Religieux - Religion - Spirituel - Spiritualité - Sacré
Publié le Mercredi 20 juin 2012
Pour aborder une réalité diffuse et diverse, le théologien va devoir se faire grammairien précisant le vocabulaire comme les Académiciens révisant sans cesse le dictionnaire du Quai de Conti. Ce mot à mot ne devrait pas vous paraître fastidieux ni fondamentaliste comme ceux et celles qui sont attachés à la lettre de ce qu’ils veulent lire pour comprendre. Pour le théologien, il s’agit de déchiffrer pour parcourir cette réalité essentielle pour vivre.
Religieux - Religion
Il est impossible de cerner ce que sont les religions à travers le monde et le temps. Il vaut mieux partir du mot « religieux» comme expérience humaine particulière. Ce qui fait sa caractéristique essentielle, c’est qu’elle est une expérience qui naît au cœur de tout humain. A la fois « sentiment », « espérance », « questionnement » et « adhésion ».
C’est à partir de cette expérience humaine que vont s’instituer des « religions » à partir des cultures qui peuvent être très diverses. Ces religions pourront être terre à terre ou au delà de la terre, ciel ou enfer, avec des dieux ou des démons. C’est avec le Premier Testament que nous pourrons voir naître la religion hébraïque et sa quête de Dieu. Quant au christianisme, est-il une religion ?
Spirituel - Spiritualité
Là encore, il sera préférable de cerner le mot « spirituel » avant d’étudier les spiritualités concurrentes. A l’inverse du « religieux » qui naît de l’humanisme, le « spirituel » est vécu comme un don qui vient d’un (une) autre, de cet Autre que les deux Testaments appelleront l’Esprit. Mais la tradition des deux Testaments, puis des christianismes, n’a pas le monopole du « spirituel ». Il y a un « spirituel » de l’athéisme, comme du meilleur de toutes les religions, de l’intérieur même de leur diversité religieuse.
C’est à partir de cet accueil du spirituel que pourront se constituer des familles spirituelles, des spiritualités. Il semble préférable de parler de spiritualités et non de « mystique », mot qu’il faudra préciser par la suite et qui ne convient pas pour toute spiritualité. L’éventail des spiritualités est très large cependant, hors de la tradition biblique et chrétienne, là encore spiritualité athée, spiritualité laïque, spiritualité païenne… « Qu’appelez-vous spiritualité à la fin " ? (Guy Coq, Panoramiques, n°69)
Sacré - Sacrement - Sainteté
A l’intérieur même de la première collection de vocabulaire (religieux et religion - spirituel et spiritualité) nous pouvons distinguer trois mots-clés qui sont retenus parce que précieux pour le christianisme. Ils pourraient être retrouvés à l’intérieur des religions et spiritualités, mais ils permettent de mieux cerner les caractéristiques touchant les vocabulaires chrétiens.
- Sacré - Sacralisation
Régis Debray titre son dernier livre " Jeunesse du sacré" (Gallimard 2012). Ambroise Paré considère ce qui est mis à part pour la divinité et, au XVème siècle, il dénomma « sacrum » l’os qui était partie de l’animal consacrée aux dieux dans les sacrifices.Le sacré est donc ce qui est séparé, mis à part pour les dieux. Mircea Eliade utilise souvent la séparation sacré/profane. Faut-il aujourd’hui souligner la désacralisation du fait de la sécularisation. Pour les chrétiens, selon Y. Congar, le christianisme est « le dépassement d’une religion de mise à part et d’un culte de sacralisation ». (La liturgie après Vatican II, Cerf, 1967, p. 385-403).
- Sacrement
Le mot latin sacramentum, « serment » traduit aussi le mot grec mysterion, mystère. La liturgie orthodoxe garde le terme de « mystère » pour parler du baptême, eucharistie et confirmation inséparables pour l’initiation chrétienne. Pour S. Augustin « le sacrement est le signe visible d’une réalité invisible ». Au Moyen Age, Pierre Lombard privilègie sept sacrements et, avant même que ce chiffre de sept soit définitivement fixé par le Concile de Trente (1547), Rogier van der Weyden peint,vers 1450, le Triptyque des Sept Sacrements, aujourd'hui à Anvers.
Que dire de la survalorisation de l’adoration du Saint Sacrement depuis le XVIIème siècle et jusqu’aux jeunes aujourd’hui ( Paray le Monial, Sacré Cœur de Paris) ?
- Sainteté
La Sainteté est le don de l’Esprit à l’œuvre dans toute une vie humaine. Ce don de l’Esprit est à signaler dans les sacrements : baptême d’eau et d’esprit, épiclèse (invocation de l’Esprit dans l’eucharistie), confirmation… C’est l’Esprit qui réveille et relève Jésus au matin de Pâques. C’est l’Esprit qui garde vivante la présence « ressuscitée », dès aujourd’hui, de ceux dont le corps ne ressuscite pas, mais la « chair », la fragilité qui a accueilli Dieu, est vivante.
Patrick J. CETAD
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