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La famille selon Claude Ponti

Publié le Mercredi 31 août 2011

La famille selon Claude Ponti

FAMILLE SELON CLAUDE PONTI

 

 

Durant cette année 2011 consacrée au thème de la famille, pourquoi s’intéresser à Claude Ponti auteur de livres d’enfants reconnu depuis 25 ans ; à vrai dire, d’une « littérature enfance » qui s’adresse autant aux enfants qu’à leurs parents ou éducateurs (maternelle, primaire, bibliothèque jeunesse) ? Claude Ponti est un jeune père qui a commencé à écrire son premier livre illustré à la naissance de sa fille, Adèle : L’Album d’Adèle, Gallimard, 1986, 24p. Au format inhabituel (430 x 270), à la taille même de l’enfant nouveau-né ! Mais la petite fille s’inscrivait déjà dans le livre, où symboliquement elle entrait comme sous une tente. Ainsi commence l’histoire d’Adèle qui se développe à mesure qu’elle grandit. Adèle s’en mêle (1987), Adèle et la pelle (1989), en collaboration avec Monique Ponti, La lune, la grenouille et le roi (1988). Adèle n’est pas seule cependant, au milieu des multiples poussins, personnages essentiels pour l’auteur. En 1980, Claude Ponti entre au Catalogue de L’Ecole des loisirs avec un titre significatif, Pétronille et ses 120 petits (48p. 315 x 290), les 120 noms inscrits dans les pétales d’une fleur rose (p. 11). Adèle est présente encore dans ce livre comme « une petite fille en train de lire dans sa forêt bibliothèque » (p. 25). Avec les poussins, les livres sous toutes formes sont la véritable famille de Claude Ponti, qui veut faire partager le goût de la lecture à tous, petits et grands. Mais il ne s’agit pas ici de proposer une analyse de l’œuvre de Claude Ponti qui a été très bien faite (Sophie Van Der Linden, Claude Ponti, éditions Etre,2000, 300p. ; Yvonne Chenouf, Lire Claude Ponti encore et encore, édition Etre, 2006, 425p.)

 

C’est avec deux récents livres de Claude Ponti, qu’il fallait d’abord un peu situer, que nous pouvons préciser le thème annoncé : « Famille selon Claude Ponti » : Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer, Ecole des loisirs, 45 p., 270 x190 et Sœurs et frères, 77p., 2010, 132 x 125.

 

Il faut se laisser dérouter par le format des livres : Catalogue des parents (270 x 190) et Sœurs et frères (132 x 125). Adèle a bien grandi ! Le graphisme et les personnages sont ceux auxquels nous ont habitués les livres de Claude Ponti, des animaux humanisés. Déjà, tout petit, l’enfant aime les histoires d’animaux qui lui permettent à la fois de s’assimiler et de se distancer. Claude Ponti va plus loin, créant de livre en livre, des figures que le lecteur aime retrouver et suivre. Ni caricature ni bande dessinée, mais un trait fin, aux multiples détails, qui suscite la recherche et la reconnaissance. Ce sont ces détails qui vont servir de fil rouge aux curieux de lecture.

 

Un nouveau motif d’étonnement avec Catalogue de parents pour les enfants qui veulent changer de parents. Certains pourraient contester cette entrée en matière. Mais ce serait vouloir être sourd aux contestations d’enfants, mécontents de leur vie familiale, fût-ce pour un moment provisoire. Car à travers cette revendication d’autres parents, l’enfant parle de la famille et de ses diversités. La page 4 de couverture est très claire « Tes parents sont lourds, fatigants, avares, collants, velus, piquants, barbants, casse-pieds, glissants? » La proposition est immédiate : « change de parents ! Avec Catalogue C, rien de plus facile, choisis les parents qui te plaisent, remplis le bon de commande (fourni dans le livre), poste-le et en moins de « quarante huit heures » (Ponti égale Pef pour le vocabulaire), Catalogue C te livre tes nouveaux parents, à toi, pour toi, à domicile, dans la maison de toi !!! » Le Catalogue dépasse l’imaginaire avec présentation et sous titre, et des illustrations exceptionnelles. « Les confortables » (dorlottextrème) avec commentaire : ne pas mourir sans avoir essayé… « Les ravis » (inoubliables). Pour enfant réfléchi, « La seule » (Lunik) par choix ou par accident, vit plusieurs vies en même temps. L’auteur va plus loin : « Les parent(s) d’enfant(s) orphelin(s) ». Lumineux avec une très belle illustration pleine page. « Dès qu’un enfant est entré dans le paysage d’un parent(s) d’enfant(s) orphelin(s) (Catalogue C) ce paysage devient le sien et ne peut plus appartenir à personne d’autre. Il est chez lui, lui ». Il y a aussi dans le catalogue, « Les très méchants ». Ces parents aiment l’obéissance mais ils préfèrent la désobéissance et la résistance des enfants car ils peuvent alors les punir plus.

 

La liste n’est qu’un échantillon et il manque l’expressivité des portraits. Mais on peut retrouver dans le Catalogue un panorama très complet des vies familiales vues à travers les parents par des enfants invités à s’adapter. Sous le mode de l’humour, très pointu et très tendre en même temps, on retrouve la sociologie de la famille de François de Singly. Ce Catalogue inattendu interdit toute idéologie de la famille, la plus traditionnelle jusqu’à la plus éclatée. Et ce sont les enfants qui nous font découvrir la famille qu’ils expérimentent ou espèrent.

 

Sœurs et frères en 2010 va permettre de préciser ce qu’est la vie de famille qui ne se réduit pas à la relation parents-enfants. Cependant c’est à l’enfant frère ou sœur que Claude Ponti adresse son livre. « Tu veux identifier sans te tromper ? Tu veux savoir ce qu’est le sorofrérie ? » (p. 4 de couverture). Agir comme une sœur se dit « agir sororalement » et Agir comme un frère se dit « agir fraternellement ». Agir « sororalement et fraternellement » est le mélange des deux. Rien n’interdit à une sœur d’agir « fraternellement ». Rien n’interdit à un frère d’agir « sororalement ». D’une manière très accessible la question du genre (gender) est posée (cf article Actualités du CETAD du 16 juin 2011). La description qui suit a le même langage, résume Françoise Dolto « Sauf adoption ou recomposition familiale, les sœurs et frères arrivent sous forme de bébé immédiatement après leur naissance. Ce sont alors des soeurs et des frères dont on ne peut rien faire. Il est impossible de les aimer ou les haïr. En tant que sœurs et frères les bébés sont inutilisables ! Mais il y a plus grave : « A son arrivée dans la famille une petite sœur ou un petit frère nous vole nos parents et leur amour… La sorofrérie, c’est le vol ». L’analyse se précise toujours sur le même ton. On peut être sœur ou frère de sang de n’importe qui : quelques gouttes de sang échangées (?)… On peut être sœur ou frère de lait de n’importe qui va têter le même lait, au même sein, de la même maman (le lait maternisé et autres laits en poudre ne comptent pas). « L’arc-en-ciel s’ouvre au maximum avec les mots clés de la sociologie familiale qui deviennent ainsi accessibles : « On peut être tout à la fois sœur ou frère entier, de lait, de sang, demi, quart, huitième, seizième, trente deuxième, adopté, jumeau vrai ou faux, il suffit pour cela de s’y prendre très tôt et de bien calculer son coup avec des mamans, des papas, des sorofréries en grand nombre ». L’humour va permettre de proposer des notions plus délicates : « Les sœurs et frères anciens « bébé-éprouvette » ou nés par « insémination artificielle » ou « conception médicalement assistée » ou de toute autre manière, font partie de la même espèce, de même évidemment que les sœurs et frères commandés, déjà dans le ventre de leur mère ». Aux parents de savoir bien commenter cette présentation et aux théologiens de bien vouloir la prendre en compte !

 

Claude Ponti nous offre ensuite des portraits de frères et sœurs dont les noms doivent être épelés à haute voix. Chaque fois un bon usage de fraternité-sororité est indiqué : « Brise-larmes » : vivre avec à choyer. « Sassainté-luisaine ». Frappé méchamment par la grâce : vivre avec : insupportable. Incite au ball-trap. Les images soutiennent les textes. Ainsi pour présenter les demi-sœurs et les demi-frères avec les « entiers », les « demis », les « quatre-quarts » au gré des remariages des parents. Une page d’anthologie. De même la double page « fréridéal : Esprit d’intelligence de vie. Cultivé. Disponible. Curieux ; et  soeuridéale : Esprit d’intelligence de vie. Curieuse. Disponible. Cultivée. Avec pour les deux la même mention : « Vivre avec : avec plaisir ou être bête à manger du foin ». Claude Ponti offre, p. 47, une pause profonde : « Les sœurs et les frères morts : Bien qu’ils ne soient plus là, les sœurs et les frères morts sont souvent très présents. Car l’esprit de sœur ou de frère mort habite une petite maison invisible dans la maison familiale. Parfois la porte invisible de la petite maison invisible s’ouvre. Et l’esprit sort, invisible lui aussi, dans son cadre doré. Silencieux, il traverse les conversations, les jeux et les rêveries des uns et des autres sur ses courtes pattes et répand des silences lourds et pesant dans toutes les pièces ». (p. 47)

 

Est-il besoin de conclure sinon pour inviter enfants, parents, institutrices, éducateurs, pédiatres et prédicateurs à faire de ces pages de Claude Ponti celles d’un « bréviaire de la famille ».

 

 

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