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MYSTIQUE et MARELLE - Méditation pour monter vers Pâques

Publié le Mardi 13 mars 2012

MYSTIQUE et MARELLE - Méditation pour monter vers Pâques



              Dignité oblige commençons par évaluer ce que peut être une mystique.
 Le mot « mystique » vient du verbe grec « muô » : se fermer. « Mystique » indique donc le secret et, par glissement ce qui permet d’y accéder,  l’initiation (J.P. Jossua, Seul avec Dieu, l’aventure mystique, Découvertes, Gallimard, n°295, 1996 et rééditions). Dans l’Antiquité grecque, l’adjectif « mystique » qualifiait l’initiation aux « mystères », cultes de salut d’origine agraire. Mais chez les chrétiens il désigna l’entrée dans le « mystère » du Christ, à travers le baptême et l’eucharistie. Au XVIème siècle on créa le substantif pour évoquer une autre sorte d’initiation : s’unir, au plus profond de soi, à l’Être même de Dieu, moyennant un dépouillement radical. Il s’agissait en fait d’un courant issu du néo-platonisme qui a traversé le christianisme à partir du Vème siècle puis plus tard l’Islam comme le Judaïsme. La mystique est une aventure spirituelle passionnée qui suppose que l’on croie en cet absolu auquel on veut s’unir. Dans la mystique chrétienne il y a eu de véritables floraisons mystiques, en certains lieux, à certaines époques, du Mont Athos, au XIVème siècle, à la Russie du XIXème siècle. En France au XVIIème siècle, en se réclamant du catholicisme, ou avec la Réforme. Les figures mystiques les plus connues, quoique très différentes, sont celles de Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, François de Sales, Marie de l’Incarnation et la redécouverte de l’hésychasme du Mont Athos. Aujourd’hui la piété donne la première place à Thérèse de l’Enfant Jésus ou à Charles de Foucauld.
                      Il est utile de souligner les images qui permettent d’évoquer l’expérience mystique.
 
Parmi elles, celle de l’échelle chez Jean Climaque avec son livre « L’Echelle sainte » (VIIème siècle). Il y propose une pédagogie destinée à monter graduellement au ciel par le détachement et la prière. « L’hésychie est un culte et une présence à Dieu ininterrompus ». Cette pédagogie de l’échelle aux degrés successifs permet de « monter » vers Dieu. De la terre au ciel. Il y a référence à l’échelle de Jacob (Gn 28, 10-19), reprise par l’évangile de Jean (1, 51) : « Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au dessus du Fils de l’Homme ». Faudrait-il donc quitter la terre, y échapper, pour atteindre le ciel ?
 
              
C'est en réponse à cette question que l’image du jeu de la marelle pourra se révéler plus conciliable avec la révélation chrétienne
                       que celle de l'échelle.  

Un jeu, un jeu d’enfant, de petites filles, même, et très populaire, accessible. Il s’agit de pousser à cloche pied un palet dans les cases numérotées d’une figure tracée sur le sol. Sylvie Germain l’évoque avec tendresse et talent dans un dernier livre « Rendez-vous nomades », (Albin Michel, 2012), sous la figure d’Ombeline dans la dernière nouvelle, « l’Astrologue » (p.163-187). Sur un chantier de la butte Montmartre, Ombeline dessine la case « terre » et la case « ciel » à même le sol. Aujourd’hui de nombreuses marelles sont peintes sur le goudron de la cour des maternelles. Il s’agit d’un parcours au sol en poussant un petit caillou avec méthode. Mais l’avancée doit se faire à cloche-pied. Les anthropologues soulignent que, par ce détail, il est signifié qu’on ne peut accéder au but, ciel, paradis, victoire, que blessé, amputé. Ainsi, également, le corsaire qui est maître des mers avec l’œil aveuglé par un bandeau et avec une jambe de bois. Pas de victoire sans que soit surmonté un handicap, clé de l'aboutissement réussi d'une conquête.
 
                  
On peut mesurer alors l’intérêt pédagogique et aussi catéchétique du jeu de la marelle.
Tout d’abord c’est un jeu et non pas un exercice ou examen. Avec possibilité de repartir de la case départ sans chute définitive, ce qui serait le cas en manquant le barreau d’une échelle. Il faut avoir un pied agile qui saute avec légèreté et lucidité. La pédagogie est donc accessible. Pour la catéchèse il y a un piège à éviter : parler du handicap (cloche-pied, jambe de bois…) comme de la trace d’un « péché originel » au cœur de toute tentative humaine. L’image est tout autre : il s’agit d’une « blessure » propre à l’humanité pour le meilleur ou pour le pire.
 

                   Dans le livre de la Genèse, l’homme est créé à partir de la glaise, “adamah” en hébreu, friable et fragile.
C’est la chair, “basar” en hébreu, mais non pas chair mauvaise opposée à l’esprit qui serait vie. La chair, au sens biblique, c’est la fragilité humaine. C’est donc avec sa fragilité que l’humanité va avancer. Une fragilité qui demande au début une main tendue (les deux mains de Dieu, selon Irénée, Jésus et l’Esprit). Mais peu à peu le don de l’Esprit qui est grâce, fortifie et affine. Or ce parcours de la marelle devient plus facile, joyeux comme un jeu. Telle est la mystique chrétienne, non pas escalade dangereuse pour s’élever de terre, mais course aisée, tendue vers le but visé. Les institutrices savent bien qu’il y aura quelques larmes, souvent feintes, diverses écorchures ou mêmes bosses, pour attirer l’attention. Mais l’essentiel restera que la marelle est accessible à tous et que l’avancée à cloche-pied peut être même une suprême élégance ! Que les enfants nous fassent redécouvrir la mystique comme une marelle. Dieu aime jouer avec les fidèles de la marelle.

 
  
 P.J 

Le Cetad   
 
Carême 2012    
 

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