En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Jeudi 13 octobre 2011
Les 150 ans de la cathédrale Saint Alexandre Nevsky, de la rue Daru à Paris
Le 12 septembre dernier, la cathédrale russe orthodoxe Alexandre Nevsky, a fêté les 150 ans de sa consécration à Paris, rue Daru.
Ces 150 dernières années ont vu beaucoup d'évènements en Russie, la chute de la monarchie impériale russe, l'avènement du pouvoir communiste, la persécution sanglante de la foi chrétienne en Russie pendant plus de 80 ans : des centaines de milliers de croyants durent quitter leur patrie et venir s'installer dans différents pays d'Europe, d'Afrique ou d'Amérique. La cathédrale de Paris fut un lieu d'accueil et de pastorale pour les Russes venus à Paris.
A cette occasion de nombreux évènements sont organisés : exposition, visite, concerts, divines liturgies, édition d'un album illustré, préfacé par Boris Bobrinskoy, recteur honoraire de la paroisse francophone de la crypte de la Cathédrale.
L'exposition, qui a lieu à la mairie du 8e arrondissement de Paris, présente de très nombreux documents illustrant chaque étape des échanges croisés entre la communauté russe de Paris et les Français : icônes, vêtements sacerdotaux, objets de la liturgie, gravures, etc...
L'initiative de la construction de l'église revient à l'archiprêtre Joseph Vassilieff et c'est le métropolite Euloge qui organisa la vie ecclésiale en Europe Occidentale. Le Père Vassilieff, venu de St Petersbourg, nommé à Paris, se livra à un intense travail théologique et œcuménique, créant la revue « L'Union chrétienne » avec des collaborateurs de diverses confessions orthodoxe, catholique et anglicane.
Alexandre Nevsky (1219-1263), est un grand saint de l'Eglise Orthodoxe. En 1204 les Croisés ont pris Constantinople et la Russie reste le seul grand pays à échapper à l'influence romaine. Alexandre, prince de Novgorod (ville du Nord), est amené à affronter les Suédois qui voulaient conquérir la Russie. La bataille eut lieu au bord de la Neva, d'où le nom d'Alexandre Nevsky. Il livra par la suite d'autres combats contre les chevaliers teutoniques (dont la fameuse « bataille de la glace » immortalisée par le film d'Eisenstein), et la Russie ne sera ainsi ni germanisée ni romanisée. Malgré les menaces des Tatars, Alexandre Nevsky chercha à éviter les révoltes sanglantes. Canonisé par l'Église orthodoxe, il est resté un héros très populaire chez les Russes.
Le culte orthodoxe donne une grande place à l'image, l'icône liturgique. Les icônes sont des images liturgiques, c'est à dire que chaque icône représente soit une fête du calendrier chrétien, soit un saint. Une telle image fait partie intégrante de la célébration liturgique car, ce que les textes sacrés et les hymnes expriment en paroles, les images saintes le montrent par des lignes et des couleurs. Ainsi le contenu des icônes est celui de l'ensemble de la célébration liturgique qui peut être résumé en trois mots « l'anticipation du ciel sur la terre ». Cette anticipation qui se réalise dans le salut des hommes est selon les chrétiens orthodoxes, la mission même de l'Église dans le monde. Autrement dit, l'icône représente toujours la présence divine dans la création, soit par le portrait du Christ ou d'un saint, soit par un événement de l'Histoire Sainte. Cependant cette présence divine dans la création implique un changement, une transformation par sanctification ou un transfiguration de cette création jusque dans sa matière. C'est justement de cette transfiguration qui est l'anticipation réelle du royaume céleste dans notre monde, que parlent toutes les icônes. C'est leur message essentiel. L'icône, pourrait-on dire, est « l'Évangile rendu visible par les transformations que la Sainteté opère dans le monde » (d'après l'archiprêtre Ozoline, professeur d'iconologie à l'Institut de Théologie Orthodoxe Saint Serge de Paris).
La crypte de la cathédrale fut consacrée quelques années plus tard, pour accueillir tout particulièrement le culte en français et une paroisse francophone fut ainsi créée. Elle était destinée aux descendants des russes qui, au fur et à mesure, avaient perdu l'usage de la langue russe. Mais cela allait plus loin qu'une question linguistique, il s'agissait de donner un sens à l'exode des Russes et à leur présence en France. La chorale de la nouvelle paroisse eut une lourde tâche, celle d'adapter des mélodies slaves aux textes français. Le Père Boris Bobrinskoy fut longtemps en charge de cette paroisse, ayant à cœur de garder cette communauté dans un véritable éveil spirituel.
La cathédrale Alexandre Nevsky est aujourd'hui non seulement le centre spirituel de l'émigration russe mais aussi son centre social, un lieu de rencontre informel les dimanches et lors des grandes fêtes. Mgr Euloge et ses successeurs ont toujours eu le soin de maintenir la cathédrale en dehors de toute activité et de toute controverse politiques. C'est l'une des raisons qui les ont conduits à se mettre et à se maintenir sous la protection du patriarche de Constantinople, et ce depuis 1931, et non du Patriarcat de Moscou, et à ne pas laisser les maisons adjacentes servir à des réunions qui ne soient pas strictement spirituelles. Ainsi la cathédrale est restée fidèle à sa vocation initiale, celle d'assurer les besoins spirituels des chrétiens orthodoxes, en premier lieu russes, mais aussi de tout horizon, et de témoigner avec dignité de l'orthodoxie en France.
Rappelons que, à l'horizon 2015, il est prévu de construire une église et un « centre spirituel russe » orthodoxe, église et séminaire de formation de prêtres, près de la Tour Eiffel, financé par l'Etat russe et que la Fédération de Russie envisage de racheter la cathédrale Saint Nicolas de Nice.