En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Dimanche 25 mars 2012
Black Ties d'Arture Hernandez
Benoit XVI commence aujourd'hui son voyage pour le Mexique et Cuba. On sait que la société mexicaine est en grande difficulté. Cela est douloureusement traduit par quelques artistes mexicains contemporains dont les œuvres sont exposées au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.
Impressionnante est l'exposition au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris qui vous accueille avec un vol de 250 cerf volants trempés dans un pigment « noir de fumée » tels des chauves-souris, que vous devez traverser pour entrer dans l'exposition. Il s'agit de Black Ties d'Arture Hernandez Alcazar. Une installation monumentale, suspendue à quelques mètres du sol, comme une inquiétante vague, une menace un peu terrifiante, directement inspirée du geste de ralliement des rebelles lors de la guerre d’Indépendance du Mexique.
L'exposition présente une cinquantaine d'œuvres de la jeune garde mexicaine qui a profondément renouvelé l'univers artistique de ce pays. Nés pour la plupart après 1975, ces artistes sont considérés comme faisant partie d’une des générations les plus créatives mais aussi comme celle qui vit la plus grande désillusion de l’histoire du pays, de part les événements économiques et politiques qui ont frappé le Mexique depuis les années 2000 : chute de la dictature, démocratie jamais retrouvée, corruption, crise économique, narcotrafic féroce et violence (criminalité, kidnapping, guerre des narcotrafiquants, etc.). Les œuvres présentées, installations, vidéos, dessins, photos et films, dans cette exposition reflètent donc leur combat pour faire résonner la condition d’une société qui à du mal à faire libérer le pays de ses maux économiques et sociaux. Ces artistes sont fortement engagés, d'un activisme poétique et didactique et crient la frustration d'un quotidien étouffant. Chacune traduit plus ou moins explicitement la prise de conscience d’un modèle économique en crise et le climat d’inquiétude que traversent aujourd’hui les sociétés soumises aux enjeux de la globalisation.
Ces jeunes artistes retracent à leur manière l'histoire propre de leur pays, mais aussi rêvée, que révèle notamment le lien malsain entretenu avec les Etats Unis, fait d'amour et de haine, de barbelés et de frontières, celle du Mexique représentée par Marcela Armas avec I- Machinarius (2008), formée de roues dentées entrainant une chaîne dans un mouvement ininterrompu, dessinant un enclos fermé, et dont les coulures d'huile sonnent déjà la fin d'une culture industrielle dépassée.
L'espoir avorté de l'avènement d'une démocratie civile et sa conséquence, l'évolution actuelle du pays vers une violence exacerbée, ont radicalement changé les mentalités. L'inquiétude et la menace que font peser les cartels de la drogue constituent un climat beaucoup plus sombre qu'en 1985 (date du tremblement de terre à Mexico).
L'identité mexicaine est aujourd'hui très liée à cette actualité tout en étant toujours liée à la permanence des mythes et à une relation naturelle aux mondes inconnus et magiques qu'évoque le poète Alejandro Jodorowsky né en 1929 et qui a vécu au Mexique de 1965 à 1973 et dont l'engagement poétique et spirituel est profondément ancré dans la culture mexicaine.
“Nous luttons contre l’inertie, contre la répétition des scénarios, des lois, des formules toutes faites qui nous momifient et ne correspondent pas à la réalité humaine (…) je ne crois pas à la révolution politique, je crois à la révolution poétique. Seule la poésie et la beauté peuvent nous sauver.”