En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Dire Dieu - 2ème partie

Publié le Mercredi 18 juillet 2012

Dire Dieu - 2ème partie

La première partie de cette réflexion scindée en 3 partie a été publiée le mercredi 11 juillet; la troisième partie sera publiée le 25 juillet.

Après s'être interrogé sur la source de la parole, le silence et la façon de faire résonner la parole vivante de Dieu, , l'auteur Patrick Jacquemont , o.p, pousse son questionnement sur la façon dont la raison - théologies, les mains - le coeur, la nouvelle évangélisation - les prêches, disent Dieu.


4. La parole qui « s’emmembre » de raison. Dieu des théologies.

 

        La catéchèse suffit-elle pour dire Dieu ? Oui, pour vivre sa foi au jour le jour. Mais que nous apprend l’histoire des églises ? La confession de foi, la catéchèse, se trouvent affrontées à des questions. Questions de ceux qui contestent la foi. Questions à l’intérieur des communautés de foi. Comment vais-je parler de Jésus ? Il est le Fils bien aimé (Mt. 17,5). Faut-il dire qu’il est le Fils de Dieu ? Est-il Dieu ? Il y aurait alors deux dieux, bientôt trois. Scandale pour le judaïsme ! Et s’il est Dieu, ne risque-t-on pas d’oublier qu’il est homme, à Alexandrie au IVe siècle ou aujourd’hui encore quand certains voudraient que la foi n’ait rien à faire avec les affaires humaines ? Les chrétiens doivent donc après le temps de la résonance accepter le temps de la réflexion. Selon la formule audacieuse de Marie-Dominique Chenu, « la foi doit s’emmembrer de raison ». Scandale pour les personnes pieuses. Mais l’intelligence est un don de Dieu, qui participe à l’expérience du cœur selon la Bible.

        Commence alors le temps des théologiens qui risquent l’aventure d’une foi au feu de l’intelligence, au crible de cette intelligence, de sa critique. Le risque est réel : c’est le rationalisme qui dessèche la foi et la coupe des ses racines en coupant les cheveux en quatre. Mais le risque est fécond. Aussi depuis un siècle, des théologiens acceptent la critique des sciences humaines. L’exégèse critique que suspecta l’église de Rome en condamnant le modernisme au début du XXe siècle. L’histoire des doctrines pour Thomas d’Aquin comme pour Luther. La psychologie et la psychanalyse qui peuvent éclairer les textes bibliques et l’histoire des églises tout comme les analyses sociologiques et politiques. Les fondamentalistes de toutes les églises s’inquiètent comme les garants des certitudes. Mais on ne peut dire Dieu sur la défensive. Ceux qui veulent dire Dieu aujourd’hui doivent accepter le risque et la rigueur de l’intelligence. Ce sera le Dieu des théologiens, mais tous les baptisés ont vocation théologienne. Dieu n’a pas peur des théologiens.

 

5. La parole qui parle avec les mains. Dieu des samaritains.

 

        Ne baissez pas les bras devant l’ampleur de l’aventure. Regarder vos mains. Car la parole qui prend le risque de l’intelligence, n’est pas une parole de savants réservée aux spécialistes. Quand Dieu parle, il parle « à bras étendus » (Ex. 15, 12), il parle avec ses mains qui façonnent l’humanité. Quand à notre tour nous voulons dire Dieu nous devons savoir parler avec nos mains. Ce que l’enfant fait très bien avant son langage articulé. Pour dire Dieu, il nous faut relire la scène de Mt 25, 31-46 et il faudrait pouvoir la sculpter avec nos mains comme sur les tympans des cathédrales, Moissac, Autun… Dieu se dévoile et dit qui il est sur le visage de l’affamé, de l’étranger, du malade et du prisonnier. En écho à cette parole sur Dieu, nous pourrons dire Dieu quand nous nous serons proches de ces pauvres qui sont le visage de Jésus. Dire Dieu avec ses mains, sans un mot parfois.

        Dire Dieu avec des mains qui rompent le pain. C’est le service des tables des diacres, celui des restaurants du cœur, mais aussi des projets de développement et du choix des priorités sociales en politique. Dire Dieu avec les mains qui accueillent, des mains tendues quand les autres les ferment pour les coups de poing, des mains qui accompagnent l’étranger et pas seulement pour le raccompagner aux frontières. Dire Dieu avec les mains de la tendresse qui préfèrent la caresse à la claque pour parler à l’enfant, à l’aimé(e). Dire Dieu avec des mains qui soignent comme le font les églises soit par suppléance avant que ne vienne le service public, soit par charisme, celui de la miséricorde évangélique. Dire Dieu avec des mains qui libèrent les esclaves, mains non violentes de Martin Luther King, mains armées de Che Guevara. Le contraste peut paraître brutal entre le Dieu des théologiens et le Dieu des pauvres. C’est pourtant le même « dire Dieu ». Car les théologiens ont les mains pour saisir les réalités et le service des pauvres demande autant d’intelligence que de cœur si l’on veut éviter l’assistance charitable qui enfonce les pauvres dans leur pauvreté. Dieu demande toujours de bons samaritains pour parler de lui avec leurs mains.

 

6. La parole à temps et à contretemps. Dieu des prêches.

        En insistant sur le cœur qui permet de dire Dieu, nous rejoignons un courant émotionnel et spirituel pour qui il est urgent de dire Dieu à temps et à contretemps. Il s’agit de la nouvelle évangélisation qui est la tâche première des évangélistes mais qui est aussi le programme de Jean-Paul II et de différents courants catholiques, « Communion et libération », groupes du Renouveau. « Malheur à moi si je n’évangélise pas » (1 Co 9. 16). Cette nouvelle évangélisation se veut proche de ceux qui sont dans la détresse : les drogués, les prisonniers. C’est vouloir dire Dieu avec ses mains. Mais elle insiste sur l’émotion religieuse qui permettra une évangélisation chaleureuse. Elle se méfie de la raison critique, de ses analyses, de ses lumières.

        La nouvelle évangélisation ouvre un centre d’accueil pour les malades du sida, témoigne sur les Champs Elysées. Les télévangélistes américains se disputent les chaînes de télévision. Ne risque-t-il pas d’y avoir là une manipulation de Dieu aussi dangereuse que pourrait être celle de la raison ? Dieu est proposé comme le remède miracle à toute détresse. Ne risque-t-il pas alors d’y avoir aussi une manipulation de ceux qui sont évangélisés ? Sont-ils respectés dans leur cheminement, leur doute, leur liberté ? C’est le danger du prosélytisme qui conduit à la conduite sectaire et … aux sectes plus qu’aux Eglises. Une sérieuse question se pose dans notre recherche d’un dire Dieu. La prédication à temps et contre-temps de Paul ne doit pas devenir une parole à tort et à travers. Quel Dieu prêchons-nous ?

 La dernière partie de cette réflexion, et donc la conclusion, sera publiée le mercredi 25 juillet.
Nh'ésitez pas à faire des commentaires dans la rubrique Posez vos questions

Posez-nous votre question

Articles récents

Opposons à la haine l’exigence de concorde
Opposons à la haine l’exigence de concorde
Publié le Mercredi 18 octobre 2023
Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, 18 – 25 janvier 2023
Bonne Année
Bonne Année
Publié le Dimanche 1er janvier 2023
L'Ukraine
L'Ukraine
Publié le Mardi 8 mars 2022
Tous les articles
cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2026 - Tous droits réservés