la charité, façade du_jugement dernier, cathédrale d'Amiens, 13e
La charité est représentée par une femme tenant un écu sur lequel figure une brebis. Elle est assise sur un fauteuil et donne son vêtement à un homme qui est torse nu.
Voilà période bénie du carême qui approche. Nous proposerons dans les méditations, art et bible, hebdomadaires de notre site de le vivre avec Christian de Chergé. Il a profondément vécu ce temps en lien avec les musulmans.
Le Carême et le Ramadan ont certes des points communs :
ce sont des temps où jeûne, prière et partage sont mis à l’honneur, et plus profondément des temps pour revenir à Dieu. Revenons sur la notion de Ramadan.
Le Ramadan est une expérience communautaire, vécue dans la foi, c'est-à-dire pour Dieu avant tout, privilégiant le jeûne et l’aumône la prière et la lectio divina , empruntant le cycle quotidien, celui du chassé-croisé entre le soleil et la lune, celui de l’Aujourd’hui de la providence. Le carême est lui aussi une expérience communautaire, privilégiant les même piliers religieux, mais s’inscrivant dans le rythme pascal, c'est-à-dire alliance de mort et de vie, mais ce passage de l’une à l’autre se fait tout au long d’une longue traversée du désert, sur 40 jours et plus, dans la tradition chrétienne héritée du judaïsme primitif. Jésus a été conduit par l’Esprit dans désert où il jeûna 40 jours ; le chrétien est invité à faire ce chemin de désert, de jeûne comme un moyen d’aller à Dieu car « l’homme ne vit pas seulement de pain ! » Mt 4,4. .» Ch de Chergé, « Dieu pour tout jour » cahiers de Tibhirinne 1p, 433
Le jeûne du ramadan représente un temps fort dans la vie musulmane. A la base de la prescription du jeûne, il y a un texte du Coran qui date de la période médinoise : « O, vous qui croyez. Il vous est prescrit de jeûner à l’instar de ceux qui vous ont précédés, afin que vous manifestiez votre piété ».( Sr 2,183): il fait état de la pratique du jeûne dans la communauté du Prophète, pratique qui a évolué durant toute cette période. Après l'hégire,en 622, date de l’arrivée de Muhammad à Médine, et naissance de la première communauté, un jeûne du " dixième jour" avait été instauré selon le livre du lévitique, dans la Thora juive, et qui était un rite lié à la purification. Ce n'est qu'en l'an 2 de l'hégire que Muhammad le remplace par le jeûne du ramadan, mois où la révélation est descendue sur lui.( Sr 2,185). Il dure tout le mois lunaire, et le croyant doit s'abstenir de toute nourriture et de tout rapport sexuel, entre le lever et le coucher du soleil. La rupture quotidienne du jeûne ne se fait plus par la distinction entre un fil noir et un fil blanc, car il existe aujourd'hui un calendrier qui fixe les horaires et que les musulmans ont accroché chez eux. A l'heure fixée, la famille rompt le jeûne avec du lait et quelques dattes, puis les soirées sont souvent l'occasion de rencontres entre amis ou voisins, avec des repas copieux et des divertissements. Les mosquées ou salles de prières restent ouvertes une partie de la nuit, et on y lit le Coran, on l'étudie, on discute. Il est important de souligner le rapport qu'établit le texte coranique entre le jeûne et la révélation et les musulmans fêtent la " nuit du décret" ou du destin les 21 ou 27 du mois de ramadan, qui commémore la nuit où Muhammad reçut la Révélation. Le sens profond est de se vider de soi-même, de se retrouver pauvre et indigent de Dieu, même si il est vécu de bon cœur, souvent sincèrement et joyeusement. ( Robert Caspar : Pour un regard chrétien sur L’islam. Ed. Centurion 1991)
.Le ramadan attire davantage notre attention que la pratique des cinq prières. Il constitue en effet un rite social, avec des comportements qui se répètent tous les ans et qui prennent parfois une allure solennelle, rupture du jeûne, préparation des repas…
Cette démarche prônée soit chez les chrétiens soit chez les musulmans, vécue dans la prière, est indissociable du partage et de la solidarité.
Comme chaque année Benoit XVI publie un message pour guider les chrétiens dans un itinéraire de renouveau spirituel pour le carême.
Le thème de cet année est « Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler mutuellement à la charité et aux bonnes œuvres » (Hb 10, 24) . l'auteur de la lettre aux Hébreux exhorte à faire confiance à Jésus Christ qui nous a obtenu le pardon et l'accès à Dieu.
Etre attentif à son prochain, veut dire que nous nous rendions compte d'une réalité. Regarder ce qui nous entoure, ce dont vit notre prochain. Le grand commandement de l'amour du prochain exige sollicitude, d'avoir conscience de notre responsabilité vis à vis de notre proche. Déjà Paul VI (1887-1978) affirmait que notre monde souffre de manque de fraternité.
« Cette expression de la Lettre aux Hébreux (10, 24), nous pousse à considérer l'appel universel à la sainteté, le cheminement constant dans la vie spirituelle à aspirer aux charismes les plus grands et à une chatrité toujours plus élevée et plus féconde (cf.1 Co 12, 31-13, 13) ».
Et Benoit XVI conclue : « Face à un monde qui exige des chrétiens un témoignage renouvelé d'amour et de fidélité au Seigneur, tous sentent l'urgence de tout faire pour rivaliser dans la charité, dans le service et dans les œuvres bonnes (cf. He 6, 10). Ce rappel est particulièrement fort durant le saint temps de préparation à Pâques. »
Dans la même ligne les conférences de Carême à Notre-Dame de Paris auront pour thème
: "La solidarité : une exigence et une espérance". Ces conférences sont largement retransmises sur les ondes.
Joyeux carême à tous !
Posez-nous votre question