En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France
Publié le Mercredi 12 septembre 2012
PORTES OUVERTES
Année de la foi
« Journée portes ouvertes ».
Le slogan publicitaire est répété sans cesse, s’appliquant à des promotions les plus diverses : automobiles, appartements, alimentation. Mais on peut encore majorer la proportion et la publicité. L’Eglise qui est à Rome peut proclamer des « années portes ouvertes ». Les « Années saintes » avec ouverture et clôture solennelles. Cette année jubilaire instituée par le pape Boniface XIII en 1300 était d’abord célébrée tous les cent ans, puis tous les cinquante ans, les vingt-cinq ans. Des années saintes extraordinaires ont fêté la mort du Christ en 1333 et 1983. Déjà dans le Premier Testament (Lv 25, 8.55) l’année sainte revenait tous les cinquante ans.
C’est le thème de l’année, La Porte ouverte de la foi
Pour l’année qui s’ouvre, c’est le thème de la porte ouverte qui est proposé. « Ouvrons les portes de la foi ». Dieu laisse sa porte ouverte. Là encore c’est le Premier Testament qui a ouvert le thème. Yahvé offre deux voies à son peuple. « Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie pour que toi et ta postérité vous viviez » (Dt 30, 19). Avec l’évangile de Matthieu, une note de jugement sévère va transformer le chemin ouvert (vie ou mort) en porte étroite « Entrez par la porte étroite. Large en effet et spacieux est le chemin qui mène à la perdition et il en est beaucoup qui s’y engagent, mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie et il en est peu qui le trouvent » (Mt 7, 13.14). Luc confirme et au-delà : Qui sera sauvé ? est-il demandé à Jésus. « Luttez pour entrer par la porte étroite car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas » (Lc 13, 24). Le chemin de la vie, ouvert, est devenu une porte close. Est-ce Dieu qui ferme les portes ? « Seigneur ouvre-nous » (Lc 13, 29). Est-ce le peuple de Dieu, chacun de nous, qui perd le chemin de la bonne porte ou bien la porte fermée de nos oreilles ne nous permet plus d’entendre qui frappe à la porte pour venir souper avec nous ? (Ap 3, 20). Quelle est la porte d’Emmaüs ? (Lc 24, 13-35). Dressons le catalogue des portes de la foi.
Le catalogue des Portes de la Foi
Paradis sans porte - Pas de porte au Paradis, circulation libre mais un interdit cependant !
Pas de porte au paradis tel que l’évoque le livre de la Genèse. Yahvé Dieu avait planté un jardin et il y mit l’homme qu’il avait modelé (Gn 2, 8). Fruits, fleurs, fleuves… Une faille cependant : l’homme est seul. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » (Gn 2, 18). Sans partage l’homme est enfermé, sans porte pour sortir de lui-même. Dieu ouvre une porte dans la côte de l’homme. Voici l’homme et la femme côte à côte, proximité parfaite dans la différence de la particularité pour ne faire qu’une seule chair (Gn 2, 24). Dans une nudité sans honte, sans interdit. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu. Il les créa, homme et femme, il les créa » (Gn 1, 27), interprète l’autre récit de la Genèse. Ressemblance sans similitude.
Pas de porte au Paradis, circulation libre mais un interdit cependant. « De l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas » (Gn 2, 17). Il s’agit de bien plus que de la porte de l’armoire à confiture ou du frigidaire, interdites à l’enfant. Ou de la porte de la chambre conjugale des parents pour découvrir le secret de la vie humaine. Pour Eve et Adam, la porte interdite est celle de la connaissance et du discernement qui ouvre les yeux pour connaître le bien et le mal (Gn 3, 6) comme des dieux. La porte transgressée n’ouvre pas cependant sur une toute puissance qui est celle de Dieu, Eve et Adam sont mis à la porte du paradis. Le temps de la nudité heureuse est aboli pour le travail douloureux de l’accouchement et les tâches des travaux de l’homme. Yahvé Dieu ne veut pas que l’homme et la femme cueillent aussi l’arbre de vie (Gn 3, 22). Il bannit l’homme et la femme et posta devant le jardin d’Eden les chevaliers et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie (Gn 3, 24).
Porte du paradis, porte close.
La porte et la tour : Ce qui est en jeu, c’est la relation du projet avec celui de Dieu, qui vient inspecter la construction si dérisoire encore qu’il ne peut la voir de loin !
Mis à la porte du Paradis, l’humanité apprend la dureté de la vie, la diversité de la descendance d’Eve, la mère des vivants. La terre se peuple (Gn 10) « Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots » (Gn 11, 1). Alors renaît la nostalgie de pénétrer les cieux, de forcer la porte du domaine perdu avec une seule langue entre tous les peuples. « Allons, bâtissons une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux. Faisons nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre » (Gn 11, 4). La tour n’est pas seulement une tentation de la démesure ou de la concurrence de toute puissance qui vont marquer toutes les civilisations de Babylone avec les ziggourats (Babel - Babylone) ou les gratte-ciels de New-York à Dubaï. Pour l’heure le matériau est limité pour l’architecte : brique servant de pierre et bitume pour mortier. Mais ce qui est en jeu, c’est la relation du projet avec celui de Dieu, qui vient inspecter la construction si dérisoire encore qu’il ne peut la voir de loin ! S’exprime alors une étonnante condamnation. « Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue… Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux » (Gn 11, 6). La toute puissance rêvée par Eve désirant le fruit de l’arbre de vie, va connaître la même condamnation. C’est Yahvé même qui ouvre la porte de son paradis pour « descendre et confondre les langues afin qu’ils ne s’entendent plus les uns et les autres » (Gn 11, 7). La porte du ciel ne sera plus ouverte par l’humanité devenue toute puissante. C’est la dispersion des peuples critiquable, le texte biblique tente de donner une explication théologique. Mais quelle est cette théologie qui crée des portes entre les langues humaines pour que Dieu reste maître de la porte divine ? Pour nous les langues créent des portes fermées qui nous rendent sourds pour le dialogue humain comme l’écoute de Dieu.
Portes de toutes les surdités.
La porte et le gué : La porte de la libération est devenue le passage d’un gué.
Une porte bloquée, ce sera celle qu’évoque le nom de Gershom, le fils de Moïse et de Cippora : « Je suis un immigré en terre étrangère » (Ex 2, 22). L’immigration c’est comme une prison. Un esclave du peuple de Moïse, qui n’est pas encore un peuple, mais que Yahvé promet de délivrer de la main des Egyptiens (Ex 3, 8). « Le cri des Israélites est venu jusqu’à moi et j’ai vu l’oppression qui font peser sur eux les Egyptiens… Va, fais sortir d’Egypte mon peuple… Vous servirez Dieu sur cette montagne » (Ex 3, 10 et 12). La parole est rétablie avec Dieu et celui-ci va demander à Moïse d’être son porte-parole. Moïse fait appel à Aaron pour garder ouverte la porte de la communication. Mais celle-ci reste close avec Pharaon qui ne veut pas laisser sortir d ‘Egypte les esclaves dont il a besoin pour faire briques sur briques, sans donner la paille nécessaire (Ex 5, 18). L’intervention des plaies d’Egypte ne suffira pas pour le cœur endurci, muré, de Pharaon qui ne laisse pas les Israélites partir du pays, de la prison close de l’esclavage.
Mais la sortie d’Egypte est annoncée par Yahvé pour le temps de la Pâque (Ex 12 et sq). Tête de petit bétail égorgée et sang marquant les linteaux et les montants des portes. « Ce sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous vous réunirez pour échapper au fléau destructeur de la mort des premiers nés (Ex 12, 29). Portes encore.
La porte de sortie de l’Egypte est enfin ouverte. Mais il va falloir passer et Yahvé leur indique le détour par la route du désert, de la mer des Roseaux. Faut-il raconter l’épopée avec la traversée à pied sec de la mer entre deux murailles à droite et à gauche ? Il se peut, qu’en fonction des conditions climatiques, le peuple de Moïse ait pu passer à pied sec le gué de la mer des Roseaux. La porte de la libération est devenue le passage d’un gué. Passage de la Mer Rouge, peinte en bleu pour Chagall, l’importance donnée à cette porte franchie est celle du passage de l’esclavage à la liberté. Et le chant de victoire joué au tambourin par Myriam restera pour toujours la clameur de la porte fracassée des servitudes. « Chantez pour Yahvé, il s’est couvert de gloire. Il a jeté à la mer cheval et cavalier » (Ex 15, 21).
La porte et le tombeau : Une ouverture de la porte du tombeau est possible et elle est collective comme le passage libérateur du gué de Yabboq.
Le passage est-il définitivement ouvert pour tous ? Il reste une porte qui demeure encore irrévocablement close à l’heure de la mort. Décès de chacun qui est pleuré, destruction du peuple avec l’exil après l’exode libérateur. Les prophètes essaient de rétablir sans cesse la communication avec Dieu, avec le peuple. La mort demeure, quand bien même le livre de la sagesse osera dire « Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants... Les créatures du monde sont salutaires, en elles il n’est aucun poison de mort, et l’Hadès ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle » (Sg 1, 13.15). Mais quel prophète fera sauter le verrou de la porte du Royaume ? Amos le violent est un bouvier pinceur de sycomores et pas un serrurier. C’est Ezéchiel qui va ouvrir le chantier du relèvement des ossements desséchés (Ez 37). Pas de tombeaux au sens propre mais une vallée pleine d’ossements ; sur l’ordre de Yahvé, Ezéchiel prophétise. Les ossements étaient recouverts de nerfs, la chair avait poussé et la peau s’était tendue dessus, mais il n’y avait pas d’esprit en eux. Une nouvelle prophétie est nécessaire ». « Esprit souffle sur ces mots… Et l’esprit vint en eux, ils reprirent vie et se mirent debout sur leur pieds ». De très belles illustrations de cette scène nous montrent les morts soulevant le couvercle de leur tombeau pour franchir la porte de la mort.
Une ouverture de la porte du tombeau est donc possible et elle est collective comme le passage libérateur du gué de Yabboq.
Mais pour parler de cette victoire sur la porte de la mort, c’est le Nouveau Testament qui va évoquer la mise au tombeau du crucifié dans le tombeau neuf que s’était fait creuser Joseph d’Arimathie avec une grande pierre roulée à l’entrée du tombeau (Mt 27, 66). Le lendemain matin le tombeau est vide, la pierre roulée. La porte de la vie est définitivement ré-ouverte. Il ne sera plus question de porte dans l’annonce du kérygme de Dieu. « Dieu a ressuscité ce Jésus, nous en sommes témoins », (Ac 2, 32). Le récit de la Pentecôte va élargir encore la bonne nouvelle. L’Esprit fait éclater les portes des langues qui avaient été confondues à Babel (Ac 2, 8). Et la tradition orthodoxe, particulièrement, a su encore faire éclater cette ouverture des portes des Enfers (qui n’est pas l’enfer mais les lieux infernaux bien en-deçà de ceux d’aujourd’hui). Le Christ ressuscité en gloire tend les mains pour accueillir dans le Royaume de la vie toute l’humanité avec Adam et Eve, les rois et les reines, tout le peuple de Dieu. La porte est devenue un portail royal, celui des cathédrales, mais de toute porte ouverte pour l’hospitalité de Dieu. Tel est l’accueil universel de Dieu : la porte n’est pas close pour Caïn le meurtrier de son frère, pour David et Bethsabée, Salomon et la reine de Saba, mais aussi pour Judas et Pierre, tant d’autres, peut-être chacun de nous quand il se heurte aux portes closes d’une Eglise qui est celle de Rome et non de la cité sainte de Jérusalem dans l’Apocalypse (Ch 21).
Car il y a des portes dans la Jérusalem de l’Apocalypse... « Douze portes près desquelles il y a douze anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël » (Ap. 21, 12). « Les portes ouvertes » sont pour que nous soyons accueillis d’où que nous venions, qui que nous soyons. « Ouvrons les portes ». Mais les portes ouvertes le sont pour que nous sortions de la cité sainte. Le tympan des cathédrales nous le fait comprendre. « Vous êtes accueillis ». Mais non pas pour que nous refermions la porte aux autres. L’hospitalité chrétienne est un double mouvement d’accueil et d’annonce. La bonne nouvelle qui nous accueille ouvre les portes pour tous, envoyés que nous sommes comme les douze apôtres aux douze coins du monde. Mieux que portes de secours, portes de salut. Il n’est pas besoin de clé pour ouvrir la porte. C’est l’Esprit saint qui crée le courant d’air permanent à travers toute porte.
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P.J.
CETAD Septembre 2012