En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mardi 3 avril 2012
Dans ce mouvement vers une nouvelle évangélisation quelle place nouvelle de l'Esprit Saint est donnée dans les Églises
Ils ont été catéchumènes. Aujourd'hui se joignent à eux les « recommençant ». Nouveauté de l'initiation baptismale, renouveau d'un baptême en sommeil. Le rétablissement du catéchuménat (1962), la pastorale le plus souvent paroissiale d'une catéchèse des nouveaux baptisés, l'effort catéchétique de l'Eglise catholique est fécond.
Mais que deviennent ces nouveaux baptisés, ces baptisés renouvelés ? Des communautés nouvelles, elles aussi, sont-elles prêtes à les accueillir ? On peut avoir une certaine estimation pour les catéchumènes, qu'il ne faut pas surestimer. Deux ans après la ferveur du parcours catéchuménal, près de la moitié des nouveaux baptisés ne prolongent pas leur démarche. Ne portons pas de jugement, quand on sait le nombre des enfants baptisés qui ne vont pas à la préparation à la première eucharistie. Et le nombre de ceux qui feront de leur '' première communion'' la dernière. C'est la question de l'accueil des communautés chrétiennes qui est en cause. Un des aspects de la nouvelle évangélisation est celui de l'évangélisation permanente des chrétiens dans des communautés tout entières à évangéliser elles-mêmes.
Une des premières insistances doit être celle de la catéchèse des adultes. Le souci de l'initiation baptismale des petits enfants a pu quelque fois ''infantiliser'' la présentation du sacrement du baptême, les parents, parrains et marraines étant plus attentifs à l'eau versée sur le front de l'enfant. Le baptême par immersion d'un tout-petit est surtout l'occasion de vérifier la température de l'eau (apportée dans des thermos). Qu'est-il retenu d'une éventuelle présentation de la plongée du Christ dans la mort et la résurrection, la plongée pascale, mort et vie, qui est le sens théologique fondamental du baptême ? La catéchèse a sans doute trop insisté sur l'eau du bain qui lave, qui plus est, du péché dit ''originel''. C'est la même insistance qui est manifestée dans la '' profession de foi '' demandée aux parents, parrain, marraine avant le geste de l'eau baptismale. Pourquoi faut-il inviter à renoncer au péché avant de confesser le salut ? Dans la liturgie de la Veillée pascale, la profession de foi est tout autre, foi au père, au Fils et à l'Esprit.
Avec la référence à l'Esprit Saint, nouvelles difficultés de la catéchèse de la foi. Quelle place a-t-elle tenu dans la préparation au baptême des enfants ? Elle peut paraître un ''rajout'' après le bain d'eau présenté comme le plus important. Quelle est la signification de cette onction, dont on dira qu'elle sera renouvelée lors de la confirmation ? Les signes qui viennent par la suite sont-ils foncièrement théologiques ? La robe blanche de la grand-mère ne peut donner sens au vêtement nouveau du baptisé qui était plus significatif avec l'aube blanche portée une semaine par les nouveaux baptisés, jusqu'au dimanche''in albis'' une semaine après Pâques.
Sans doute les catéchumènes, les « recommençant » auront-ils bénéficié d'une pastorale sacramentelle plus adaptée au sens théologique du baptême qui vient d'être évoqué. Mais le souvenir ou la pratique actuelle du baptême des petits-enfants avec son rituel adapté pour eux reste sûrement très marquant. Pas de nouvelle évangélisation sans renouveau théologique de la présentation du baptême et de l'avenir d'une vie baptismale, comme de la catéchèse adulte de tous les sacrements. Mais à cette insistance, il faut en ajouter une autre. Celle de la vie chrétienne des communautés ecclésiales qui vont accueillir les nouveaux baptisés et recommençant. Car durant leur préparation à la nouveauté ou au renouveau baptismales, les catéchumènes et les nouveaux catéchisés ont été portés par des animatrices et animateurs à la fois proches et le plus souvent ''qualifiés''. Portés également par une attention ecclésiale bien mise en valeur : ''appel des catéchumènes''... Cette valorisation va sans doute manquer pour la suite de leur vie ecclésiale, avec la dispersion et le défaut de vitalité de telle ou telle paroisse postérieure toute différente.
Il apparaît ainsi que l'invitation à la nouvelle évangélisation touche toutes les communautés ecclésiales. Ce renouveau avait paru nécessaire depuis 50 ans à ces communautés qu'on a appelées ''nouvelles'' : Communauté du Lion de Juda, devenue communauté des Béatitudes ; de l'Emmanuel, de la crypte de Saint-Sulpice à Paray-le-Monial ; du Chemin Neuf ; sans oublier Fondacio et les Foccolari... Avec pertinence, ces communautés mettaient en valeur la place de l'Esprit Saint et furent appelées ''communautés charismatiques''.
Le frère Y. Congar, en ecclésiologue averti, protesta : « Ne monopolisez pas l'Esprit Saint, Il nous concerne tous. » La nouvelle évangélisation doit être un coup de vent de l'Esprit Saint. Tout en ''gardant raison'', car des événements récents touchant des communautés dites ''charismatiques'' ont mis à la une de la presse des scandales, pédophiles par exemple. Mais un retour théologique et pastoral à la place primordiale de l'Esprit Saint dans la vie chrétienne invite les communautés à plus de rayonnement, tout autant d'attirance que d'accueil. Souvent ce sont les intolérances du discours de chrétiens qui empêchent toute compréhension du message évangélique en le réduisant à des positions doctrinales qui mériteraient débat et désaccord. Cela est vrai pour la frigidité du discours œcuménique ou par l'intransigeance des prises de position en morale, aussi bien pour ce qui concerne la sexualité que les fins de vie.
L'appel essentiel de la nouvelle évangélisation serait donc bien, comme il a été proposé par Benoît XVI, « La porte de la foi ». Ouvrez le cœur aux autres que nous avons à aimer au delà des barrières des interdictions. « Voyez comme ils s'aiment » (Tertullien, Aplogeticum, 39,7). Cette ouverture à l'amour est don de l'Esprit. Si nous savons l'accueillir, nous pouvons nous aimer les uns les autres, nous aimant nous mêmes et ainsi aimant Dieu (Lc 10,27).
Dans la tradition orthodoxe, il n'est prévu un dispositif particulier de mission, d'évangélisation. Le rayonnement est celui de la communauté qui célèbre la ''divine liturgie'' dans les monastères ou les paroisses animées par des prêtres mariés qui aiment leur femme et leurs enfants. La prière et l'amour rendent grâce à Dieu, invitation la plus essentielle à se joindre à ces communauté.
Nouvelle évangélisation IV
CETAD P.J.