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Le Caravage, nouvel évangélisateur de la Réforme Catholique?

Publié le Lundi 14 mars 2005

Le Caravage, nouvel évangélisateur de la Réforme Catholique?

Un peu provocateur ? certes. A 35 ans Le Caravage était un peintre adulé et célèbre, Michelangelo Merisi de son vrai nom, tue en duel un certain Ranucci pour une dette de jeu. Ce n’est pas la première fois ! Le Caravage est un bagarreur et qui fréquente les bas quartiers de Rome. Il demande grâce au Pape, mais bien qu’il reconnaisse l’immense talent de l’artiste, le condamne à mort. Le Caravage doit s’enfuir à Naples, puis en Sicile et à Malte. En 1610 le Pape lui accordera sa grâce mais malgré tout il est arrêté et dépossédé de tous ses biens, il s’enfuira et meurt misérable sur une plage de Porte Ecole, d’une forte fièvre à 39 ans.

La National Gallery de Londres consacre une magnifique exposition aux dernières années du peintre. Le dernier tableau présenté, David et Goliath (1610) où David tient par les cheveux la tête de Goliath qu’il vient de décapiter. La tête du géant, un auto-portait, lance un regard terrifié, absorbé par un drame intérieur, fixe le spectateur de manière impressionnante. Le peintre veut convaincre les autorités romaines qu’il reconnaît son crime et se repent. Ce tableau résume toute la force du Caravage.

Les dernières œuvres du Caravage révèlent les traits marquants du peintre.
L’idée de peindre des « vrais gens », donne à ses tableaux un réalisme saisissant : des mendiants, des gamins de la rue, des prostituées pour la Vierge.
Dans le tableau des pèlerins d’Emmaüs, les hommes sont représentés sans fard, le teint rougi, les vêtements troués, et même souvent Le Caravage se représente lui-même dans le groupe des figurants.

Le Caravage fait preuve d’une grande audace de composition. L’Annonciation du musée de Nancy présente un age tout hirsute qui tend un doigt tout crispé vers Marie, présageant les difficultés qui attendent Marie.

Ses tableaux religieux sont bruts, ramenés à des histoires d’hommes tout en restant spirituels. Certes Le Caravage n’était pas pieux, refusant de se signer à l’eau bénite en entrant dans les églises car il estimait avoir commis trop de péchés mortels, mais il témoigne d’une grande compassion à l’égard des hommes, y compris et surtout les plus pauvres.

Malgré cette dureté choquante, le Caravage reçoit de nombreuses commandes pour les églises romaines, par exemple une mort de la Vierge pour l’église de la Scala in Trastevere. Caravage la peint le corps bouffi et les jambes nues, le modèle est une prostituée retrouvée noyée, le ventre gonflé d’eau, les cheveux défaits. Pour la Madeleine repentante il fait poser une fille de cuisine, pour les apôtres il choisit des mendiants dans la rue. Le Caravage veut peindre ce qu’il voit, les gens qu’il croise dans la rue tels qu’ils sont avec leurs difformités. Il se présente donc comme un peintre marginal mais nous laisse des toiles fortes et bouleversantes.

A Rome quand Le Caravage y arrive en 1590, l’autorité spirituelle battue en brèche par la Réforme se restaurait. La Rome temporelle se relevait de ses ruines résultant des faits et gestes des mercenaires payés par Charles Quint. Les papes couvrent la ville d’édifices et de statues, Rome est désignée comme le cœur du monde chrétien. Les Ordres religieux s’y multiplient, les Etats y installent leur représentation diplomatique.

Tous les artistes venus de toute l’Europe sont accueillis avec libéralisme, tels Rubens, et plus tard Nicolas Poussin, Claude Lorrain et Vélasquez.

Le Caravage, lui, vient de Milan. Il a 19 ans. Il est manœuvrier dans un atelier de peinture, il est doué et veut donc partir rapidement pour la grande ville de Rome. Là, ses débuts sont difficiles, mais il est remarqué par un peintre très en vue, le Cavalier d’Arpin qui lui confie de peindre les bordures de ses tableaux. Mais Le Caravage au lieu de travailler à sa formation de peintre, fréquente les tavernes et choisit ses modèles parmi ses compagnons de vie. Malgré cela il est accueilli dans le milieu très policé et élégant, par le cardinal del Monte, proche des Médicis, qui le prend chez lui dans son splendide palais proche de la place Navone. Le Caravage lui paie son logement par des toiles, comme le Joueur de luth ou sainte Catherine : ces tableaux reflètent une religiosité partagée entre le populisme et le mysticisme ; les sujets religieux sont traités comme des scènes de genre de la vie contemporaine, comme pour rappeler que l’humanité terrestre et le divin sont liés. La flagellation du Christ est traitée comme la torture de n’importe quel prisonnier, la décollation de Jean Baptiste comme l’exécution de n’importe quel condamné, innocent ou coupable, par n’importe quel bourreau qui fait son travail sans émoi particulier, la résurrection de Lazarre comme une scène d’hystérie collective.
La peinture de Caravage va dans la ligne de la pensée de saint Philippe Néri qui, en réaction à la Réforme veut promouvoir une évangélisation plus simple, plus dépouillée, plus proche de l’humain.

Les commandes vont se multiplier et l’œuvre du Caravage va s’ouvrir à un large public. La première de ces commandes va être celle du cycle de la vie de saint Matthieu pour saint Louis des Français. Là ni paysage, ni décor, Matthieu est représenté comme un rustre aux bras musclés, pas toujours propres (la saleté de ses pieds ont fait couler beaucoup d’encre !), l’ange qui se penche sur l’apôtre n’a pas l’allure habituelle d’un saint ange ! la peinture du Caravage se veut naturaliste, où Dieu et ses saints ressemblent vraiment trop à la plèbe de la rue choque, mais entraîne un nouveau public surpris mais séduit par cet art novateur et vigoureux. Même les gens d’Eglise l’apprécient comme par exemple le cardinal Barberini, futur Urbain VIII, lui passent des commandes.

Son art se distingue par le traitement contrasté de la lumière qui dramatise le sujet, ses grands coups de pinceaux rendent la dynamique des personnages. Le clair-obscur est traité de manière magistrale. Les personnages sont plongés dans le noir et la lumière jaillit des visages, tout est fait pour nous ramener à l’essentiel, la lumière rasante peinte dans le tableau de Jésus ressuscitant Lazare semble venir de la main tendue. Le réalisme objectif associé à une dimension méditative ne peut laisser indifférent.

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