En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 11 juillet 2012
Cette réflexion scindée en 3 parties sera publiée chaque mercredi, soit le 11, le 18 et le 25 juillet.
Dire Dieu
Il y a les prophètes qui parlent au nom de Dieu.
Il y a les apôtres qui témoignent de Jésus vivant.
Il y a les disciples qui évangélisent.
Il y a les prédicateurs qui prêchent.
Il y a les communautés qui confessent leur foi.
Il y a les théologiens qui tentent un discours sur Dieu.
Il y a les mystiques qui traduisent leur approche de Dieu.
Il y a l’infirmière qui manifeste le Dieu de la miséricorde.
Autant d’expériences, autant de mots pour « dire Dieu ». Car telle est bien l’expression commune qui convient pour toutes et tous. Parler, témoigner, évangéliser, prêcher, confesser, discourir, traduire, manifester, c’est tenter de « dire Dieu », aujourd’hui comme hier, aujourd’hui pour demain. Il n’est donc pas inutile de chercher à préciser quelle peut être la richesse de cette expression « dire Dieu », la rigueur de son emploi, avant de parler de son renouveau aujourd’hui.
1. La parole qui précède notre parole. Dieu parole.
Comment l’enfant apprend-il à parler ? C’est la parole de ceux qui l’entourent, de ceux qui l’aiment qui met une parole sur ses lèvres. L’enfant ne parlera pas s’il n’entend pas une parole. Les sourds de naissance sont muets. Quand nous voulons savoir quelle parole nous pouvons dire sur Dieu, il faut d’abord nous demander quelle parole de Dieu nous avons écoutée. C’est Dieu qui parle le premier, comme c’est Dieu qui nous a aimés le premier selon Jean. « Au commencement était la parole, le Verbe, la parole qui est Dieu » . Dans le livre de la Genèse, Dieu dit… et cela est. C’est Dieu qui dit avant que nous puissions dire Dieu. Cela est vrai depuis le commencement : « Dieu a parlé à maintes reprises et sous maintes formes par les prophètes… et nous a parlé aux derniers jours par le Fils » (He 1, 1-2). Le Fils, qui est parole donne la parole aux muets. Il met les doigts dans les oreilles d’un sourd-muet et lui touche la langue ». Epheta, ouvre-toi ! Aussitôt ses oreilles s’ouvrent et sa langue se délie (Mc 7, 31-37).
Il est donc primordial pour dire Dieu de donner la priorité à Dieu qui parle. Cette priorité de la parole, la tradition protestante y a toujours insisté. Karl Barth notamment. Mais il précise bien comment Dieu parle de nos jours, en aimant dire que les deux lectures d’un chrétien sont la Bible et le journal. La parole de Dieu telle qu’elle a été interprétée par les auteurs de la Bible au sein d’une tradition orale et d’une communauté. La parole vivante de Dieu telle que, nous avons à la déchiffrer en interprétant les signes des temps, formule chère à Jean XXIII. Interprétations du livre et du journal qui sont en continuelle réciprocité, car le livre est lettre morte si je n’y découvre pas la coïncidence de mon expérience avec celle du peuple de Dieu et si l’expérience du peuple de Dieu ne donne pas clarté à mon expérience aujourd’hui. Ainsi Dieu parle aujourd’hui et cette parole précède notre parole quand nous voulons dire Dieu.
2. La parole qui se tait. Dieu silence.
Ayant retrouvé la source de la parole qui peut dire Dieu, ne soyons pas impatients. Car lorsque l’enfant est conçu il y a le temps nécessaire et si décisif de la gestation. Peu à peu l’enfant va se manifester parfois de manière très sensible pour le père lui-même qui sait écouter le sein de sa femme. Mais si l’on peut dire que l’enfant entend et qu’il répond dans le sein de sa mère, c’est le temps de la vie cachée. Il en va de même pour la parole de Dieu que le prophète Isaïe et les évangélistes aiment comparer à une semence. Le temps de la gestation s’appelle alors temps de la germination. Surtout ne hâtez pas le cours de la croissance, ne séparez pas le bon grain et l’ivraie, la parole a besoin de ce temps d’enfouissement, ce temps de silence.
La parole reste vraie aujourd’hui et l’église catholique en a vécu une expérience très féconde avec les prêtres ouvriers, ceux que Rome a condamnés en 1954, mais dont le silence porte encore du fruit. Ce silence de la parole c’est aussi la pudeur de la parole même si la pudeur n’est pas une expression biblique. Car si la parole scelle l’alliance de Dieu avec son peuple, il y aura la pudeur des premiers mots d’amour avant la proclamation publique de l’Alliance. Temps de silence qui porte l’avenir, c’est encore un temps de discrétion qui respecte les hésitations et les doutes face à l’aventure que nous propose la foi. Sommes-nous assez discrets quand nous parlons de Dieu ? Dieu est silence.
3. La parole qui fait écho. Dieu en écho.
Retrouvons l’enfant. Au visage qui l’aime et qui lui parle il va vouloir répondre, renvoyer le son, répéter les mots. L’enfant n’invente pas le langage, il l’inventorie, allant de découvertes en découvertes, ponctuées par ses premiers cris. La parole qui a été reçue va devenir parole rendue. Mais l’enfant n’est pas un perroquet. La parole qu’il entend résonner, résonne en lui. La parole est un écho de ce que chacun porte en soi. Il en va de même pour la parole de Dieu qui résonne en écho chez ceux qui l’écoutent. C’est-ce que signifie le mot catéchèse : faire résonner la parole vivante de Dieu. De génération en génération, la communauté chrétienne reprend en écho ce qu’elle a reçu : c’est la tradition. Une tradition vivante de la parole comme le rappelle Paul à Timothée. « J’évoque le souvenir de la foi sincère qui est en toi, foi qui habite d’abord en Loïs, ta grand-mère, et en Eunice, ta mère, et qui réside en toi » (2 Tm 1,5).
Cette tradition de la catéchèse c’est celle des premiers pères de l’Eglise, Cyrille de Jérusalem, Ambroise de Milan. C’est la tradition du catéchisme de Luther et de la Réforme. C’est la tradition de la recherche catéchétique en France et spécialement à Lyon. Au départ il y a le cri du Kérygme (Jésus est vivant), puis viennent les confessions de foi, celle de Nicée, celle de la Rochelle. Le « dire Dieu » est une résonance et c’est pour cela qu’il se renouvelle sans cesse de culture en culture. Ce ne peut donc être la répétition d’un catéchisme dogmatique qui serait une chape de plomb empêchant toute résonance. Pour que la tradition reste vivante, laissera-t-on résonner les flûtes indiennes, les tam-tam africains et les mélodies de l’Asie ? Dieu en écho.
La semaine prochaine - 18 juillet - publication de la 2ème partie
4. La parole qui « s’emmembre » de raison. Dieu des théologies.
5. La parole qui parle avec les mains. Dieu des samaritains.
6. La parole à temps et à contretemps. Dieu des prêches.