forces du mal qui blessent l’humanité.
Sur la route du baptême, le catéchumène est appelé à renoncer au mal. Sur la route du Carême, les chrétiens sont invités à lutter contre le mal.
Ainsi le Carême est un temps privilégié pour aller boire à la source, au cœur du mystère de la foi. Le Carême est loin d’être triste !